Dubnik et ses anciennes mines d’opales
Nichée dans le sud-ouest de la Slovaquie, la petite commune de Dubnik renferme d’anciennes mines d’opales, partiellement submergées. Au fil du temps, les galeries inondées ont donné naissance à des paysages sous-marins aux formes et couleurs féeriques. Selon la légende, l’une d’entre elles cacherait un trésor, perdu depuis 175 ans.

Une histoire fascinante
L’aventure débute en 1845 lorsque Solomon Johann Nepomuk Goldschmidt, un joaillier viennois, remporte aux enchères les mines d’opale de Dubník. En 1848, une révolution secoue l’Europe, et Vienne est envahie par les militaires. Craignant pour sa fortune, Goldschmidt choisit de la dissimuler dans les mines de Dubník, dans le puits de Schlamm. Malheureusement, il décède peu après, emportant le secret de l’emplacement de son trésor. Bien que l’exploitation minière ait cessé en 1922, le mythe du trésor continue d’enflammer l’imagination des chasseurs de trésors. Tandis que les zones sèches sont fouillées, certaines parties n’ont pas été explorées depuis plus d’un siècle.

Un voyage au cœur de la forêt
À notre arrivée, les arbres se parent déjà d’un feuillage automnal. Le portail Jozef, seule entrée fonctionnelle des souterrains, s’ouvre sur une prairie au cœur d’une forêt de feuillus. Sous nos pieds, des kilomètres de tunnels, serpentant dans l’obscurité, mènent vers diverses entrées. Certains passages sont connus, d’autres oubliés, laissant échapper l’odeur du passé. En franchissant le portail, l’air doux est rapidement remplacé par une brise fraîche. Chargé de matériel, je me demande si je vais me perdre dans ce labyrinthe. Des marques de pioche centenaires décorent les murs, mais je dois me concentrer sur mon chemin pour éviter de me perdre.

Le puits Schlamm
Dans ces mines, l’eau a toujours été l’ennemi des mineurs. Luttant constamment contre l’inondation, ils ont vu leurs galeries inférieures submergées après l’arrêt des pompes en 1922. L’eau de pluie, s’infiltrant sous terre, emporte des minéraux ferreux qui colorent les parois. Ce tunnel, connu sous le nom de Schlamm, reflète l’histoire de la mine, mais demeure absent des documents contemporains. La seule façon d’y accéder est de traverser un petit bassin, et il est probable que d’autres espaces inexplorés se cachent sous l’eau, derrière ce tunnel inondé.

Exploration du labyrinthe
De nombreux couloirs et salles mènent à un puits profond, reliant plusieurs galeries. Des marches taillées à la main, parfois glissantes, rendent la descente délicate, surtout avec un équipement lourd. Des amas de gravats d’andésite, une roche volcanique, bordent l’escalier. Des traces d’opales jonchent les murs, alimentant nos rêves de trésor. En contrebas, un bassin d’eau cristalline nous attend. En nous préparant à plonger, l’eau devient trouble, mais notre désir de découvrir le trésor l’emporte sur nos hésitations.

L’eau, artiste de la nature
Derrière l’entrée, la clarté revient. L’eau paraît si transparente qu’on en oublie sa présence. Les parois étincellent de couleurs vibrantes : oranges profonds, jaunes éclatants, rouges, violets et roses. En descendant, nous nous laissons envoûter par les formes étranges et colorées. Certaines ressemblent à des gouttes, d’autres à des aiguilles ou des motifs de dentelle. Comment ces merveilles ont-elles pris vie ? C’est l’eau et son interaction avec la roche qui ont produit ces effets.

Réactions chimiques sous-marines
Les formations aquatiques que nous admirons proviennent de la décomposition de la pyrite et de la marcassite en hydroxydes de fer. Ces zones inondées fonctionnent comme un réservoir d’eau acide, où se produit une légère électrolyse. Les ions ferreux, attirés par des parois chargées négativement, créent des croûtes colorées. Les formes et tailles des formations varient en fonction des mouvements de l’eau, se développant verticalement ou s’enroulant selon le courant. Sous l’eau, ces transformations se produisent à un rythme fascinant, semblable à celui du vivant.

Tunnels secrets et lumières écarlates
Alors que l’eau submergeait lentement les tunnels, certaines poches d’air restent emprisonnées sous le plafond. Les bulles, réfléchissant la lumière, apportent vie aux parois colorées. Ce fascinant jeu de couleurs pourrait-il nous guider vers le trésor ? Les décorations en limonite sont délicates et se détachent facilement, dévoilant les secrets des tunnels. Notre exploration est lente, les couleurs chatoyantes nous font découvrir de vieux escaliers, des échelles en bois et des outils oubliés, témoins d’un travail figé dans le temps.

Une obsession pour le trésor
Le puits Fedö relie toutes les galeries les plus profondes de la mine. À 50 mètres de profondeur, nous nous souvenons des mineurs d’autrefois. Ici, l’eau révèle encore un autre visage spectaculaire de la mine. Soudain, nous découvrons des morceaux d’opale, assoupis sous des roches. En les illuminant avec notre torche, nous admirons leurs couleurs, magiques et envoûtantes.

Le véritable héritage
La fraîcheur de l’eau et la pensée du retour à la surface nous réveillent de notre rêve. En émergeant du puits, à l’horizon 38, nous réalisons que la véritable magie de cet endroit ne réside pas dans un coffre au trésor, mais dans l’harmonie entre l’homme et la nature. Ces galeries représentent la plus ancienne et vaste mine d’opales au monde, où l’eau a sublimé le travail humain avec une beauté unique.

Si vous rêvez d’y aller
Le labyrinthe de 5 km de long est accessible exclusivement aux plongeurs certifiés « full cave ». La température de l’eau reste inférieure à 5 degrés, et la visibilité peut rapidement diminuer en raison des sédiments. L’exploration est donc réservée aux plus aguerris.

Pour en savoir plus : www.opaldivers.com.
Cet article, initialement écrit par Martin Strmiska pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



