Les cénotes du Yucatán exercent une fascination indéniable. Ces puits naturels, portes d’entrée vers les entrailles aquatiques de la péninsule mexicaine, tissent un lien profond avec l’histoire maya et offrent un terrain d’exploration unique pour les plongeurs de tous niveaux, du débutant au plongeur tek. Suivez-nous dans cette aventure à la découverte de ces lieux mystérieux.

Au Cœur de la Culture Maya
Les cénotes résonnent encore des légendes et des rites mayas précolombiens. Dans les communautés indigènes, ils demeurent des lieux sacrés, imprégnés de spiritualité et intégrés à la vie quotidienne. Voici le récit d’une exploration hors du commun.
À bord d’un pick-up chargé de matériel de plongée, direction le Yucatán, voisin du Quintana Roo. Rick, mon ami instructeur et plongeur spéléo, m’accompagne dans cette quête d’un cénote inexploré. Après deux heures de route, nous rejoignons un village près de Valladolid, où Samuel, notre contact, nous attend pour nous guider.

Initialement, deux porteurs devaient nous assister, mais c’est finalement une équipe de dix personnes, menée par le chef du village, qui nous accompagne. Répartis entre le pick-up, une vieille Nissan Tsuru et quelques motos, nous partons à l’aventure.
Sur place, je m’enquiers auprès du chef du village de la distance et de l’accessibilité du cénote. Samuel traduit mes questions en maya, car notre hôte ne parle que cette langue, témoignant de la richesse linguistique de la région où plus de 6 millions de personnes pratiquent encore les dialectes mayas.
Dix Porteurs pour une Expédition Souterraine
« Le cénote est à vingt minutes de marche et nécessite des cordes pour descendre », annonce Samuel. Préparé à toute éventualité, j’ai emporté du matériel de spéléologie. Rick, excellent explorateur mais peu à l’aise avec la hauteur, restera en surface pour perfectionner son maya avec nos guides. La répartition du matériel terminée, les porteurs, chaussés de tongs ou de « méduses », démarrent à un rythme effréné, nous obligeant à courir pour les suivre avec nos chaussures de randonnée.
Nous traversons une forêt basse, maintes fois brûlée pour la culture du maïs depuis l’époque des cités mayas de Coba et Ek Balam. Une clairière révèle les cultures de maïs du village, récoltées et séchées en cette saison. Le maïs, domestiqué depuis les Olmèques, occupe une place centrale dans la mythologie maya, incarné par le dieu Yum Kaax. La culture sur brûlis, toujours pratiquée, nécessite l’accès à l’eau des cénotes. Lorsque la pluie se fait attendre, la cérémonie du Cha Chaac, rite ancestral mêlant traditions mayas et catholiques, est célébrée pour implorer le dieu de la pluie, avec des offrandes préparées à partir de l’eau d’un cénote sacré.
Un Lieu de Cérémonie Ancestrale
Nous arrivons en dernier au cénote, dont l’entrée étroite (deux mètres de diamètre) est ornée d’un alamo plongeant ses racines dans l’eau cristalline. Quatre bougies posées sur une pierre témoignent de l’importance spirituelle persistante du lieu.

Après avoir installé les cordes d’accès, j’adresse en silence mes respects aux Aluxes, esprits protecteurs des grottes et des champs de maïs, susceptibles de jouer de mauvais tours à ceux qui les offensent. Mieux vaut se montrer respectueux envers ces êtres invisibles.
Équipé pour la plongée et la spéléo, je descends vers Xibalba, le monde souterrain des divinités. À quatorze mètres, je rejoins l’eau, enfile mes palmes et me sécurise avec un fil d’Ariane. La lampe révèle un cône d’effondrement à 28 mètres, où j’amarre ma ligne de vie. Un vaste espace s’offre à moi, avec un talus descendant à 45 degrés vers une forme ronde à moitié enfouie. Il s’agit d’un vase en terre cuite intact, datant probablement de l’époque précolombienne.
Céramiques et Vestiges Humains
Les cénotes et grottes étaient des lieux d’offrandes pour les chamans mayas, qui y déposaient des céramiques rituelles, parfois brisées, parfois intactes, pour le bonheur des archéologues et explorateurs.

Plus bas, deux formes émergent du sédiment. Ce sont deux crânes humains auxParticularités anatomiques inhabituelles. À 34 mètres, j’aperçois d’autres crânes et une céramique, mais aucun squelette.
La déformation crânienne, pratique courante dans diverses cultures, était un signe de beauté chez les Mayas, une façon d’honorer le dieu du maïs.
L’exploration s’achève à 45 mètres, et je commence la topographie des lieux en remontant. Une question me hante : où sont les squelettes correspondant aux crânes découverts ?
Un Site Sépulcral Millénaire
La réponse apparaît lors du palier de décompression. À 6 mètres, sur une pente abrupte, les corps des crânes gisent, déposés là lors d’une période de sécheresse (800-950 après JC) où le niveau de l’eau était plus bas. Mêlés aux ossements, des crânes de félins (dont un jaguar), des perles de jade, des fragments de céramique et du charbon.

Les cénotes servaient aussi de lieux de sépulture pour les dignitaires, accompagnés d’offrandes. Les sacrifices humains, notamment d’enfants, étaient également pratiqués, les corps étant déposés dans des urnes ou jetés dans les cénotes, expliquant la présence de crânes défoncés.
Une autre théorie suggère que certains cénotes servaient de fosses communes lors d’épidémies, en raison de l’absence de traces de blessures sur les squelettes retrouvés.

Le palier terminé, je remonte à la surface, laissant mes bouteilles vides. Une impression étrange m’envahit, celle de ne pas être seul en ces lieux. De retour à la lumière, les villageois ne semblent pas surpris de la découverte des ossements de leurs ancêtres, mais plutôt curieux de savoir si j’ai trouvé des monstres ou de l’or !
Cet article, initialement écrit par David Mayor pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



