Un plongeur souriant prépare un submersible pour une exploration marine, symbole d'aventure sous-marine.

Plongée Exclusive dans l’Envers du Décor : Les Secrets de Cinémarine et des Tournages Sous-Marins Fascinants

Plonger dans l’univers d’une société de prise de vue sous-marine est une aventure à vivre au moins une fois ! Pour les lecteurs de Plongez !, Marc Langleur a eu l’opportunité d’intégrer l’équipe de Cinémarine lors d’un tournage dédié aux épaves submergées. Une expérience immersive, révélatrice de la complexité inhérente à la réalisation de documentaires en milieu sous-marin, où passion, technique et imprévus se conjuguent constamment.

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Premiers pas dans une aventure sous-marine

Difficile de résister à un tournage sur le thème des épaves, surtout pour un amoureux d’histoire. Lorsque Jean-François André, alias « Jeff » et patron de Cinémarine, propose à Marc Langleur de le rejoindre lors d’une coproduction, aucun doute possible : une nouvelle aventure commence !

Le rendez-vous est fixé à Fréjus, sur le quai d’Alpha Beluga, lieu de départ pour une semaine intense de plongées. L’équipe se prépare déjà avec un impressionnant arsenal : caméras, drone, perche de son, sans oublier les recycleurs et tout le matériel de plongée. L’accueil est convivial et la journée promet d’être passionnante. Jeff, à la tête de Cinémarine depuis 2019, explique le programme du jour : tourner un épisode de la série documentaire « Mystères d’épaves », une saga de six épisodes de 52 minutes dévoilant l’histoire du monde à travers des épaves oubliées, filmés aux quatre coins du globe.

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L’épisode en question, « Opération Dragoon, l’autre débarquement », porte sur le débarquement de Provence en août 1944. La mission : retrouver l’épave du dragueur de mines YMS-24, ramener des images inédites et raconter son histoire.

De l’idée au financement d’un documentaire

Tout débute par une idée de Christian Pétron et de son ami québécois Phil Beaudry : retracer le naufrage de l’Empress of Ireland, englouti dans le Saint-Laurent en 1914, causant plus de 1 000 victimes. Un premier teaser réalisé par Kevin Sempé — connu pour ses collaborations avec Aqualung et ses films sous-marins — est monté pour séduire les sociétés de production.

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La société Imagissime, associée à la chaîne Planète+, relève le projet et le coproduit avec Cinémarine. L’investissement est de taille (plus d’un million d’euros), couvrant déplacements internationaux, assurances, matériel, écriture du scénario, recherche et achat d’archives, reconstitutions en 3D, salaires, montage, post-production… L’accent est mis sur l’histoire, la plongée venant étayer la reconstitution des faits. Dans chaque épisode, on suit Kevin Sempé à la poursuite d’indices, de protagonistes et, bien sûr, la caméra sous l’eau.

La réalisation est partagée avec Franck Guérin, dont l’expérience s’étend des documentaires à des longs-métrages et courts-métrages acclamés.

Des années de préparation, la plongée comme récompense

Comme le souligne Jeff, aboutir à une série comme « Mystères d’épaves » requiert patience et résilience. Écrire un scénario solide, convaincre un diffuseur et accéder au financement sont des étapes longues et parfois incertaines. C’est bien souvent plusieurs années de travail acharné avant de pouvoir visualiser le résultat à la télévision.

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Pour ce projet, trois ans ont été nécessaires, mobilisant une vaste équipe de recherche. Entre autorisations, choix stratégiques et démarches administratives, la récompense arrive enfin : plonger, filmer et découvrir sur écran les images ramenées du fond ! Cependant, la rentabilité vient sur le long terme, avec des ventes à l’international, nommées « 2ème diffusion » dans le métier.

Imprévus et défis d’un tournage sous-marin

En marine, rien n’est jamais totalement prévisible. Si les préparatifs pour filmer l’épave du YMS-24 se déroulent sans accrocs (matériel prêt, controle des recycleurs, conditions idéales), la plongée réserve son lot de surprises. L’écho du sondeur sur l’épave est faible, et une fois sous l’eau, c’est un épais brouillard vert qui enveloppe l’équipe dès 25 mètres — un obstacle majeur pour les prises de vue. À 45 mètres, toujours pas d’épave, ni même une silhouette distinguable.

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Après avoir attendu et cherché en vain, la remontée s’impose, accentuée par un incident : la bouée de surface, percée, sombre et entraîne le filin vers le fond. Retour en pleine eau et paliers à compléter. Aucun membre de l’équipe ne localisera l’épave — un coup dur qui implique une journée de production « perdue » et ses conséquences.

Heureusement, Anne Joncheray, experte de cette épave, aidera le lendemain à baliser et à retrouver le site précis. Après deux plongées, jackpot : visibilité correcte grâce à un courant providentiel, et même récupération de la bouée disparue la veille !

Après la plongée : un travail invisible… mais colossal

Les images sous-marines sont superbes, et les plongées suivantes se déroulent dans la bonne humeur. Mais une fois remontés, le travail reste intense : Kevin et Franck doivent trier (« dérusher ») les centaines de rushes, transmettre les séquences à la production, tourner les interviews de témoins ou passionnés locaux, souvent dans la même journée. Durant la semaine, l’équipe séquencera les tournages à Fréjus, Saint-Raphaël, Cavalaire, avant de mettre le cap sur la Normandie pour explorer l’épave du Susan B. Anthony.

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Marc Langleur conclut cette aventure personnellement enrichissante : s’immerger dans une équipe passionnée, découvrir de nouvelles épaves et approfondir son rapport à cet univers.

Les projets et innovations à venir de Cinémarine

Actuellement, l’activité polynésienne de Cinémarine est florissante, portée par la série policière « PK0 » (véritable succès local). Mais la pandémie de Covid-19 freine bon nombre de tournages sur place.

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En France, les captations 360° des épaves du Var se poursuivent, afin de proposer des visites immersives en VR (réalité virtuelle). Cinémarine réalise aussi des vidéos pédagogiques 360° pour certaines institutions militaires et des films techniques destinés aux professionnels. Un autre chantier d’envergure : lancer une école de formation pour plongeurs professionnels (opérateurs sous-marins, éclairagistes) en Polynésie.

La société vient également d’achever un tournage 360° pour le Parc marin de Martinique, en partenariat avec la nageuse Coralie Balmy et le réalisateur Ivan Maucuit, via « 13 Production ».

Histoire et héritage de Cinémarine

Le nom Cinémarine évoque à lui seul le rêve du grand bleu. Créée en 1975 par Christian Pétron (sous le nom Photomarine), devenue Cinémarine en 1986, la société s’est imposée dans le monde du reportage et des fictions sous-marines. Dès les années 1970, Christian Pétron se forge une réputation auprès de la COMEX, multiplie les safaris-photos et collabore avec des titres majeurs comme Paris-Match ou Antenne 2.

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Le tournant vient avec la rencontre de Luc Besson pour « Le Grand Bleu ». Chef opérateur sur ce film culte et sur « Atlantis », Christian développe pour l’occasion caméras et caissons sur-mesure, imposant des standards techniques durables. Il signera par la suite les prises de vues sous-marines de nombreux longs-métrages et documentaires majeurs, dont des images inédites sur le Titanic pour Discovery Channel.

En 2016, Christian Pétron cède la société à une nouvelle équipe, mais reste président honoraire. Un an plus tard, un musée de l’image sous-marine, le Barcelona Underwater Camera Museum, est créé à Barcelone avec Andrès Claros, abritant la plus vaste collection mondiale de caméras sous-marines (Site officiel).

Les conseils de Jeff pour percer dans la prise de vue sous-marine

Pour Jeff, devenir cameraman sous-marin ne s’improvise pas : « Il ne suffit pas d’être un bon plongeur ! L’idéal, c’est de suivre une école de cinéma puis de se tourner vers la plongée. Il faut s’entourer d’une équipe fiable, durable, entretenir une cohésion sans faille : savoir ce que l’autre attend sous l’eau, communiquer sans mots, c’est précieux. La réussite finale dépend aussi du montage, de l’étalonnage, du travail main dans la main avec une équipe qui connaît votre style de prises de vue. »

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La polyvalence est essentielle : savoir filmer, éclairer, préparer le matériel audio, les drones, les recycleurs, réparer un moteur si besoin et — surtout — être passionné, résistant, et humble face à la mer comme à l’équipe. Toujours apprendre, garder la passion et viser loin : « Votre plus beau film sera toujours le prochain. »

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Mystères d’épaves : une série à (re)découvrir

La première saison de « Mystères d’épaves » a été diffusée en novembre 2020 sur Planète+ et reste accessible en replay. Les épisodes proposent des plongées historiques :

  • Scapa Flow, le tombeau de la flotte allemande
  • USS Corsica, l’île porte-avions
  • Empress of Ireland, le naufrage oublié
  • Guerre des Philippines : la chute
  • Guerre des Philippines : la reconquête
  • Opération Dragoon, l’autre débarquement

La saison 2 est vivement attendue par tous les passionnés d’histoire et de plongée !

Cinémarine : films et équipe dirigeante

Quelques grandes références Cinémarine

  • 1988 : Le Grand Bleu
  • 1991 : Atlantis
  • 1994 : Les Misérables
  • 1995 : La Cité des enfants perdus
  • 1997 : Didier
  • 2001 : Les Rois Mages
  • 2002 : Le Transporteur
  • 2004 : Agents Secrets
  • 2006 : OSS 117 : Le Caire, nid d’espions
  • 2011 : Planète Océan
  • 2019 : Une île (série)

La nouvelle équipe dirigeante

  • Éric Moriceau : ancien militaire, plongeur professionnel classe 3b, éclairagiste, caméraman B, responsable technique et entretien du bateau.
  • Marie Eve Tefaatau : directrice de production de Pacific Prod à Papeete, partenaire majeur de Cinémarine, coordonne le développement polynésien.
  • Christian Pétron : président honoraire, véritable figure tutélaire, accompagne et conseille la société.
  • Jean-François André (Jeff) : plongeur classe 3B, pilote de drone DGAC, ingénieur en informatique industrielle, instructeur trainer nitrox, trimix et CCR, créateur du recycleur Submatix, directeur technique sur « Agents Secrets », puis à la tête de Cinémarine depuis 2019.

Bibliographie et remerciements

À lire : Christian Pétron, Sous le miroir du Grand Bleu.

Remerciements : Jean-François André, Kevin Sempé, Christian Pétron, Éric Moriceau, Camille Plouin, Franck Guerin, Leonard Prêtre, Cédric Chebbat, Sandrine Lacourt, Pascal Le Bihan (Calou).
www.cinemarine.com

Cet article, initialement écrit par Marc Langleur pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

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