Un plongeur explore une épave colorée entourée de poissons tropicaux, révélant la richesse sous-marine de Sainte-Marie. #P...

Plongée en Corse : Au nord, Le Parc Naturel Marin du Cap Corse et de l’Agriate

À l’extrême nord de l’île, le Parc naturel marin du cap Corse et de l’Agriate s’étend sur 6 830 km² et déploie un linéaire côtier de 225 km. Ce vaste espace protégé abrite notamment la réserve naturelle des îles Finochjarole, située à l’est du cap, et se distingue par ses habitats hors du commun.

Une Délimitation Stratégique pour la Protection

« La délimitation du parc », explique Madeleine Cancemi, sa directrice, « dont la création s’inscrit dans la stratégie votée par l’Assemblée de Corse, s’est bien sûr faite en fonction des habitats d’intérêt majeur qui se trouvent dans la zone ». Cette approche ciblée permet de concentrer les efforts de conservation là où ils sont le plus nécessaires.

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Vision caractéristique des plages de l’extrémité du cap Corse, où l’on croise fréquemment des vaches en balade, maitresses des lieux. © Hervé Colombini

L’Herbier de Posidonie : Un Écosystème Clé

Parmi ces habitats prioritaires, l’herbier de posidonie occupe une place de choix, couvrant près de 10 000 hectares. « Il est particulièrement vaste, en bonne santé », précise Madeleine Cancemi. L’arrêté de 2020, qui réglemente le mouillage des navires de plus de 24 mètres (voir Plongez ! hors série Méditerranée), a marqué une avancée significative, d’autant plus qu’il a été favorablement accueilli par la communauté de la grande plaisance, entraînant une diminution notable des mouillages.

La Richesse des Fonds Coralligènes

Les fonds coralligènes, particulièrement abondants autour des hauts fonds de Centuri, au large de la côte occidentale du cap Corse, constituent un autre habitat d’importance. Selon Madeleine Cancemi, les gorgones pourpres, installées à des profondeurs plus importantes que dans les eaux continentales, ont résisté aux récentes canicules marines.

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La petite épave du P-47 de Miomo est particulièrement bien conservée, puisque seul le moteur s’est détaché du reste de l’appareil et repose un peu plus loin. © Nicolas Barraqué

Les Récifs de Rhodolithes : Un Habitat Rare

Un troisième habitat remarquable est constitué par les récifs formés de rhodolithes, ces algues rouges calcaires qui recouvrent 33 % de la superficie du parc, un phénomène rare en Méditerranée. Ces récifs semblent offrir un refuge privilégié à la langouste rouge.

Les Monts Sous-Marins : Des Oasis de Vie

« Nous avons également des monts sous-marins qui descendent jusqu’à plus de 2000 mètres et abritent une biodiversité exceptionnelle », ajoute la directrice du parc. Une première campagne d’exploration a été menée sur le mont sous-marin de l’Agriate, au sein du sanctuaire Pelagos et classé Natura 2000.

La Mission SEAMONTI : Cartographie et Découverte

Réalisée en collaboration avec le bureau d’études ABYSSA, la mission SEAMONTI a permis de cartographier avec précision les fonds marins, d’identifier les habitats d’intérêt particulier et de documenter la vie marine grâce à un véhicule autonome sous-marin (AUV) et un ROV.

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Un poulpe à découvert, en vadrouille au milieu des algues au cap Sagra, au large de Bastia. © Gilles Diraimondo

Un Inventaire Impressionnant de la Biodiversité

Les images capturées ont révélé des fonds sablo-vaseux, des dunes sous-marines, des coulées de roches sédimentaires et d’importantes formations rocheuses tapissées de gorgones et d’éponges, abritant une multitude d’espèces animales et végétales. Les enregistrements vidéo ont permis de recenser environ 735 organismes, dont des espèces patrimoniales comme le corail bambou (Isidella elongata), en danger critique d’extinction.

Des Baleines à Bec de Cuvier : Un Signe d’Importance Écologique

« Nous avons également trouvé sur le fond des traces de la présence de baleines à bec de Cuvier, une espèce protégée rarement observée », précise Madeleine Cancemi, soulignant ainsi l’importance écologique du mont sous-marin de l’Agriate comme zone d’alimentation pour ces mammifères marins. Une nouvelle campagne devrait être organisée en 2025.

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Toutes épines dressées, l’un des chapons qui ont élu domicile sur la roche de Cinavini, face à la digue du port de commerce de Bastia. © Gilles Diraimondo

Des Découvertes Fascinantes : Anneaux Coralligènes et Nids de Picarels

Les eaux du parc naturel marin recèlent également les mystérieux anneaux coralligènes, étudiés récemment par les équipes des expéditions Gombessa, situés à une centaine de mètres de profondeur. De plus, dans les plaines sableuses entre 30 et 40 mètres, on découvre sur des hectares entiers des nids de picarels, dont les secrets sont activement étudiés par Andromède Océanologie.

L’Importance du Plancton

« Enfin », conclut Madeleine Cancemi, « il ne faut pas non plus oublier la colonne d’eau où abondent zooplancton et phytoplancton, qui influencent toute la dynamique de la biodiversité locale ».

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Un spirographe (Sabella spallanzanii) déploie son panache de filaments, profitant des particules portées par les courants pour se nourrir. © Nicolas Barraqué

L’Engagement des Centres de Plongée pour la Préservation

Plus d’une quinzaine de centres de plongée, qu’ils soient commerciaux ou associatifs, opèrent dans les eaux du Parc naturel marin du cap Corse et de l’Agriate. Un groupe de travail, créé en 2020, réunit les gestionnaires de la zone protégée et les responsables de ces centres.

Collaboration et Actions Concrètes

L’objectif initial était de partager les connaissances sur l’évolution des ressources et des usages, et de collaborer sur des actions concrètes pour améliorer les pratiques. Cependant, il est apparu que l’impact des plongeurs était limité. La saison est courte, les clubs peu nombreux, et seuls quelques sites spécifiques, comme l’épave du P-47 de Miomu, pourraient être équipés de bouées de mouillage écologiques.

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Dans tous les habitats, des herbiers aux cavités, comme sur le danger de Saint-Marie, la vie sous-marine foisonne ! © Nicolas Barraqué

Un Intérêt Réel pour la Préservation

Bien qu’il n’existe pas de charte de la plongée comme à Port-Cros, l’intérêt des centres pour la préservation du milieu est indéniable. « Tous se mobilisent d’ailleurs régulièrement pour transmettre leurs observations particulières, notamment à travers le réseau ALIEN Corse dédié aux espèces invasives », souligne Madeleine Cancemi.

Gérer les Accès par la Mer : Un Enjeu Crucial

L’un des principaux défis pour les gestionnaires du littoral est la gestion des accès par la mer. Le cas de la plage de Saleccia, sur la commune de Santu Petru di tenda, est un exemple pertinent.

L’Expérience de Saleccia

L’accès à la plage a été organisé par voie terrestre, avec la création d’une entrée de site en retrait du littoral. « Les véhicules peuvent ensuite emprunter une piste rudimentaire de 12 km pour rejoindre une aire de stationnement à l’arrière de la plage, accessible en 5 minutes à pied, moyennant une éco-redevance qui finance la gestion du site », explique la déléguée de rivage au Conservatoire du littoral. Un chemin communal permet également de rejoindre la plage à pied, mais il faut compter 3 heures de randonnée.

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L’une des nombreuses tours génoises qui entourent le cap Corse et permettaient de voir arriver de loin les ennemis barbaresques. © Hervé Colombini

Un Équilibre à Trouver entre Terre et Mer

Ce dispositif, mis en place durant l’été 2023, a fonctionné, sans atteindre la capacité maximale. Cependant, l’accès se fait à hauteur d’un tiers par la terre et de deux tiers par la mer, ce qui pose problème. Depuis 2008, le Conservatoire du littoral gère le domaine public maritime et a mis en place un balisage sur la plage en saison, avec une zone de mouillage à plus de 100 mètres pour les bateaux et deux chenaux d’accès. Le reste est réservé aux baigneurs, une mesure essentielle pour garantir la sécurité de tous face à l’augmentation de la fréquentation maritime. La même problématique se pose sur la plage de Lotu.

Étude de la Capacité de Charge

« Nous venons justement de terminer une vaste étude pour calculer leur capacité de charge », explique la directrice du parc. Pendant plus de 3 ans, avec le Conservatoire du littoral et les agents de la collectivité de Corse, des données ont été collectées sur la fréquentation (survols aériens, comptages directs) pour établir un état initial. Des calculs de seuil, des études sur le bruit sous-marin et son impact sur la biodiversité, ainsi que des mesures de l’impact de la localisation des bateaux ont été réalisés. Cette étude pourrait conduire à une limitation de la vitesse dans les zones concernées, ainsi que du nombre d’embarcations et de rotations pour les professionnels.

Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

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