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Plongée en pleine nuit : ma première Black Dive

Partir au large, en pleine nuit, pour explorer des fonds marins vertigineux et capturer des images d’incroyables créatures… Telle était ma mission lors de ma première Black Dive. Bien que mes photos n’aient pas répondu à mes attentes, l’expérience elle-même était mémorable!

Nuit 8
Même si le résultat photographique n’aura pas été à la hauteur de l’attente, retour de plongée avec le sourire.

Une nuit d’exploration

À 21h00, le ciel est noir et silencieux, éclairé uniquement par la pleine lune, discrètement voilée. Notre bateau avance lentement sur une mer calme, condition essentielle pour cette plongée nocturne. Aux côtés d’Alain, Calou, Christophe, Nicolas, Dominique, Hervé et Yann, nous naviguons entre Isla Verde et la côte est de Mindoro, à 600 mètres au-dessus d’une faille océanique. Ici résident des micro-organismes mystérieux, participant chaque nuit à la plus grande migration verticale animale au monde en remontant vers la surface.

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Partir au large, au milieu de nulle part sur des fonds vertigineux, de nuit, pour tenter de ramener des images des incroyables créatures qui remontent des profondeurs… J’ai tenté l’expérience et, même si le résultat photographique n’a pas été à la hauteur de mes attentes, l’ambiance mérite le détour !

De l’enthousiasme à l’inquiétude

Quand Alain, le directeur du Blue Lagoon Dive Resort, m’invite à participer à cette Black Dive avec l’équipe de Plongez !, la première émotion est l’excitation. Cependant, à mesure que nous nous éloignons de la côte, l’inquiétude prend le pas. Nous sommes seuls au milieu de l’océan, où toute navigation nocturne est interdite en raison des courants parfois violents.

Nuit 7
© Nicolas Barraqué

En m’équipant, j’écoute attentivement le briefing de plongée : Christophe, notre guide, mettra à l’eau une bouée reliée à une corde d’environ 20 mètres. À différentes profondeurs, des lumières attireront le plancton et la faune marine. J’avais déjà admiré de superbes photos de ces organismes dans le magazine Plongez ! À l’idée de les voir de près, mon enthousiasme reprend le dessus, bien que l’appréhension d’évoluer dans le noir persiste.

Plongée dans l’inconnu

À 22h00, l’heure est venue d’entrer dans l’eau. Après une bascule arrière, le pilote me passe mon caisson étanche, et je me rapproche de la bouée pour préparer l’immersion. J’allume les lampes pilotes et mon phare pour repérer la corde qui s’enfonce dans l’obscurité. En un instant, je me retrouve dans un noir fascinant, où la mer, habituellement bleue, se transformée en ciel sous-marin scintillant de minuscule particules.

Alors que je m’enfonce lentement, je me dirige vers le palier des 10 mètres où j’aperçois les premiers éclairages. Je poursuis ma descente jusqu’à 15 mètres, puis je me stabilise à 20 mètres. L’expérience est troublante. Je dérive, porté par le courant, tandis qu’une lumière éblouissante provient de la corde. J’aperçois au loin les lumières des autres plongeurs et repère les plombs au bout de la corde, utilisant leur présence pour régler mon appareil photo.

Des plombs comme modèle

Mon premier essai avec des ISO minimaux donne une photo étrange : cinq plombs perdus dans l’immensité. Je baisse les ISO et m’approche d’une forme bioluminescente, mais les milliers de particules dans l’eau, réduisant considérablement la visibilité, compliquent mes efforts. La tempête tropicale Nalgae, surnommée Paeng, a récemment déversé des sédiments dans la mer, perturbant le milieu marin.

Nuit 6
Quelques espèces que l’on peut croiser en Black Live aux Philippines.

En me détournant de la corde, je réalise que les organismes tant espérés sont rares. Je tente quelques photos d’une méduse juvénile transparente ornée de points colorés. Puis, je remarque les lumières bleues des phares de Yann, qui semble avoir trouvé quelque chose d’intéressant. Je m’avance, m’éloignant légèrement de la corde, mais en me retournant, celle-ci disparaît dans le noir. Mon rythme cardiaque s’accélère et je sais que je dois rester proche.

Nuit 4
Une méduse photographiée de nuit à Anilao, à quelques encablures de Puerto Galera.

En éteignant mon phare, je plonge dans l’obscurité totale. Dans mon champ de vision à 360 degrés, une zone plus claire se dessine. Le courant me ramène tranquillement vers ce halo de lumière, et je retrouve la corde et les plombs.

Une dérive inattendue

En remontant, je croise Hervé, qui a réussi à capter l’attention d’un petit poisson, ébloui par son phare. Après le palier de sécurité, je regagne enfin la surface et retrouve Alain, Calou, et Dominique. Ils avaient compris avant moi que cette Black Dive ne nous permettrait pas d’observer les organismes rêvés. Quelques instants plus tard, le reste de l’équipe nous rejoint. Le GPS de Yann révèle que nous avons dérivé de plusieurs kilomètres sans nous en rendre compte.

Nuit 3
© Nicolas Barraqué

L’explication d’Alain s’avère évidente : si la lumière des lampes n’est plus visible au-delà de 10 mètres, elle est également invisible pour les organismes des profondeurs.

En regagnant la côte, un sentiment de tristesse m’envahit, car je n’ai pas pu photographier les merveilles des profondeurs. Cependant, une envie irrésistible de revivre cette expérience unique me pousse à envisager ma prochaine Black Dive.

Nuit 2
Philippe avec Calou, de Blue Lagon Dive Resort.

Cet article, initialement écrit par Philippe Lassalas pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © Hervé Colombini

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