À l’extrémité ouest de la pointe de Bretagne, les eaux de la mer d’Iroise abritent une faune marine riche et diversifiée. En plus de sa biodiversité, cette région est chargée d’histoire, parsemée d’épaves uniques témoignant des guerres passées et des naufrages causés par des conditions climatiques difficiles. Nous vous proposons de découvrir trois épaves fascinantes en rade de Brest, des plongées exigeantes dans des conditions parfois délicates.
Conditions de plongée en mer d’Iroise
La rade de Brest est relativement peu profonde, atteignant à peine 60 mètres. Toutefois, la plongée devient technique au-delà de 20 mètres en raison de la météo capricieuse, de la faible visibilité sous les 10 mètres, et de la houle souvent présente. Les courants y sont puissants, avec un brassage d’environ 2 milliards de mètres cubes d’eau, dont un tiers s’échange entre la rade et la mer d’Iroise par un goulet étroit de seulement 1 mile.

Malgré ces défis, il est toujours possible de trouver des sites de plongée praticables. Grâce aux efforts de préservation du Parc naturel d’Armorique (PNRA) et du Parc naturel marin d’Iroise, la biodiversité locale est exceptionnelle. Il n’est pas rare d’observer des mammifères marins tels que le grand dauphin et le phoque gris, ainsi qu’une multitude de crustacés et le plus grand champ d’algues de France.
Un héritage historique en eaux profondes
Les conflits passés, notamment contre les Anglais jusqu’au 19ème siècle, puis contre les Allemands durant les deux guerres mondiales, ont laissé des traces indélébiles dans la rade. Plus de 65 épaves ont été répertoriées, bien que de nombreuses aient été ferraillées en raison du trafic maritime intense, notamment avec des sous-marins et des bâtiments de la Marine nationale. Les conditions des épaves, souvent détériorées par le temps et les intempéries, rendent leur exploration d’autant plus captivante.

Parmi les épaves notables figurent le Kléber, le Kenilworth et le Colombian. Plonger sur le cuirassé Bismarck, fleuron de la Kriegsmarine, dont le nouveau port d’attache en 1941 devait être Brest, représente un rêve pour tout plongeur technique breton. Le Bismarck repose à près de 3000 mètres de profondeur après avoir été coulé lors d’une bataille navale. Les ducs-d’Albe, initialement conçus pour l’amarrer dans la rade, servent désormais de refuge à la faune marine.
Le Kléber (Profondeur : 45 mètres)
Commençons par le Kléber, la plus grande épave de mer d’Iroise, un croiseur cuirassé français de la classe Dupleix. Construit à Bordeaux et lancé en 1902, il a eu une carrière tumultueuse. Après plusieurs missions à travers le monde, le Kléber a coulé le 27 juin 1917, victime d’une mine posée par le sous-marin allemand UC 61, près des Pierres Noires. En moins d’une heure, il a disparu, emportant avec lui entre 35 et 42 victimes.
L’épave repose sur le fond marin, la coque renversée. Plonger sur le Kléber offre une expérience d’exploration fascinante, mais nécessite un équipement approprié, notamment un bon éclairage et des techniques de plongée appropriées. Les conditions optimales incluent l’utilisation d’un recycleur pour maximiser le temps d’exploration.
Le Colombian (Profondeur : 58 mètres)
Surnommé « Le Titanic breton », le Colombian était un cargo mixte à voile et vapeur, lancé en 1864. Lors de son voyage inaugural, il a heurté des roches à Men Korn, s’échouant le 17 janvier 1865. Seuls trois membres de l’équipage ont survécu. Des tentatives de renflouage ont eu lieu, mais elles ont échoué à cause des conditions difficiles.

Redécouvert en 1985, le Colombian a fait l’objet de fouilles archéologiques. Aujourd’hui, l’épave repose à 58 mètres de profondeur dans le chenal de la Helle, une zone sombre et exposée. Les plongées ici nécessitent un éclairage puissant et des conditions météorologiques favorables. En trimix hypoxique, il est possible d’effectuer des plongées mémorables, bien que le temps d’exploration soit toujours limité.
Le Kenilworth (Profondeur : 45 mètres)
Construit en 1895, le Kenilworth était un cargo britannique qui a fait naufrage le 24 avril 1917, après avoir heurté une mine. Aucun membre de l’équipage n’a été perdu lors de cet incident. La mine avait été posée par le sous-marin UC 36, qui, peu après, a également connu son destin tragique.

L’épave repose sur un fond de sable blanc, offrant un site photogénique aux plongeurs. La plongée sur le Kenilworth nécessite une attention particulière en raison des conditions météorologiques et des courants. En trimix et recycleur, il est possible d’obtenir un excellent temps d’exploration.
Conclusion
Plonger en mer d’Iroise est une aventure unique, alliant exploration sous-marine et découverte historique. Que vous soyez plongeur expérimenté ou novice, ces épaves offrent une richesse à explorer, tant sur le plan technique que sur celui de la biodiversité marine.
Cet article, initialement écrit par Erwan L’Her et Patrick Motreff pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Images © Erwan L’her et Patrick Motreff



