Il y a quelques semaines, après une plongée qui me semblait tout à fait banale, les premiers signes d’un accident de décompression se sont manifestés rapidement. Cette situation m’a conduit au service hyperbare de l’hôpital Sainte-Anne à Toulon, où j’ai pu expérimenter le traitement en caisson. Je partage avec vous cette expérience.

Une plongée entre amis au Sec du Sarranier
Ce samedi-là, le soleil brillait et l’absence de vent annonçait une journée idéale pour une plongée entre amis. Notre destination : le Sec du Sarranier, situé entre l’île de Porquerolles et l’île de Port-Cros. Les conditions étaient favorables, avec un faible courant. Nous avons effectué une brève incursion de 4 à 5 minutes à 38 mètres, puis le reste de la plongée s’est déroulé entre 20 et 25 mètres. Nous avons pu admirer les mérous, les murènes évoluant en pleine eau et les bancs de sardinelles qui dansaient autour des gorgones pourpres. Après avoir respecté nos paliers, nous sommes remontés tranquillement à bord après un peu plus de 30 minutes passées sous l’eau. Grâce à ma combinaison étanche, le froid de janvier ne s’est pas fait sentir.
Les premiers symptômes
En remontant à l’échelle, sans ma bouteille, j’ai ressenti une légère douleur sciatique, une sensation que je connaissais bien. Sur le moment, je n’y ai pas prêté attention. J’ai commencé à ranger mon équipement tout en participant au débriefing de notre plongée, une routine classique.

Cependant, la suite s’est avérée beaucoup moins ordinaire. Environ vingt minutes après être sorti de l’eau, j’ai ressenti des fourmillements dans ma jambe gauche. J’ai immédiatement alerté mes amis, car je sentais que quelque chose n’allait pas. Les fourmillements se sont intensifiés. J’ai bu de l’eau pour m’hydrater, mais les sensations désagréables ont continué à s’aggraver et se sont propagées à ma jambe droite.
Réaction rapide et prise en charge
Conscients de la gravité de la situation, l’un de mes compagnons a immédiatement sorti l’oxygène, tandis qu’un autre a contacté les secours par radio. Forts de notre expérience en plongée et de notre connaissance des procédures d’urgence, j’ai rapidement eu le masque à oxygène sur le visage, tandis que la communication avec le CROSS-Med se poursuivait.

La traversée de la baie de Hyères fut rapide. À notre arrivée à quai, les pompiers m’attendaient déjà pour me transporter au caisson hyperbare de l’hôpital Sainte-Anne à Toulon. Heureusement, l’oxygénothérapie avait déjà atténué les picotements dans mes jambes. Le pompier qui m’accompagnait, lui-même plongeur démineur, comprenait parfaitement la situation.
L’expérience du caisson hyperbare
À mon arrivée, le personnel médical était prêt. Médecins et infirmiers s’affairaient pour recueillir des informations, prendre mes constantes, effectuer des examens neurologiques, me préparer et brancher la tuyauterie nécessaire. Il n’y avait plus de doute, j’allais vivre l’expérience du caisson hyperbare. L’urgence était à la recompression. On m’a proposé des numéros de Plongez! pour m’occuper.
J’ai été transporté sur mon lit à l’intérieur de ce fameux caisson, un cylindre hermétique d’1m80 de diamètre doté de hublots, de haut-parleurs et d’innombrables canalisations. L’espace était restreint, mais deux infirmiers m’ont accompagné pour le début de la séance. Après les explications du médecin, la porte s’est refermée. La sensation d’être enfermé dans cet espace clos a provoqué une légère claustrophobie, rapidement dissipée par le professionnalisme et la bienveillance du personnel soignant.
Cinq heures sous pression

Le protocole était une « B18 », soit une mise en pression de cinq heures, avec une phase à 18 mètres et une autre à 9 mètres. La température a rapidement augmenté et le bruit était constant. Cette phase de recompression progressive a duré une dizaine de minutes. L’atmosphère étant sèche, l’équilibrage des oreilles devait être fréquent. Une fois « au fond », l’équipe médicale a renouvelé les examens pour évaluer l’évolution de mon état. J’ai ensuite été connecté à un scope pour le suivi de mes constantes. Avec le masque à oxygène, les perfusions et les différents appareils, mes mouvements étaient très limités. Après l’installation, le personnel a quitté le sas. L’opérateur, qui me surveillait sur écran, m’a proposé un éclairage bleuté, de la musique ou la télévision. Me voilà seul dans le tube métallique. J’ai essayé de lire, mais la fatigue était intense.
Rétrospective et introspection
Mon esprit s’est mis à analyser ma plongée. Pourquoi, après 30 ans de pratique et des milliers de plongées, cet accident ? Qu’est-ce qui avait causé ce blocage ? J’ai revu chaque instant, avant, pendant et après la plongée. J’ai réfléchi à mon avenir de plongeur. Allais-je devoir abandonner ma passion, mon métier ? Le personnel médical venait régulièrement me voir via le hublot, apportant une pause bienvenue à mes réflexions. Puis, l’opérateur a annoncé la remontée à 9 mètres. Avec la décompression, la sensation de froid s’est intensifiée, et j’ai apprécié la couverture supplémentaire. La remontée s’est faite sentir au niveau des oreilles, nécessitant une déglutition régulière. Arrivé à 9 mètres, le médecin et un infirmier ont effectué de nouveaux tests neurologiques avant de me laisser à nouveau seul pour la fin de la séance.
Enfin, l’annonce de la remontée vers la surface a été faite. Le bruit de la décompression était intense, et la sensation de froid encore plus présente, malgré la lenteur de la remontée.
Soulagement et suite du traitement
L’ouverture de la porte du caisson fut un soulagement. Une nouvelle série de tests a permis de constater la disparition des fourmillements et l’atténuation de la douleur dorsale. Cependant, le médecin m’a informé que je passerais la nuit sous surveillance aux urgences et que de nouvelles séances étaient prévues dès le lendemain.

La nuit s’est déroulée sans problèmes et les douleurs ont disparu. Réveil à 6h00 pour deux nouvelles sessions. L’équipe, toujours aussi accueillante, facilitait le processus. Le programme : deux descentes identiques à 18 mètres pendant 2h30. Comme la veille, le personnel soignant était présent pour les tests et l’installation des appareils. Au « fond », j’ai d’abord respiré de l’héliox (50% hélium, 50% oxygène), puis de l’oxygène pur au palier à 9 mètres. L’équipe m’a expliqué la procédure. Fermeture du caisson et mise en pression. L’héliox modifiait ma voix, me faisant sourire malgré la situation. Seul dans le caisson, j’ai tenté de lire, mais la fatigue était forte. Après une heure, l’opérateur a annoncé la remontée à 9 mètres. J’ai effectué moi-même le changement de gaz. En respirant, j’avais l’impression que Dark Vador était à mes côtés ! Dehors, de nouveaux tests ont confirmé une amélioration. Un rendez-vous a été pris pour l’après-midi.
Perspectives d’avenir
Le lendemain, une session d’1h30 s’est déroulée en fauteuil, avec d’autres patients. À la sortie, les examens ont confirmé un retour à la normale.
Un doppler a révélé un shunt droite gauche, augmentant le risque de passage de bulles. Une échographie trans-oesophagienne sera nécessaire pour détecter un éventuel FOP. Une dernière séance dite de consolidation était prévue. Une IRM devait identifier les facteurs de risque de cet accident médullaire. Les messages de soutien de mes proches furent d’un grand réconfort. La discussion tant redoutée sur mon avenir de plongeur est arrivée. Le médecin, tout en étant rassurant, a souligné l’augmentation du risque et la nécessité de plonger différemment, après une période de six mois sans immersion.
L’importance de l’écoute et de la réaction
Il est essentiel d’être à l’écoute de son corps avant, pendant et après la plongée. Tout symptôme anormal doit être signalé sans délai. La rapidité de la prise en charge et de l’oxygénothérapie peut tout changer. Je ne sais pas encore si je pourrai replonger un jour. Je suis chanceux d’être sorti sans séquelles de cet accident.
Je tiens à remercier le personnel médical pour son dévouement. Et à vous, lecteurs, je souhaite de ne jamais avoir à fréquenter leur service !
Cet article, initialement écrit par Fabien Valladier pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Images © Yann Valton.



