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Charles Caudrelier : l’apnée, son secret pour dompter les océans

« L’apnée m’aide à redescendre en pression, surtout quand je navigue en solitaire »

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Face au recordman du monde Arnaud Jerald, le skipper breton apprend les règles d’une apnée bien conduite.

Charles Caudrelier, âgé de 49 ans et vainqueur de la dernière Route du Rhum, est un skipper passionné par l’apnée. À la barre de son maxi-trimaran, le Maxi Edmond de Rotschild, il trouve dans l’apnée un moyen de se reconnecter et de gérer la pression inhérente à la navigation. Influencé par le champion du monde Arnaud Jerald, Caudrelier a développé une passion pour les profondeurs marines, un intérêt qu’il a cultivé depuis son enfance à travers les documentaires du Commandant Cousteau. Sa combinaison bleue, réplique de celle de Jacques Mayol, est un précieux souvenir qu’il conserve depuis l’âge de douze ans.

Un marin à l’aise dans l’eau

Ah oui, c’est tout à fait vrai ! (rire) Je dois admettre que beaucoup de skippers ne sont pas à l’aise dans l’eau. Certains redoutent même de plonger sous leur bateau en course solitaire. Bien qu’il y ait des exceptions, comme Jean-Pierre Dick qui adore nager, beaucoup de mes camarades ne partagent pas cette aisance. Pour ma part, bien que je sois né à Paris, j’ai toujours été à l’aise dans l’eau. J’ai grandi dans la baie de Port-la-Forêt, où je regardais les champions naviguer. Ils étaient toute mon inspiration.

Un Poissons en mer

Il est vrai que, en tant que Poissons, j’ai une connexion particulière avec l’eau. En regardant des photos de mon enfance, je suis toujours dans l’eau. Ma mère a même eu du mal à me faire sortir de l’eau, même quand il faisait froid. La baie de La Forêt-Fouesnant, entourée de Bénodet et Concarneau, est mon terrain de jeu. Je connais chaque pierre et chaque banc de sable. À 8 ou 9 ans, j’ai déniché ma première combinaison dans une brocante, une vraie fierté à l’époque ! La sortie du film Le Grand Bleu en 1988 m’a vraiment marqué, c’était une connexion directe avec mes rêves.

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Skipper au long palmarès, Charles Caudrelier est sorti de l’anonymat depuis sa victoire dans la dernière route du Rhum.

Une passion transmise par la famille

Oui, c’est exact ! Mon grand-père m’a offert la réplique de la combinaison de Mayol, comme d’autres jeunes pourraient recevoir un maillot de foot. Quand je l’ai enfilée, j’ai ressenti un frisson immense, bien que je me sois senti un peu mal à l’aise. Aujourd’hui encore, ce vêtement évoque en moi des souvenirs et des envies de plongée. Le Grand Bleu a été une véritable révélation pour ma génération, et j’en discute souvent avec Arnaud Jerald. Quel apnéiste ne se sent pas un peu comme Enzo ?

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Dans la baie de Villefranche-sur-Mer, la Mecque des apnéistes, Charles Caudrelier descend accompagné par Arnaud Gérald.Il ne pensait pas, un jour, aller si loin, si profond. © M. Le Roux

Un changement de voie

Ma passion pour la mer est vaste et englobe des horizons encore plus larges. En 1994, la victoire de Laurent Bourgnon lors de la première Route du Rhum a été un tournant pour moi. Cela a redirigé mon énergie vers la navigation. Comme tout sportif de haut niveau, j’ai fixé des objectifs et navigué chaque fois que j’en avais l’occasion.

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Son prochain défi ? Battre le « Trophée Jules Verne », record du monde à la voile avec l’équipage du Maxi Edmond de Rotschild. Pour le battre en moins de 40 jours ?

L’apnée dans ma vie

Il y a quatorze ans, dans le but d’améliorer mes compétences en chasse sous-marine, j’ai pris des cours d’apnée en piscine à Quimper. Après un an d’entraînement rigoureux, je me suis senti en pleine forme. L’apnée, comme tout autre sport, nécessite discipline et encadrement. J’ai appris à être patient et, au fil du temps, j’ai progressé au point de nager jusqu’à 80 mètres en piscine et de tenir presque quatre minutes en apnée statique.

Une connexion avec la nature

L’apnée me procure une sensation de liberté et de connexion unique avec la nature. J’apprécie les trois dimensions de l’eau : être sur, dans et sous l’eau. Si l’adrénaline de la compétition me motive, la profondeur de l’eau correspond davantage à ma personnalité. L’apnée m’a enseigné la patience et l’importance de l’essentiel. C’est une véritable thérapie pour moi.

Poissons en apnée

Effectivement, l’apnée m’apporte apaisement et décontraction. Après une séance, je ressens une profonde satisfaction et une sensation de réinitialisation. Dans ma carrière de marin, l’apnée s’est révélée cruciale pour me ressourcer et me déconnecter du monde.

Pression en mer

Bien que le large puisse sembler isolant, il comporte une pression constante, que ce soit en solitaire ou en équipage, comme lors de ma victoire à la Volvo Ocean Race en 2018. L’apnée est donc l’activité par excellence de déconnexion dont j’ai besoin. Peu d’activités me permettent de me sentir aussi seul au monde tout en étant en phase avec un environnement aussi riche et revitalisant. Pratiquer l’apnée m’aide à m’éloigner de la voile ; plus je plonge, moins je chasse, me permettant ainsi d’apprécier la beauté sous-marine.

L’apnée à bord

Depuis que j’ai rencontré Arnaud Jerald, j’ai appris à intégrer l’apnée dans ma préparation. Cette technique de respiration m’aide à retrouver mon souffle après un moment de stress, tant mentalement que physiquement. Elle soutient ma récupération après des efforts intenses, et surtout, elle m’aide à me détendre, particulièrement lors de mes navigations en solitaire. J’utilise ces techniques pour m’endormir, car le sommeil est souvent difficile en mer. Aujourd’hui, l’apnée est au cœur de ma préparation pour les courses.

Ses six dates-clés

  1. 1974 : Naissance à Paris, élevé à La Forêt-Fouesnant au bord de l’eau.
  2. 1986 : Reçoit la réplique de la combinaison bleue de Jacques Mayol pour son anniversaire.
  3. 2004 : Gagne sa première « Solitaire du Figaro » durant son service militaire.
  4. 2008 : S’inscrit dans un club d’apnée à Quimper.
  5. 2022 : Remporte la 12ème édition de la « Route du Rhum » en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes.
  6. 2023 : À suivre pour un potentiel record du tour du monde en équipage, sinon, 1988 marquera la sortie du film Le Grand Bleu, référence incontournable.

Cet article, initialement écrit par Sophie Greuil pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © E. Stichelbaut / PolaRYSE / Gitana S.A.

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