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Apnée sous glace : Arthur Guérin-Boëri, l’exploit glacé qui repousse les limites humaines et invente une nouvelle discipline

La plongée en eau froide séduit de plus en plus de passionnés, et cette tendance gagne également le milieu sportif. Preuve en est, l’intérêt d’Arthur Guérin-Boëri, multiple recordman et champion du monde d’apnée, pour les défis offerts par le froid extrême. Habitué aux bassins tempérés et à la mer Méditerranée, Arthur a décidé de sortir de sa zone de confort pour affronter l’eau glacée des pays scandinaves. Mais pour établir de nouveaux records dans ces conditions extrêmes, il fallait d’abord… briser la glace !

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Un record du monde sous la glace finlandaise

Il y a deux mois, Arthur Guérin-Boëri a tenté une performance inédite en Finlande : battre le record du monde d’apnée dynamique sous glace dans le lac Sonnanen, au sud-est du pays. Résultat : 120 mètres parcourus en apnée sous la glace, en exactement trois minutes. Ce défi n’était cependant que la première étape d’un projet encore plus audacieux : tenter, en 2022, une nouvelle performance au Canada, cette fois en simple maillot de bain !

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Ce challenge revêt pour Arthur une triple dimension : accomplir un exploit sportif à l’esthétique époustouflante, participer à une étude scientifique sur les effets de l’immersion en eau froide, et sensibiliser le public sur la nécessité de protéger les milieux polaires. Un défi multifacette, à l’image du parcours d’Arthur lui-même.

Des premières sensations froides… sur la Seine

Initiateur de l’apnée dès son plus jeune âge, Arthur Guérin-Boëri démarre véritablement sa carrière sportive en 2011, à 26 ans. Depuis, il ne cesse d’enchaîner les succès : 5 titres de champion du monde, 4 records mondiaux, dont un record de distance en bassin de 300 m (en 2016), et celui de 175 m sous glace en monopalme et combinaison (en 2017, Finlande).

La découverte de la nage en eau froide survient bien plus tard, sur la Seine à Paris, accompagné de son ami photographe Alex Voyer. Nager en maillot, dans une eau à quelques degrés à peine, lui ouvre de nouveaux horizons sensoriels. Ce vécu intense va inspirer sa volonté de repousser encore plus loin les limites : établir un record d’apnée sous glace, cette fois sans combinaison, simplement vêtu de son maillot, à la brasse.

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Fort de sa première expérience finlandaise, Arthur commence à concevoir une double tentative dans le Grand Nord américain, planifiant d’abord une performance en combinaison (prévue en mars 2020 en Finlande), puis un an plus tard, un exploit sans combinaison au Canada, dans la carrière submergée de Morrison Quarry, Québec. Ce site reconnu attire chaque hiver des plongeurs venus s’immerger sous 80 centimètres de glace près d’épaves gisant 42 mètres sous la surface.

La crise sanitaire de 2020 contraint Arthur à reporter ses projets, mais au lieu d’un frein, il transforme ce délai en opportunité, collaborant désormais avec la CMAS (Confédération mondiale des activités subaquatiques) pour réaliser ses exploits dans un cadre officiel.

Vers une nouvelle discipline reconnue

Jusqu’alors, l’apnée sous glace était surtout populaire dans les pays nordiques, mais n’existait pas officiellement en tant que discipline reconnue par une grande fédération. Les records étaient surtout répertoriés par le « Guinness Book », sans encadrement sportif ni procédure de validation stricte.

Pour structurer et faire reconnaître cette discipline, Arthur s’est entouré d’Antero Joki, l’organisateur de la compétition finlandaise « Päijänne on the Rocks ». Antero, natif du lac Päijänne, est un spécialiste reconnu, multi-recordman et entraîneur national d’apnée en Allemagne, ainsi que juge international CMAS.

En s’appuyant sur les règlements existants de l’apnée en piscine, Arthur et Antero ont proposé un cadre adapté à la pratique sous glace, mettant en avant l’aspect spectaculaire et médiatique de la discipline grâce à des images saisissantes obtenues par photographes et vidéastes sous-marins.

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Leur dossier, soumis à Anna Arzhanova, présidente de la CMAS, a été étudié par une commission dédiée. Résultat : la CMAS valide la création de deux disciplines officielles d’apnée sous glace, avec ou sans combinaison, moyennant la mise en place de règles de sécurité strictes : protocole de contrôle avant/après la performance, longe et ligne de vie sous la glace, plongeurs de sécurité, sorties de secours disposées tout au long du parcours, contrôle anti-dopage…

Et les premières homologations n’ont pas tardé ! Johanna Nordblad, Finlandaise de 45 ans, a ainsi établi un record de 103 m sous la glace, en maillot de bain. Quelques jours plus tard, Arthur décrochait le record en combinaison avec 120 m sous la glace du lac Sonnanen. Ce n’est sûrement que le début d’une longue lignée de records à venir…

Les vertus de l’apnée sous glace : bienfaits et recherches scientifiques

Bien avant la CMAS, la Fédération internationale de natation organisait déjà des compétitions en eau froide. L’attrait pour ces activités en milieu extrême s’inscrit dans un désir de retour à l’authenticité, de sensations « brutes » et de bien-être naturel.

La méthode « Wim Hof », du nom du néerlandais célèbre pour sa maîtrise du froid par la respiration, la concentration et l’exposition au froid, a démocratisé les bienfaits de l’immersion en basse température (voir Plongez ! n°31, novembre 2020).

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Pour la CMAS, structurer et étudier la pratique de l’apnée en eau froide présente une double ambition : valoriser une discipline spectaculaire, et en mesurer les impacts encore trop méconnus sur le corps humain. C’est ainsi qu’Arthur collabore avec un collectif de médecins de l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) à Paris, en particulier avec les Drs Frédéric Lemaître et Franck Brocherie (physiologie du sport) et le Dr François Raoux (cardiologie), en partenariat avec l’Institut mutualiste Montsouris (IMM) et l’Institut canadien du sport (INS). La société Cardionet met gracieusement à disposition l’équipement nécessaire aux tests réalisés sur Arthur.

Les recherches se concentrent sur l’adaptation du corps au froid et à l’apnée : réflexe d’immersion, bradycardie, évolution de la saturation en oxygène, impacts physiques et psychologiques. Des tests cognitifs mesurent la mémoire, l’orientation et la perception spatiale.

Malgré des risques accrus (choc thermique, syncope), les premiers résultats démontrent déjà l’effet accélérateur du froid sur la performance sportive. Le principal défi : résister au froid tout en pratiquant une discipline peu génératrice de chaleur corporelle.

Parmi les bénéfices identifiés : amélioration des systèmes cardio-vasculaire, immunitaire, lymphatique et articulaire, récupération musculaire facilitée grâce à l’effet cryothérapique, et potentiels effets antidépressifs, sur le sommeil, la perte de poids ou encore dans la prévention de maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Autant de domaines explorés par Arthur lors des tests liés à ses entraînements et pendant ses performances, résultats qu’il partage régulièrement lors de conférences et d’ateliers.

Une préparation physique et mentale hors-norme

La dimension scientifique ne serait possible sans la rigueur extrême de l’entraînement d’Arthur. Point de méditation ou de yoga ; son planning s’organise autour de séances en piscine, d’exercices hypoxiques et hypercapniques, de musculation intensive et de plongées régulières en mer ou lac, même lorsque la température chute drastiquement. Dès la fixation de l’objectif des 120 m, il s’impose un entraînement quasi-militaire jusqu’à l’accomplissement de son projet.

Le plus difficile reste l’immersion dans l’eau glacée : « À chaque entrée, c’est un choc, ça brûle. Même après adaptation, je tremble pendant 45 minutes à la sortie », confie Arthur. Ce phénomène, appelé « after drop », se traduit par une baisse continue de la température corporelle au moment du réchauffement après hypothermie, due au retour du sang froid des extrémités vers le cœur.

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Malgré une acclimatation progressive en mer, piscine et lacs gelés (jusqu’à Chamonix, à 1 000 m d’altitude, au-delà de laquelle la pratique de l’apnée est déconseillée), cette réaction du corps demeure inévitable et inconfortable. Arthur a appris à l’accueillir, tout comme les inévitables pensées anxiogènes précédant la performance : « Avant la plongée, il y a la peur, l’angoisse, mais je m’abandonne au risque, car je sais que je me suis préparé. Une fois sous la glace, mon rythme cardiaque ralentit, le stress retombe, et je peux vivre une expérience presque mystique. Je me sens alors totalement à ma place, dans mon élément. »

Lors de sa tentative de record le 25 mars dernier, l’envie de respirer est survenue vers 40 m, alors qu’il lui restait encore près des deux tiers de la distance à parcourir… Illustration de la maîtrise mentale et du relâchement nécessaires pour transformer les sensations désagréables en une expérience surmontable, voire plaisante : « Le froid n’a pas été un vrai handicap, j’ai même trouvé du plaisir dans cette plongée à zéro degré ! » s’étonne Arthur.

Un exploit sportif, mais aussi logistique !

Au-delà de la performance physique, la réalisation d’un tel record exige une organisation sans faille. Ces derniers mois, Arthur s’est transformé en chef d’orchestre : commercial, agent de voyage, directeur financier, responsable sanitaire et logistique – tout cela en parallèle de l’entraînement, aidé de sa manager Chloé Tedaldi et de son agent Isabelle Brulier.

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Constituer des équipes de sécurité en Finlande et au Canada, établir des budgets, gérer locations, voyages, quarantaines et tests PCR à chaque changement de pays : l’organisation est un défi majeur, qui requiert anticipation et sang-froid. Sans oublier la recherche de sponsors, la production d’images et de contenus pour partager le projet.

Côté partenaires, Audi s’est imposé comme sponsor principal ; Epsealon fournit l’équipement d’apnée. La couverture photo et vidéo est assurée à moindre coût par ses amis et son frère (images drone). Enfin, deux productrices américaines, Jennifer Galvin et Brie Hill Arbaugh, suivent de près le projet en vue de réaliser un documentaire sur la prochaine tentative canadienne.

Plonger sous la glace : osez l’expérience en Finlande !

Vous rêvez de tenter, vous aussi, l’immersion sous glace ? Que ce soit en combinaison ou en maillot de bain, il est possible de s’inscrire à la prochaine édition du célèbre événement « Päijänne on the Rocks » en Finlande. Seule exigence : disposer au minimum d’un brevet de premier niveau d’apnée.

Pour plus d’informations et pour vous inscrire, rendez-vous sur https://www.paijanneontherocks.com/

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