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Retour à Malte : Exploration de Nouvelles Épaves Profondes

Il y a deux ans, l’Underwater Cultural Heritage Unit (UCHU), avec le soutien de l’office de tourisme de Malte, nous a accordé les autorisations nécessaires pour explorer des épaves chargées d’histoire. Forts de cette opportunité (voir Plongez ! N°25), nous avons organisé une deuxième expédition à l’automne dernier, avec une équipe renforcée, et découvert d’autres sites fascinants, situés entre 75 et 115 mètres de profondeur. Le clou du spectacle : pour trois de ces épaves, nous étions les premiers plongeurs français à les explorer !

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Photo : Marc Langleur

Malte : Un Haut Lieu Historique pour la Plongée Tek

De l’époque des chevaliers de l’ordre de Malte à la Seconde Guerre mondiale, cette île riche en histoire, située au sud de la Sicile, est une destination touristique prisée des plongeurs de loisir. D’ailleurs, le 31 juillet 2021, une nouvelle épave de patrouilleur, le P33, a été immergée volontairement pour devenir un récif artificiel, faisant le bonheur des plongeurs de tous niveaux. Pendant le conflit de 39-45, l’île a été le théâtre de combats intenses, devenant ainsi le lieu le plus bombardé de la Méditerranée lors des tentatives d’invasions italiennes et allemandes. C’est pourquoi de nombreuses épaves de guerre gisent autour de l’île.

Pour les plongeurs tek, ce ne sont pas moins d’une quinzaine d’épaves profondes des Première et Seconde Guerres mondiales qui sont désormais accessibles. Grâce au travail de Heritage Malta (agence nationale maltaise pour les musées, le patrimoine culturel et la conservation des bâtiments), ces épaves ont été préservées et protégées.

Un Long Voyage à Travers l’Italie

Cette fois, notre équipe se compose de six personnes. Trois d’entre nous voyagent en avion, tandis que les trois autres transportent le matériel (recycleurs, bails-out, scooters, etc.) dans un véhicule. Au départ du Vaucluse, nous avons prévu un périple de deux jours à travers l’Italie, incluant un ferry jusqu’à Messine, la traversée de la Sicile, et un autre ferry (2h30 de navigation) pour atteindre La Valette. Cependant, une panne moteur près de Naples nous a contraints à louer un autre véhicule sur place pour poursuivre notre route et respecter les délais. Avec patience et perspicacité, nous avons atteint notre objectif.

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Photo : Marc Langleur

Comme lors de l’expédition précédente en 2019, nous avons été accueillis par Simon Sciberras du centre Diving Systems Malta, qui dispose de toutes les commodités nécessaires pour les plongées profondes : O2, He, booster, mélangeur, analyseur, etc. Nous pouvions entreposer notre matériel dans la vaste salle de plongée en toute sécurité. Stephen Mc Elhone était revenu d’Irlande spécialement pour notre venue. C’est lui qui vérifiait que la gueuse était au bon endroit avant notre mise à l’eau.

Une Liste Fournie d’Épaves à Explorer

En accord avec Simon, nous avions dressé une liste d’épaves à explorer. Compte tenu des conditions météorologiques en ce mois d’octobre, nous avons décidé de commencer par le Schnellboot S-31, qui repose à 65 m de profondeur. Ce navire d’attaque rapide allemand, comme son nom l’indique, avait déjà été exploré par une partie du groupe il y a deux ans. Il était intéressant d’y retourner pour approfondir notre connaissance de cette épave historique coulée en 1942 (descriptif dans Plongez ! n° 25). Plusieurs éléments remarquables s’offrent à la vue du plongeur. Grâce à une excellente visibilité, nous pouvions voir l’épave dans son ensemble dès 45 m. Une torpille toujours active est soigneusement en place dans son tube. Des racks de munitions et des grenades anti-sous-marines sont également visibles.

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Photo : Marc Langleur

Cependant, la vie d’un plongeur tek n’est pas toujours un long fleuve tranquille, comme en témoigne l’incident survenu à Jean-Christophe : « Nous avions déjà parcouru le flanc bâbord du navire, raconte-t-il. Nous y avions découvert une torpille encore présente dans son tube et nous étions sur l’arrière pour voir les hélices et les équipements encore fixés ou dispersés autour de la coque. Je m’étais placé à quelques mètres du navire tâchant d’éclairer judicieusement la structure du navire recouvert de rouille et d’éponges. Un coup de feu a alors retenti sous mon bras gauche. J’étais certain ne rien avoir touché de l’épave, ni des objets éparpillés au fond, mais je savais que le temps pressait pour identifier l’origine de ce bruit.

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Photo : Marc Langleur

J’ai instinctivement tiré mon bail-out trimix devant moi et pris une rincée de bulles dans le masque. J’ai alors rapidement, par réflexe, fermé le robinet de la bouteille. Mon binôme Sylvain m’avait rejoint et m’interrogeait du regard. J’avais déjà compris l’origine de la fuite située sur le flexible de mon manomètre. Contraint depuis des mois selon le même rayon de courbure lors de mes plongées, le flexible avait fini par rendre l’âme. J’ai tourné doucement le robinet de la bouteille et montré à mon compagnon où se situait le problème. Sylvain me fixait et me demandait ce que je voulais faire. J’ai décidé de continuer la plongée. Mon recycleur fonctionnait, ce bail-out contenait encore près de 200 bars de gaz disponible. J’étais parfaitement zen, sachant que Sylvain avait au moins l’équivalent en réserve et nous n’avions plus que 20 minutes à passer à cette profondeur. Néanmoins, j’ai bien gardé Sylvain dans mon champ visuel pour parer à tout nouveau souci. On sait qu’un accident de plongée arrive souvent après une suite d’incidents ».

Les Épaves Explorées : Un Aperçu

  • Le HMS Trusty Star, à 90 m : La plus petite. Construit en 1919, ce navire en acier de 26 m de long a servi comme dragueur de mines avant de couler en 1942. L’épave, découverte en 2016, repose sur le sable et présente un canon pointant vers la surface.
  • Le SS Luciston, à 95 m : La plus difficile. Ce cargo charbonnier de près de 100 m de long a été torpillé pendant la Première Guerre mondiale. L’épave, découverte à la fin des années 1990, est difficile d’accès en raison du courant. Bruno se souvient : « Il y avait effectivement pas mal de courant ce jour-là. Avec mon binôme Jérémy, nous avons préféré une descente au scooter, outil précieux dans ce cas-là… Arrivé à 104 m, ma PpO2 atteint 1.8 b ! Je ferme le robinet d’O2 et surveille la Pp qui baisse assez rapidement ».
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Photo : Marc Langleur
  • Le HMS Russell, à 115 m : La plus profonde. Lancé en 1901, ce cuirassé de la classe Duncan a coulé après avoir heurté des mines en 1916. L’épave repose à l’envers, offrant une vision impressionnante de sa coque et de ses canons. Sylvain s’exclame : « Elle est énorme ! Il faudrait y passer une semaine d’exploration pour vraiment la découvrir et pouvoir y entrer. Il y a tellement de choses à voir ! »

Jean-Christophe ajoute : « Nous nous attendions à trouver une coque nue à l’envers ne présentant que peu d’intérêt. J’ai été impressionné par cette masse d’acier volumineuse, la rangée de hublots (fenêtres sur la vie de l’équipage aujourd’hui disparu), des canons dépassant de la coque sur bâbord comme un colosse vaincu écrasant ses propres défenses, la connexion à l’Histoire (14-18) avec cette proue verticale intacte, caractéristique des navires de guerre de la fin du 19ème siècle, début 20ème. Une plongée bouleversante pour moi ! »

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Photo : Marc Langleur
  • Le HMS Southwold, à 70 m : La plus impressionnante. Ce destroyer britannique de la Seconde Guerre mondiale a été coulé par une mine en 1942. L’épave est coupée en deux, avec la poupe reposant à 70-75 m de profondeur. Jean-Christophe décrit : « La partie arrière d’un navire coupé en deux qui a perdu sa peau. L’intérieur est visible de part en part. Du mobilier quotidien toujours en place (vaisselle, toilettes et urinoir) et des armes (canons de tourelles dressés vers la surface, douilles d’obus dispersées autour du navire et mines encore sur le pont arrière). Nous avons visité une épave à l’identique de ce qu’elle était le jour de son naufrage, émouvant voyage dans le temps, dans l’Histoire. »
  • Le Junker 88, à 105 m : La plus excitante. Cet avion de combat allemand de la Seconde Guerre mondiale repose debout sur un fond marin sablonneux. L’épave, découverte en 2019, est un témoignage poignant des combats aériens qui ont eu lieu au-dessus de Malte.

Malte : Un Paradis pour les Plongeurs d’Épaves

Malte est sans conteste une destination privilégiée pour les passionnés d’épaves et d’histoire. Facile d’accès, elle offre des découvertes exceptionnelles dans une eau claire et chaude. En octobre, la thermocline se situe autour de 40 m, permettant de réaliser les paliers à une température agréable de 26 °C. De plus, de nouvelles épaves seront bientôt autorisées à l’exploration, ouvrant de nouvelles perspectives passionnantes !

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Photo : Marc Langleur

A Voir Hors de l’Eau

Malte est imprégnée d’histoire, et son territoire, bien que petit, regorge de sites à découvrir.

  • Le Musée national de la guerre, à La Valette : Découvrez des objets d’époque illustrant les opérations militaires ayant marqué l’archipel maltais entre 1940 et 1943, dont l’opération Pedestal.
  • Le village de pêcheurs de Marsaxlokk : Flânez dans son port pittoresque, admirez les Luzzus colorés et explorez son marché animé.
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Photo : Marc Langleur

Remerciements

BigBlue Dive Lights
Simon Sciberras, Dive Systems Malta, Stephen Mc Elhone, Jason Fenech. www.divesystemsmalta.com
Uchu/Heritage Malta, Dr Timmy Gambin, Maja Sausmekat (Underwater Archaeology Coordinator)
www.heritagemalta.org
www.underwatermalta.org

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Photo : Marc Langleur

Les plongeurs : Sylvain Compan, Bruno Gaidan, Marc Langleur, Jean-Christophe Pinard, Yannick Trémion, Jérémy Sastre.

Cet article, initialement écrit par Marc Langleur pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

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