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Entretien avec Henri Cosquer : L’Homme derrière la Découverte – Grotte Cosquer

Au printemps dernier, un septuagénaire pas comme les autres, nous a fait visiter le chantier encore en cours dans la Villa Méditerranée. Avec un mot gentil, une blague ou une poignée de main, Henri Cosquer, jovial, salue les personnes qui travaillent en 2 x 8 h pour terminer à temps.

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Henri Cosquer a eu plaisir à suivre le chantier de la restitution, et accompagner quelques visiteurs privilégiés. © Luc Vanrell

L’Héritage d’un Pionnier : Son Nom dans l’Histoire

Ça fait quoi de laisser son nom d’inventeur dans l’Histoire ?

Je suis content, surtout pour mes parents. Ils n’ont pas eu une vie facile. Ils étaient Bretons, du Finistère. Pendant la guerre, mon père était dans la Marine à Toulon. Il a touché du doigt le sabordage de la flotte française. Je suis né à Martigues, le dernier de la fratrie. L’école était difficile pour moi, alors qu’il fallait à tout prix obtenir un diplôme. J’ai voulu être moniteur de voile. Je suis allé aux Glénans. Dans ma vie, j’ai convoyé plusieurs voiliers jusqu’aux Antilles. Lors d’une de ces transatlantiques, j’ai même démâté. J’ai toujours plongé. Je suis devenu instructeur, puis scaphandrier indépendant sur des chantiers immergés. Ensuite, j’ai racheté le Centre cassidain de plongée et formé de nombreux plongeurs et moniteurs.

La Reconstitution de la Grotte : Un Hommage Fidèle ?

Dans cette reconstitution, reconnaissez-vous la grotte que vous avez été le premier à explorer ?

C’est à se casser le nez tant les peintures sont bien réelles. Toutes les mains ont été refaites avec une précision inouïe, avec des pigments de peintures naturels, comme dans la vraie grotte. J’ai visité une cinquantaine de grottes dans ma vie. Je suis allé à Lascaux et à Chauvet. Celle du cap Morgiou est petite, très belle mais chaotique.

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Henri Cosquer aime témoigner de son expérience de plongeur et raconter sa formidable découverte avec l’humour et la tendresse qui le caractérisent. © Luc Vanrell

Entre la plage intérieure où on arrive et le passage dans la seconde salle, il y a un dénivelé de 6 à 7 mètres. Or, on ne peut pas faire ramper les gens dans la Villa Méditerranée. D’avoir imaginé une visite à plat, d’avoir transformé l’espace de la grotte, permet aux visiteurs de mieux voir les dessins. Dans la vraie grotte, il est difficile de se déplacer. Tu es mouillé, tu éclaires tes pieds, ça glisse et il y a des coins dangereux. La fissure sous le bison, si on y tombait, on resterait coincé. Il y a des endroits dans la vraie grotte où on ne peut pas voir les gravures. Là, les gens auront à porté d’œil la réalité des tableaux. Je pense que les hommes de Cro-Magnon ne diraient qu’une chose en voyant ces panneaux : « C’est bien que vous ayez déplacé la roche, cela met en valeur nos peintures ! »

L’Art Préhistorique : Un Message à Travers les Millénaires

Quels sont les dessins qui vous touchent le plus ? Et pourquoi ?

Toutes ces mains sont vraiment troublantes. Celles avec les doigts pliés et celles avec des points digitaux par-dessus me plaisent. On voit bien le travail qu’ont fait ces artistes de la Préhistoire à gratter les parois pour laisser leurs mains, preuves de l’existence d’un homme. Les mains noires et rouges en X, croisées, sont pour moi exceptionnelles. Elles livrent peut être un message, celui d’un passage rituel de cette vie dans les calanques. Un message d’adolescents qui entrent dans le monde des adultes. Je dis adolescents car ces mains sont petites. Nous ne sommes pas en capacité de déchiffrer, on ne comprendra jamais ce qu’ils ont voulu dire.

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Le chantier dans la Villa Méditerranée a démarré en septembre 2020. Les équipes ont travaillé assidument à chaque détail jusqu’au jour de l’ouverture, le 4 juin 2022. © Luc Vanrell

Souvenirs Gravés : Entre Émerveillement et Déception

Quel est votre plus beau souvenir lié à la grotte du cap Morgiou ?

Je me souviens particulièrement de cette plongée avec Dominique Serafini, le dessinateur qui a travaillé avec le Commandant Cousteau. Il passait à Cassis. Je lui ai dit : je prépare le matériel, reviens donc dans une heure. Nous sommes partis au cap Morgiou. Je lui ai montré les dessins dans la grotte. Il a observé longuement et j’ai vu qu’il appréciait. Il m’a dit : « C’est un sacré artiste celui qui a dessiné le bison. Il était assis là, juste à cet endroit. Et d’un seul trait, sur la paroi accidentée, il a tracé de la queue à la tête. » Le bison, si tu le regardes bien, est un animal fatigué, qui a combattu. Ses naseaux fument et son regard n’est pas violent. Comme un taureau de corrida, il se demande ce qui va lui arriver.

Et le pire souvenir ?

D’avoir été traité de faussaire par tous ces spécialistes qui ne me croyaient pas.

Partager la Grotte : Une Vocation

Quand avez-vous commencé à vouloir montrer la grotte au grand public ?

Dès le début, j’ai pris des photos. C’était mon jardin secret, j’avais envie de le découvrir et ensuite de le partager. Avec mes moniteurs et le réalisateur Gilles Souris, en juillet et août 1991, nous avons filmé dans l’eau, à l’intérieur de la grotte et même en hélicoptère au-dessus du massif des Calanques. Notre société de production a diffusé le documentaire à la télévision en 1992, qui a fait 11 millions de téléspectateurs. Je voulais que les gens voient ces dessins. Cette découverte m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes, d’autres passionnés des grottes. Pendant vingt ans, j’ai milité pour qu’une réplique soit créée à Marseille. Avec le préhistorien Thierry Félix et l’architecte André Stern, nous avons monté un dossier solide qui a été validé par la mairie mais rien ne se passait. André Stern a dessiné quatre projets d’architecte pour restituer la grotte Cosquer. Nous avons répondu à l’appel d’offre pour la Villa Méditerranée, avec la société Culture Espaces. Finalement, l’équipe concurrente a remporté le marché. L’avantage de faire une reconstitution est de rendre accessible à tous cette grotte, petite mais sacrément belle.

Pour Approfondir

  • « Cosquer redécouvert » par Jean Clottes, Jean Courtin et Luc Vanrell – Editions du Seuil – 2015
  • « Cosquer révélée, les secrets du sanctuaire préhistorique englouti » par Pedro Lima – Synops Editions – 2021
  • Dossiers d’archéologie n°408 – Novembre Décembre 2021

Cet article, initialement écrit par Alexie Valois pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

image d’ouverture ©Gilles Sourice

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