Les profondeurs océaniques abritent une diversité incroyable de prédateurs, chacun ayant développé des stratégies de chasse uniques. Poissons, mollusques, crustacés… Tous rivalisent d’ingéniosité pour capturer leurs proies. Certains misent sur la patience, d’autres sur la vitesse, et d’autres encore sur l’opportunisme.

L’enjeu ? La survie ! Pour prospérer, les animaux marins doivent optimiser leur énergie tout en assurant un approvisionnement constant en nourriture. Leurs techniques de chasse sont donc finement ajustées à leur régime alimentaire (piscivore, planctonophage, omnivore), à la taille et au type de proie (mobile, fixée, avec ou sans coquille). Découvrons ensemble quelques-unes de ces méthodes fascinantes.
Chasse à l’affût : l’art de la patience
Nombre de poissons benthiques excellent dans l’art de la chasse à l’affût. Camouflés sur le fond marin, ils attendent patiemment le passage d’une proie imprudente.
- La baudroie ( Lophius piscatorius ) : Maître incontesté de la dissimulation, ce poisson immobile agite son illicium (un leurre imitant une proie) pour attirer les poissons curieux, avant de les engloutir d’un coup. D’autres, tels que les antennaires (Antennatus coccineus) ou l’uranoscope, utilisent aussi cette technique avec des leurres imitant crevettes ou vers.

Le mérou brun (Epinephelus marginatus) : Bien connu des plongeurs, ce prédateur se cache dans son « trou » et bondit sur sa proie lorsqu’elle est à portée. Les rascasses, les vives et les murènes (Muraena helena) adoptent une stratégie similaire.
Chasse à la vitesse : l’avantage du sprint
En milieu pélagique, la vitesse est un atout majeur pour la chasse.
- Espadons voiliers et thons : Ces animaux taillés pour la vitesse possèdent un système musculaire puissant, des nageoires adaptées et un corps hydrodynamique. Les espadons voiliers détiennent le record de vitesse chez les animaux marins, avec des pointes à 110 km/h.

- Les requins : Leur forme fusiforme et leur musculature leur permettent de surprendre leurs proies. Le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) utilise une technique spectaculaire : il attaque par le dessous, propulsant sa victime hors de l’eau. Le requin gris de récif (Carcharhinus amblyrhynchos), lui, atteint 48 km/h, tandis que le requin gris (C. plumbeus) attaque en oblique.
Chasse collective : l’union fait la force
La coopération peut s’avérer cruciale pour capturer certaines proies.
- Le Sardine Run aux Açores : Dauphins, thons et puffins unissent leurs forces pour encercler les bancs de sardines ou d’anchois. Les dauphins regroupent les poissons en surface, puis attaquent par le dessous, suivis par les thons, tandis que les oiseaux plongent depuis la surface.
- Les orques en Antarctique : Ces cétacés impressionnants chassent les phoques de Weddell (Leptonychotes weddellii) en faisant basculer la banquise ou en les attendant sous l’eau.
Des orques rassemblent en boule un banc de harengs, avant de les guider vers la surface et de les assommer : ils n’ont alors plus qu’à s’en délecter. © Stéphane Granzotto
- Les grands dauphins : Ils créent des cercles de vase pour piéger les poissons, qui, en sautant pour s’échapper, deviennent des proies faciles.
- Les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) : Ces cétacés à fanons utilisent une technique complexe pour capturer le krill et les petits poissons. Elles créent un « filet de bulles » qui resserre et concentre leurs proies, avant de bondir hors de l’eau pour les engloutir.
Chasseurs transparents : l’art de la discrétion
Méduses et autres organismes gélatineux du plancton sont des prédateurs redoutables malgré leur apparence fragile.

- Les méduses : Elles utilisent des cellules urticantes (cnidocytes) contenant des harpons microscopiques (cnidocystes) pour paralyser leurs proies. Les anémones de mer utilisent une technique similaire.
- Les cténaires : Ces animaux marins utilisent des colloblastes (cellules collantes) pour capturer leurs proies. Certaines espèces, comme le Beroe, possèdent même des dents pour croquer les plus grosses prises.
Un corps adapté à la capture
Certains organismes marins ont développé des adaptations physiques étonnantes pour la chasse.
- Les étoiles de mer (comme Ophidiaster ophidianus) : Elles dévaginent leur estomac pour digérer les bivalves directement à l’intérieur de leur coquille.
- Le poulpe : Ses tentacules puissants, munis de ventouses, lui permettent de capturer ses proies et de soulever des poids considérables. Son bec lui sert à percer les coquilles de mollusques. Il peut cependant devenir la proie du congre (Conger conger), qui lui arrache ses tentacules.
- La rascasse volante (Pterois volitans) : Sa bouche protractile se projette en avant, créant un appel d’eau qui aspire la proie. D’autres poissons, comme les Serranidés, les Syngnathidés et le saint-pierre (Zeus faber), utilisent aussi cette technique.

- Les poissons électriques (comme les torpilles) : Ils utilisent des décharges électriques pour étourdir leurs proies avant de les dévorer.
- Les gastéropodes : La natice (Natica alderi) perce la coquille des bivalves et injecte des sucs digestifs pour les dissoudre. Le cône géographe (Conus geographus) utilise un harpon venimeux pour paralyser ses victimes.
Trucs et astuces de chasse
Les animaux marins rivalisent d’ingéniosité pour piéger leurs proies.
- Le baliste à rides bleues (Pseudobalistes fuscus) et le labridé (Cheilinus trilobatus) : Ils soufflent ou poussent les oursins pour les retourner et accéder à leur partie vulnérable. D’autres balistes utilisent des jets d’eau pour déloger les invertébrés cachés dans les roches.
- Le poisson archer (Toxotes jaculatrix) : Il projette un jet d’eau précis pour faire tomber les insectes volant au-dessus de la surface.

La squille : un coup de patte fulgurant
La squille (Odontodactylus scyllarus) possède le coup de patte le plus rapide du règne animal. Ses pattes ravisseuses en forme de massue peuvent se déployer à 80 km/h, brisant les carapaces et même les vitres d’aquarium.

Les Ziphiidés : une force d’aspiration hors norme
Les Ziphiidés, ou « baleines à bec », capturent leurs proies (souvent des calmars) en les aspirant littéralement dans leur bouche.
Les scènes de chasse sous-marines, qu’elles soient discrètes ou spectaculaires, sont toujours fascinantes à observer. Elles nous offrent un aperçu privilégié de la vie intense qui se déroule dans les océans.

Cet article, initialement écrit par Pascaline Bodilis-Guillemain pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



