Au premier coup d’œil, et comme son nom l’indique, on pourrait le confondre avec un cétacé. Pourtant, il s’agit d’un poisson, le plus grand qui existe ! Malgré son attrait indéniable pour les plongeurs et les nombreux programmes d’études qui lui sont dédiés, le requin-baleine révèle encore de nombreux mystères. Plongée dans l’univers fascinant de ce géant placide.
Les spécimens les plus imposants peuvent atteindre près de 20 mètres de longueur. Bien que cette taille reste exceptionnelle, la majorité des individus aperçus mesure moins de 9 mètres. Le requin-baleine est le plus grand membre de la famille des requins et des poissons cartilagineux. Sa silhouette distinctive facilite son identification : une tête massive et aplatie, une grande bouche qui peut dépasser 1,5 mètre de large, un ventre blanc et un dos gris-bleu orné de taches claires. Ces motifs uniques aident les spécialistes à réaliser des inventaires photographiques mondiaux.
Bien qu’elle semble douce au toucher, la peau du requin-baleine est en réalité très rugueuse, recouverte de petits denticules abrasifs pouvant causer de véritables brûlures. Sur certaines parties, son épiderme atteint une épaisseur impressionnante d’environ 15 centimètres !
Des géants filtreurs
Nous avons tous en tête des images de requins-baleines qui nagent près de la surface, se déplaçant lentement en position oblique, la meilleure pour filtrer d’énormes quantités d’eau et ne conserver que les particules solides. Bien qu’ils possèdent environ 3000 dents, celles-ci sont si petites qu’elles ne les aident guère à se nourrir.
Ces géants se nourrissent principalement de plancton, de petits poissons, de crustacés et, apparemment, de quelques algues qu’ils avalent sans le vouloir. Pour se nourrir, ils doivent filtrer jusqu’à 2000 litres d’eau par heure. En ouvrant leur gueule immense, ils s’emparent de leur nourriture, ferment leur bouche, puis rejettent l’eau par leurs cinq fentes branchiales, qui agissent comme un tamis.
Durant leur alimentation, les requins-baleines se déplacent tranquillement, autour de 5 km/h. À l’âge adulte, ils peuvent parcourir des distances considérables, mesurant parfois des milliers de kilomètres. Les mâles semblent effectuer les migrations les plus longues, tandis que les femelles restent souvent plus près du rivage. Cependant, tout cela reste à confirmer, car nous ne savons pas exactement comment et pourquoi ces grands squales se déplacent dans les océans.
Une reproduction mystérieuse
Les détails concernant la reproduction du requin-baleine demeurent flous. Une seule certitude existe : cette espèce est ovovivipare, signifiant que les œufs éclosent à l’intérieur de la femelle, qui donne ensuite naissance à de nombreux petits bien formés. Un spécimen pêché au large de Taïwan contenait jusqu’à 300 embryons ! Des jeunes d’environ 60 centimètres ont été capturés à plusieurs reprises, notamment en 2009 lorsque l’on découvrit un petit de 38 centimètres à Donsol, aux Philippines, un site réputé pour ses rassemblements.

Cependant, il reste encore beaucoup d’incertitudes sur leurs lieux de reproduction et d’accouplement. On a pensé un temps que les Galápagos étaient un site de reproduction, mais aucune trace de grossesse n’a été retrouvée dans les femelles présentes. Aujourd’hui, de possibles sites de reproduction émergent, tels que l’île de Sainte-Hélène. Néanmoins, sans preuve d’observation, cette hypothèse demeure à l’état de supposition.
On ignore la durée de gestation et la fréquence de reproduction des femelles, bien que l’on suppose qu’elles puissent engendrer tous les deux ans. Pour la maturité sexuelle, on estime qu’elle se produit entre 20 et 30 ans chez des animaux qui peuvent vivre plus d’un siècle, malgré les menaces humaines.
Menacés par nos activités humaines
Le requin-baleine est classé sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN, en danger d’extinction. Bien qu’il soit difficile d’évaluer la population mondiale, certains experts estiment que ses effectifs ont chuté de 60 % depuis les années 50. Les menaces qui pèsent sur leur survie sont variées : pollution, surpêche et dégradation des zones marines.
En tant que filtreurs, ils ingèrent également des microplastiques en se nourrissant. Les collisions avec les navires constituent probablement la principale menace de leur déclin. Dans certains pays asiatiques, les requins-baleines subissent aussi la prédation humaine. La pêche décime les jeunes, qui n’ont pas le temps d’atteindre la maturité sexuelle, les empêchant ainsi de contribuer au renouvellement de leur population. Les ailerons se vendent jusqu’à 20 000 euros et leur chair est toujours consommée. Leur nature paisible et leur tendance à nager près de la surface les rendent particulièrement vulnérables.
Cependant, le tourisme encadré pourrait aider à maintenir les effectifs de cette espèce. Il est crucial que les autorités locales et les tour-opérateurs mettent en place des mesures sensées, telles que le respect de chartes d’approche et la limitation du nombre de bateaux.
Cartouche chiffres :
- Taille maximale : 20 mètres
- Poids maximal : environ 34 tonnes
- Quantité de nourriture par jour : jusqu’à 21 kg de plancton et petits poissons
- Maturité sexuelle : entre 20 et 30 ans
- Longévité : de 100 à 150 ans
- Population mondiale estimée : entre 7 000 et 12 000 individus
Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Images : Gaby Barathieu, Fabrice Dudenhofer



