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Et si le Commandant Cousteau posait son regard sur la Méditerranée de 2025 ? Imaginons ce qu’il pourrait écrire…
« Mesdames, Messieurs, chers amis de la mer…
Il y a plus d’un demi-siècle, à bord de la Calypso, je sillonnais la Méditerranée. Cette mer, berceau des civilisations, me fascinait par sa beauté et sa fragilité. Je plongeais dans ses eaux limpides pour explorer les forêts sous-marines de posidonies et pour admirer la richesse de la vie marine : les nombreux mérous, les bancs de sardines étincelants, les tortues paisibles, les dauphins joueurs, les baleines majestueuses.
Mais déjà, sous la surface, les premières blessures apparaissaient. J’observais les nappes d’hydrocarbures qui maculaient ses plages et les villes rejetant leurs eaux usées, comme si la mer était une poubelle infinie. Ça et là, les premiers plastiques, encore rares, mais annonciateurs d’un poison lent faisaient leur apparition.

À cette époque, J’avais lancé un cri d’alerte. Un SOS mondial. J’avais interpellé les plus hautes autorités et notamment les pays du monde lors d’un discours aux Nations unies. Je savais que la Méditerranée, cette mer presque fermée, ne pourrait absorber indéfiniment l’insouciance des hommes. Elle était en train de mourir…
Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, je replonge mon regard dans ses profondeurs. Je vois des améliorations mais j’observe toujours des situations qui m’attristent profondément.
Malgré des efforts importants pour assainir les eaux usées et industrielles, la Méditerranée est encore considérée comme l’une des mers les plus polluées au monde. Pourtant, dans beaucoup de secteurs, la qualité de l’eau s’est bien améliorée. Je peux l’observer. J’observe aussi avec beaucoup de plaisir la présence de nombreux mérous, le retour à des stocks pérennes pour le thon rouge ou bien encore la protection efficace de la Posidonie. Mais d’autres sujets ont peu évolué. Les filets de pêche continuent à racler ses fonds, arrachant des siècles de vie. On continue à altérer certains habitats comme le coralligène au profit de nos usages maritimes. Le plastique est partout : il flotte, il coule, il se fragmente en particules invisibles pour entrer dans le ventre des poissons… et jusque dans nos assiettes. D’ailleurs c’est sans doute à cause de lui que l’on parle de la Méditerranée comme étant la mer la plus polluée au monde, même si, ailleurs, la situation est bien pire. La mer se réchauffe, c’est une évidence. Ses équilibres millénaires vacillent. Les espèces venues d’ailleurs, qui passent notamment par le canal de Suez, menacent de remplacer les espèces de notre Méditerranée. Pour l’instant, la vie marine méditerranéenne résiste.
Et tout n’est pas perdu, loin de là. Il faut continuer à agir, encore plus souvent et encore plus fort.

Partout, des femmes et des hommes se lèvent pour protéger la mer. Des zones marines protégées sont nées. Certes, elles ne sont pas parfaites mais elles existent et on peut, on doit, les améliorer. Des autorités, des scientifiques, des associations, des citoyens se battent pour rendre à la Méditerranée un peu de sa splendeur. Mais les résultats déjà obtenus même s’ils sont significatifs ne suffiront pas sans une prise de conscience globale et encore plus importante. La Méditerranée est une mer qui relie. Elle ne sépare pas les peuples, elle les unit.
Aujourd’hui, on peut lire dans les villes sur certains panneaux d’égouts l’inscription « La mer commence ici ». Oui. Chaque geste compte. Chaque goutte d’eau non souillée, chaque plastique évité, chaque décision politique courageuse est une victoire pour elle.
Je vous le demande, comme je l’ai fait toute ma vie : soyez les gardiens de la Méditerranée. Car elle est notre mémoire et notre avenir.
Protéger la mer, c’est protéger la vie.
Soyons les gardiens de la Méditerranée. Car en la sauvant… c’est nous-mêmes que nous sauvons. »
Texte Pierre Boissery
Photo d’ouverture Dominique Barray : pollution plastique sur le site de la Gabinière.