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Avec Julia Duchaussoy et Franck Lorrain, l’océan s’invite au théâtre

Amis depuis 20 ans, Julia Duchaussoy et Franck Lorrain, comédiens, plongeurs, chefs opérateurs sous-marins et instructeurs de plongée, se réunissent sur scène pour offrir la parole aux petites créatures qui habitent nos océans avec leur spectacle Le monde du silence gueule ! Nous les avons rencontrés au Festival Off d’Avignon, lors de l’une de leurs premières représentations.

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Comment êtes-vous arrivés dans le milieu de la plongée ?

Franck : J’ai débuté assez tard dans la plongée. Avant cela, je pratiquais le rugby pendant des années en tant que président du club Paris XO. J’avais essayé la plongée avec des amis militaires, mais sans grande passion. À 40 ans, ma femme m’a offert mon niveau 1 et là, j’ai complètement adhéré ! Avec l’aide d’un autre plongeur, Olivier Solier, nous avons créé une association, Plongée partagée. C’est lui qui m’a également formé pour devenir instructeur, et aujourd’hui, j’apprécie énormément transmettre cette passion. C’est tout nouveau pour moi !

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Julia est chef opérateur sous-marin et a participé à nombreux tournages mettant souvent en lumière ses modèles de prédilection : les requins.

Julia : Pour ma part, j’ai découvert la plongée en 2002 à Bali et ce fut un coup de foudre. J’ai rapidement passé tous mes niveaux et obtenu mon diplôme d’instructeur. Même si j’aime guider, l’enseignement n’est pas mon fort, alors je me suis orientée vers la prise de vue. Formée par René Heuzey, j’ai surtout développé une passion pour les requins ! J’avais une peur bleue, mais face à cinq requins-marteaux à Elphinstone, j’ai été émerveillée. Cette expérience a été un révélateur sur la majesté de la nature. J’ai ensuite appris que les requins existent depuis 500 millions d’années et que l’homme en a éliminé 90 % en un siècle, ce qui m’a profondément choquée. Depuis, j’ai filmé des requins pour des projets comme Shark Wave et me suis rapprochée des associations Shark EducationShark Mission France et Ailerons.

Julia, comment t’est venue l’idée d’écrire Le monde du silence gueule ?

Julia : Dans ma famille, nous avons quatre générations de comédiens. J’ai presque tout abandonné pour défendre les requins. Entre mes passions pour le théâtre et la plongée, l’idée du spectacle est née. Mon premier projet, J’irai danser avec les requins, avait suscité un grand intérêt, mais je voulais ajouter un aspect pédagogique. J’ai donc travaillé sur ce nouveau spectacle, inspiré du stand-up, permettant aux différentes espèces de l’écosystème marin de s’adresser aux humains tour à tour.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec Franck et Pef pour ce projet ?

Julia : Franck et moi nous sommes rencontrés il y a 20 ans au Festival d’Avignon, et naturellement, j’ai pensé à lui pour m’accompagner sur scène. Il a accepté avec enthousiasme ! Quant à Pierre-François Martin-Laval (Pef), je l’ai rencontré lors d’un tournage où il m’a parlé de son enfance sur la Calypso, son père étant médecin pour l’équipe Cousteau. C’est un passionné des océans aujourd’hui. J’ai voulu rassembler une équipe sensible aux problématiques maritimes. Pef a, en plus, trouvé le projet suffisamment intéressant pour revenir sur scène, malgré son retrait du théâtre.

Comment avez-vous rassemblé toutes ces informations sur le milieu sous-marin ?

Franck : Au fil des plongées, nous avons croisé de nombreux biologistes et passionnés, véritables mines d’informations. Pour ma part, en réalisant des films sous-marins, je collabore avec le Parc national des Calanques et la société Seaboost, qui crée des récifs artificiels en 3D. J’ai aussi contribué à des films d’Alban Michon et Laurent Ballesta, ce qui m’a permis de participer à des connaissances pratiques sur le milieu marin.

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Un casque posé sur la tête et Franck devient le corail, ce soldat qui mène un combat perpétuel et qui lutte de toutes ses forces contre le blanchissement !

Julia : De mon côté, ma plongée de 20 ans m’a permis de rencontrer de nombreux biologistes, comme Steven Surina, avec qui j’ai voyagé, et qui m’apportent constamment de nouvelles connaissances. Des anecdotes drôles émergent aussi, comme celle que j’ai lue dans le livre de Pascal Kobeh, La magie du Bleu, où un poisson se cache dans l’anus d’un concombre de mer !

Quelle forme prend le spectacle ?

Julia : Nous l’avons conçu comme un stand-up, prétexte pour donner la parole aux habitants des océans. En scène, nous utilisons des accessoires simples tels que perruques et lunettes pour incarner différents animaux marins. Notre spectacle mêle information, humour et émerveillement, agrémenté d’images sous-marines projetées en arrière-plan.

Franck : Cet écran sert d’illustration à nos dialogues. Près de 70 vidéos, dont des images de René Heuzey et Sea Shepherd, constituent un véritable troisième acteur sur scène !

À qui s’adresse Le monde du silence gueule ?

Julia : Je souhaite surtout toucher ceux qui n’ont jamais plongé. En tant que Parisienne, je suis souvent choquée de la méconnaissance des gens sur le sujet, par exemple, peu savent ce qu’est le poumon bleu. Quand nous montons sur scène, chaque spectateur qui sort avec de nouvelles informations est une victoire. Certes, des plongeurs sont déjà informés, mais ils découvrent toujours de nouvelles idées et passent un bon moment.

Franck : Il est crucial d’atteindre un public urbain, souvent ignorant des impacts de leurs gestes, comme jeter un mégot dans la rue. Nous voulons sensibiliser à notre engagement personnel. J’ai lancé un programme, Plongée Citoyenneté, permettant aux jeunes des quartiers difficiles de Paris de passer leur N1 dans la réserve de Cerbère-Banyuls avec le club de plongée Aloes. Nous avons même joué une partie du spectacle devant eux, qui ont énormément appris !

Pourquoi avoir collaboré avec plusieurs associations ?

Julia : Nous ne sommes pas spécialistes marins, mais comédiens. Nous agissons comme un relais entre le public et ces associations pour attirer l’attention sur leur action et les orienter vers des solutions. Nous collaborons avec des organisations telles que Un océan de vieCoral Guardian, et bien d’autres.

Franck : Nous visons à vulgariser les informations de manière ludique. Le format stand-up permet d’interagir directement avec le public, de le faire participer, c’est du spectacle vivant !

Quel retour avez-vous eu du public lors de vos représentations au Festival Off Avignon ?

Julia : De nombreuses personnes viennent nous voir, émues, car elles ont appris beaucoup de choses. Nous veillons à ne pas les accabler avec des informations pessimistes, d’où l’importance de l’humour.

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Julia était présente lors du Paris Shark fest. De gauche à droite : Guillaume Dumant (Sur le front des requins), Steven Surina (Shark Education), « Sharkinette », Cyrielle Houard (Lords of the Ocean), Julia Duchaussoy, Anne-Sophie Mouraud (Stop Finning EU France) et Fabienne Rossier (Shark Mission France). © DR.

Franck : Les enfants sont particulièrement touchés. Nous essayons d’organiser des représentations à des moments propices pour que toutes les générations puissent y assister. C’est un spectacle familial, et les jeunes réagissent très bien à ce sujet.

Pouvez-vous nous parler des animaux qui apparaissent sur scène ?

Julia : Presque tous les personnages sont inspirés par mes plongées. Je fais souvent de l’anthropomorphisme, car je vois une personnalité chez chaque poisson. Quand je plonge avec un mérou, je ne peux m’empêcher de le considérer comme un personnage de film. Le phytoplancton ressemble à une prof de yoga, et l’anémone avec son poisson clown évoque Roger et Jessica Rabbit pour moi. Certains personnages viennent de mes expériences, comme le corail, vu comme un militaire, ou le requin, présenté dans un format de journal télévisé.

Franck : Pef a également apporté sa touche à plusieurs personnages. Le labre nettoyeur, par exemple, a été transformé d’une Marseillaise en Kevin, un petit poisson naïf mais porteur d’espoir. Certains personnages évoluent aussi au cours des représentations.

Quelle place la musique occupe-t-elle dans le spectacle ?

Franck : La chanson finale est écrite par le rappeur Faf Larage, que nous avons rencontré par l’intermédiaire de Mathieu Ferreira de l’association Les Pêcheurs du cœur. Bien qu’il ne soit pas plongeur, le sujet lui a beaucoup parlé. Il a collaboré avec le pianiste Sébastien Damiani, qui a composé 17 morceaux pour notre spectacle, dont le rap final. Chaque personne impliquée dans ce projet partage un engagement sincère pour la mer, ce qui donne toute son authenticité au spectacle.

Pouvez-vous nous parler de votre projet de roman graphique ?

Julia : J’ai rencontré le dessinateur Sébastien Salingue, créateur de la bande dessinée Plongeurs, à qui j’ai envoyé mon texte il y a deux ans. Il a été enthousiaste, et ensemble, nous préparons le roman graphique du Monde du silence gueule ! qui sera publié aux éditions Hachette Marabout courant 2023. Ce livre incorporera le texte du spectacle, enrichi de nouvelles informations et personnages.


Assistez au spectacle !

Dates : Du 9 novembre 2022 au 8 janvier 2023
Horaires : Du mardi au samedi à 18h30 et le dimanche à 15h
Lieu : Théâtre Le Lucernaire – 53 rue Notre Dame des Champs – 75006 Paris
Plus d’informations : www.kimaimemesuive.fr/le-monde-du-silence-gueule

Cet article, initialement écrit par Margot Harty pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © René Heuzey, DR.

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