La plus vaste réserve naturelle de Corse, établie en 1999, déploie ses 80 000 hectares de splendeurs ! Elle embrasse les îles Cerbicales et Lavezzi, offrant un spectacle saisissant de falaises abruptes, de tombants coralligènes, et de rochers sculptés évoquant les Seychelles, le tout baigné d’eaux turquoise et animé par une faune foisonnante. Un véritable festival pour les plongeurs !

Exploration des Îles Cerbicales et Lavezzi
Au large de Porto-Vecchio, les îles Cerbicales constituent un point stratégique de cette immense réserve. Cet archipel recèle des sites de plongée parmi les plus spectaculaires de Corse, avec des formations géologiques sous-marines exceptionnelles comme le danger du Toro ou le danger de la Vacca. Plus au sud, au large de Bonifacio et de ses imposantes falaises calcaires, un paysage différent se dévoile : les îles Lavezzi offrent une myriade de criques aux eaux turquoise, couronnées de rochers dignes des Seychelles. Classées zone de protection renforcée, elles abritent une biodiversité remarquable, souvent à quelques mètres de la surface. À l’instar des Cerbicales, elles servent de refuge à de nombreuses espèces d’oiseaux, certaines y trouvant des sites de nidification essentiels à leur survie.

Une Mosaïque de Biotopes
La diversité des biotopes transforme cette vaste réserve en un kaléidoscope de vie marine. Habitat crucial, elle protège à elle seule 16 % des herbiers de posidonies de Corse, soit environ 8 700 hectares. Un patrimoine d’une importance capitale face au changement climatique. Selon Jean-Michel Culioli, chef de service des espaces protégés, « L’herbier, au-delà de son rôle de frayère et de stabilisation des fonds, est un puits de carbone, aspect non négligeable actuellement. Nous avons donc une responsabilité très forte dans sa préservation. » Les bouches de Bonifacio accueillent près de 50 % de la grande plaisance en Corse et, l’interdiction de mouillage des grandes unités a un impact positif. « Quelques dizaines d’hectares, estime le responsable, sont marqués par l’impact des ancres et pourraient faire l’objet de programmes de restauration. » Le problème ne se limite pas aux yachts : « C’est pour cette raison que nous souhaitons travailler sur les ancrages écologiques sur fonds sableux ». Autre habitat important, le coralligène, particulièrement riche dans les eaux de la réserve. Un univers dominé par les gorgones pourpres, mais aussi composé d’éponges, d’algues calcaires, de bryozoaires, de crustacés et de poissons.

L’Effet Bénéfique de la Réserve
La mise en place de zones protégées a entraîné un doublement de la biomasse. Mérous, corbs et dentis, nombreux et peu farouches, enchantent les plongeurs. « Quand on voit des mérous se reproduire dans dix mètres d’eau, s’enthousiasme Jean-Michel Culioli, c’est extraordinaire et c’est la preuve que les mesures de protection fonctionnent ! Au cœur de la réserve, quelque 13 000 hectares sont interdits à la chasse sous-marine, et ce sont les zones les plus intéressantes ». La pêche récréative est permise, sauf aux Cerbicales et Lavezzi, où elle est soumise à dérogation. La pêche artisanale rassemble quelques professionnels. « Le tout, insiste Jean-Michel, est de maintenir un équilibre entre la préservation de la biodiversité, les usages traditionnels et les nouveaux usages, dans un souci de développement durable ». En d’autres termes, concilier environnement et activités humaines, avec raison et discernement.

Gestion des Quotas et Labellisations
« Longtemps, estime le responsable, on a laissé libre cours à tout et il faut changer les choses. Il faut prendre le temps, et ne pas oublier qu’il y a une économie touristique qui doit être prise en compte ». Comme ailleurs, il faut concilier tourisme et préservation.
« Nous travaillons sur des notions de quotas, poursuit-il, dont certains sont en place et d’autres en discussion dans notre plan de gestion. » Par exemple, sur la partie terrestre des îles Lavezzi, il s’agit de ne pas dépasser 2 000 personnes par an. La limitation passe par des conventionnements avec les bateliers. De juin à septembre, l’ancrage est interdit autour de certains îlots, à moins de 250 mètres du rivage, et tout débarquement est proscrit.

Dans les eaux de la réserve, environ 1 200 hectares sont interdits à la plongée, notamment sous les falaises de Bonifacio. « Ce sont pour nous des espaces laboratoires, explique Jean-Michel Culioli, et des zones de quiétude totale où les espèces n’ont pas les mêmes comportements. » Deux zones rouges entourent les Lavezzi où seul le PMT est autorisé, et elles pourraient se multiplier. Des labellisations pourraient être mises en place avec les centres de plongée. Les mouillages sont au coeur des réflexions du conseil de la réserve, et pourraient évoluer vers des scellements chimiques, moins impactants. Néanmoins, il n’a pas été observé d’impact majeur des plongeurs « et, à travers les images qu’ils ramènent, admet le responsable, ils sont nos meilleurs ambassadeurs ! ». Si certains se souviennent de la grande fréquentation sur le site de Mérouville, le sec du Pelu, elle n’est plus d’actualité, les sites s’étant diversifiés sur les Lavezzi. Ce qui inquiète, ce sont les effets du changement climatique. « Les paysages sous-marins, reconnaît-il, vont évoluer ; les gorgones se trouveront plus profond, ce qui pourrait créer un problème de niveau pour les plongeurs. »

Vers une Réserve Internationale MAB
Les bouches de Bonifacio ont le statut d’ASPIM, aires protégées d’importance méditerranéenne définies en 1995. « Mais nous voulons aller plus loin, explique Jean-Michel Culioli, et sommes en train de déposer un protocole d’accord pour créer une zone Man and Biosphère, une labellisation de l’UNESCO. » Le projet réunit la réserve des bouches de Bonifacio, le Parc national de La Maddalena, l’AMP de Santa Teresa et le Parc national de l’Asinara en Sardaigne. « Ce que nous voulons, poursuit-il, c’est partager de bonnes pratiques, que chacun s’investisse, via les communes et les populations locales, pour préserver tout en mettant l’homme au centre de la biosphère. Nous nous donnons trois ans pour présenter notre candidature ». Cette réserve MAB viendrait remplacer le Parc marin international des bouches de Bonifacio, qui a peu d’existence concrète. Cette fois, il s’agirait de voir travailler ensemble toutes les AMP concernées.

Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.




