Depuis plus de 10 ans, Stefan Panis partage les aventures passionnantes d’une équipe de recherche dans les eaux anglaises, à proximité du port de Douvres. Ce port, qui est un lieu clé depuis des siècles, abrite une incroyable diversité d’épaves, allant de sous-marins jusqu’à des paquebots luxueux, sans oublier les canons d’un navire de la Compagnie des Indes. De quoi éveiller l’imagination des plongeurs et des passionnés de mer !

La genèse d’une aventure sur Facebook
Tout a commencé par un message échangé sur Facebook ! Avec plus de trente ans d’expérience en plongée, ma passion pour les épaves est inébranlable. Au-delà de l’exploration sous-marine, j’aime découvrir l’histoire enfouie derrière chaque épave.
Il y a dix ans, alors que je cherchais des informations sur une épave près de Douvres, j’ai réalisé qu’il était accessible depuis la côte belge. Mes recherches étaient infructueuses jusqu’à ce que, dans un élan de désespoir, je tape le nom du navire sur Facebook. À ma grande surprise, je trouve une page entièrement dédiée à cette épave ! Les commentaires mènent à un certain Eddie Huzzey, un expert en la matière. Après l’avoir contacté, je reçois une réponse inattendue : “Who the fuck are you and what the fuck do you want from me ?” Bien que choquant, cela ne m’a pas découragé. J’ai expliqué mon intérêt pour l’épave, et il a ensuite accepté de me faire devenir ami, m’invitant même une semaine plus tard à une expédition de recherche. Depuis, je me rends plusieurs fois par an à Douvres pour explorer les innombrables navires engloutis dans la région.

Le Mindoro : un mystère résolu après dix ans
Ma première exploration à Douvres remonte à 2011, précisément le 21 août, jour de mon anniversaire. Pour l’occasion, Eddie m’a emmené explorer une épave qu’il vient de découvrir : un voilier en bois revenant des colonies, chargé de trésors.

Dès la descente, la visibilité est exceptionnellement bonne, rare dans cette zone. Je repère rapidement une ancre massive, entourée de poissons. L’épave est encore en bon état, la proue dépassant d’un mètre au-dessus du sol. En avançant, je découvre des caisses en bois pleines de bouteilles de vin et de bière. Au milieu de l’épave, des pots de fleurs m’attirent l’œil. En fouillant le pont, je découvre de nombreux objets dissimulés dans le sable : chaussures, robinets en bronze, et des pièces en cristal. Avant d’atteindre le gouvernail, je trouve aussi une pipe en argile ornée de soldats et de lions, enfouie dans un tonneau en bois avec du tabac pour la protéger. Ce fut une plongée inoubliable !
Des années plus tard, Eddie m’appelle pour m’annoncer que la cloche de l’épave a été retrouvée, portant le nom « MINDORO -1864 – LONDRES ». L’énigme était enfin résolue ! Le Mindoro est un trois-mâts en bois, construit en 1864 à Sunderland. Parti de Londres pour Vancouver, il a coulé après une collision avec le Khersonese, mais heureusement sans pertes humaines.

Le Josephine Willis : une collision tragique
Un jour d’hiver en février 1856, le trois-mâts barque Josephine Willis quitte Douvres, direction la Nouvelle-Zélande, avec 70 émigrants et une précieuse cargaison. Peu après le départ, l’équipage aperçoit ce qu’ils pensent être le phare de Dungeness. La manœuvre du capitaine Canney pour éviter une collision avec le vapeur SS Mangerton échoue tragiquement. Le Josephine Willis coule, emportant ses passagers avec lui.

Après ce drame, des plongeurs tentent d’explorer l’épave, sans succès face à l’enchevêtrement de cordages et de mâts brisés. Ce n’est qu’en 2012 que mon ami Eddie m’a incité à plonger sur ce site. La découverte fut incroyable : un canon dès la descente et une véritable immersion dans un musée sous-marin ! L’épave émergeait d’une dune de sable mouvante, recelant des objets intacts, tels que de la porcelaine asiatique et des chandeliers en bronze.
De retour sur le site plusieurs fois, nous avons découvert un bocal en verre portant l’inscription “J.W. 1856”, confirmant l’identité de l’épave. Tous les objets récupérés ont été déclarés au Receiver of Wrecks, et l’épave a récemment obtenu le statut d’épave protégée. Une belle aventure a été partagée avec James Canney, descendant du capitaine, à qui nous avons présenté un sextant trouvé sur le site, ému de ce lien avec son histoire familiale.

Le SS Pommerania : un naufrage tragique
Lors de mes explorations à Douvres, je documente également des épaves déjà connues. Parmi elles, le Pommerania, un des premiers navires à propulsion mixte reliant l’Allemagne et les États-Unis, transportant des passagers riches.
Le 26 novembre 1878, alors qu’il revenait de Plymouth, le Pommerania, après une soirée festive, fut percuté par le Moel Eilian pendant que la plupart des passagers dormaient. Le navire coula rapidement, 47 personnes périssant avec lui.

Aujourd’hui, l’épave repose à 32 mètres de profondeur dans un fond de sable blanc. Lors d’une plongée, la visibilité était incroyable. En explorant le site, nous découvrons une ancre, des voiles de réserve et un cabestan en bronze. Dans les salles à manger, je reconnais l’emblème de la compagnie sur des assiettes et des tasses. À ma grande surprise, Eddie m’a montré une pièce d’or de 10 dollars American Eagle qu’il avait trouvé !

L’UB-55 : une histoire de survie
Douvres, port stratégique, a vu l’afflux de navires pendant la Première Guerre mondiale, augmentant le nombre d’épaves. L’UB-55, commandé par Ralph Wenninger avec 35 hommes à bord, a quitté Bruges pour sa dernière patrouille en avril 1918.
Lorsqu’ils sont repérés par un torpilleur britannique, le sous-marin plonge, mais se retrouve piégé dans un champ de mines. Une explosion entraîne une inondation, et la panique se répand à bord. Le commandant, gardant son calme, ordonne d’attendre que l’eau remplisse le submersible avant de tenter de rejoindre la surface. Huit hommes parviennent à s’échapper.
Quand je plonge sur l’épave, le kiosque est visible avec un périscope déformé. La découverte de l’écoutille ouverte confirme le naufrage. L’hélice et quatre tubes lance-torpilles sont intacts. Cependant, la proue est manquante, peut-être à cause d’une deuxième explosion. À l’intérieur, je découvre des lits et des assiettes, et je fais face à une torpille endommagée laissant échapper du TNT. Il est temps de remonter !
La malédiction des canons
Mon esprit vagabonde vers une autre épave, l’Admiral Gardner, partie en 1809 pour Madras avec une précieuse cargaison de monnaies. En attendant des vents favorables, le navire coule pendant une tempête. L’épave est retrouvée en 1985 et mise sous protection.
Quand nous avons exploré une nouvelle zone au large des côtes du Kent, Eddie a découvert des canons en bronze, dont six ont été remontés et déclarés. L’équipe a longuement milité pour récupérer les droits de sauvetage. Tony, convaincu que le chargement provenait de l’Admiral Gardner, a poursuivi ses recherches. Les canons alignés différemment des habituels empilements, ainsi que des cerceaux de poudre, font penser à un chargement échoué.
Cependant, aucune preuve définitive n’a été retrouvée. Ce mystère perdure alors que l’équipe continue d’explorer ces eaux, riches en histoires encore à révéler.
L’équipe de recherche
En 2011, j’ai rejoint l’équipe de recherche des épaves à Douvres, constituée principalement d’Eddie Huzzey, Tony Goodfellow (décédé en 2021) et David Knight. Eddie, plongeur exceptionnel, possède d’immenses connaissances techniques. Tony, passionné d’histoire, a rassemblé d’importantes archives.
Aujourd’hui, Paul Wilkin se concentre sur la conservation, collaborant avec des musées pour stabiliser les objets récupérés. L’équipe utilise deux ports pour ses missions. Au port de Folkestone, un semi-rigide rapide est utilisé pour atteindre des épaves. Pour explorer de nouveaux sites, l’équipe privilégie le Trya, un bateau moderne de 11 mètres, équipé de sonar latéral et WASP pour cartographier les fonds.
Une base de données recense des coordonnées prometteuses obtenues par diverses méthodes, notamment des pêcheurs ayant perdu leurs filets. L’hiver, l’équipe étudie les cartes maritimes pour traquer les épaves qui pourraient refaire surface dans ces fonds mouvants. Les eaux de Douvres recèlent encore bien des secrets à découvrir !
Cet article, initialement écrit par Stefan Panis pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Images © Stefan Panis.




Bonjour
Est il possible de plonger sur ces epaves ,avec votre club?
Merci d avance
Jl