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Un plongeur explore un vibrant récif de corail rose, entouré de poissons colorés, illustrant la richesse de la biodiversit...

Chronique méditerranéenne – Oasis de vie

La Méditerranée est l’une des mers les plus riches au monde en matière de biodiversité. Cette biodiversité se retrouve souvent sur les grandes prairies que sont les herbiers de posidonie ou bien encore sur les petites zones que sont les roches à coralligène. D’autres espaces comme le milieu sableux ou les grottes sous-marines ne sont pas considérés comme attrayants. Pourtant, le sable abrite une vie qui mérite d’être découverte, notamment la nuit quand ce milieu naturel s’éveille. Mais la nuit, peu de plongeurs vont à sa rencontre.

Des lieux chargés d’histoire

Il y a d’autres habitats qui attirent la curiosité du plongeur. Certains ne semblent passionner que les chercheurs, comme les récifs artificiels immergés avec ou sans succès pour servir de maison à poissons, voire pour « reconstituer » un écosystème. Mais il y a également les épaves sous-marines, témoins de naufrages, de sabordages ou de périodes de guerre. Les épaves éveillent toujours la curiosité du plongeur. C’est l’histoire d’un bateau, de son capitaine, de son équipage, de sa cargaison et de ses passagers. C’est aussi un lieu historique quand l’épave nous ramène au temps de la navigation commerciale de l’époque romaine.

Donator evolution
L’évolution du Donator en moins de 20 ans.

Des abris pour la vie marine

Mais si une épave attire, au-delà de l’ambiance mystérieuse qu’elle représente, c’est parce que très souvent, elle est un lieu de vie extraordinaire qui abrite une vie marine exubérante, parfois plus belle que pour les roches naturelles. Cela peut vous paraître paradoxal si vous ne l’avez jamais constaté, mais il suffit d’une plongée sur le Donator ou bien encore son voisin le Togo pour vous rendre compte que vous êtes dans un haut lieu de biodiversité marine. Les poissons sont nombreux et les espèces variées, qu’elles soient de pleine eau comme les liches ou les dentis, qu’elles s’abritent dans les nombreuses cachettes du navire comme les mérous, les murènes ou les langoustes ou qu’elles se fixent tout simplement à la coque comme les gorgones. Cela peut-être tellement spectaculaire qu’il est parfois difficile de s’apercevoir que l’on est sur un milieu artificiel !

Un cycle de vie “boosté”

Certains travaux de chercheurs britanniques expliquent que la vie fixée sur une épave en métal se développe plus vite que dans le milieu naturel. Le fer qui serait libéré par l’érosion de la tôle serait propice à une plus forte concentration de phytoplancton, la base de la chaîne alimentaire. Ce niveau biologique étant « boosté », il induirait une chaîne trophique plus importante que sur une zone rocheuse. Avec un peu de recul, on peut se dire effectivement qu’une épave posée sur du fond sableux offre un logement à la faune et la flore par sa structure favorable pour attirer la vie (l’effet récif artificiel) et si, en plus, le métal booste la chaîne alimentaire, on peut se retrouver face à un beau spectacle vivant lors de sa plongée. 

D’incroyables scènes de vie

Certaines plongées sur épave permettent d’observer des reproductions de poissons, comme celle des dorades grises qui se parent d’une robe bleu électrique lors de cette période importante de leur vie, une scène bien rarement observée en milieu naturel. Est-ce un effet d’opportunité ? Peut-être qu’une épave offre un lieu plus tranquille et serein pour la reproduction qu’un petit fond côtier où nos activités maritimes et nos usages sont très présents ?

Reproduction dorades grises, épave du togo
Reproduction de dorades grises sur l’épave du Togo.

Si majoritairement épave = intérêt pour le plongeur = vie marine, parfois, la vie ne semble pas vouloir s’y réfugier ou du moins elle apparaît moins florissante. La situation géographique, la profondeur, la proximité avec des zones riches et l’ancienneté de son immersion sont autant de facteurs qui interagissent sans d’ailleurs que l’on appréhende tous ses liens et cette complexité.

Le rôle des navires-récifs

Parler des épaves, c’est forcément parler des navires-récifs, c’est-à-dire d’un navire immergé spécifiquement pour en faire un lieu de visite et de pratique pour les plongeurs et, de fait, un lieu de vie pour la nature. Si partout sur la planète, et y compris dans nos départements et territoires d’outre-mer, le recours à un navire récif pour créer un site de plongée, soutenir l’économie locale, diminuer la fréquentation des sites naturels est une évidence et une réalité, l’immersion volontaire d’un navire-récif n’est pas encouragée sur notre territoire métropolitain et particulièrement en Méditerranée. Pour autant, aucune réglementation ne semble l’interdire, pas même la convention de Barcelone. 

Immerger un navire-récif, ce n’est pas se débarrasser d’un objet encombrant. Au contraire, c’est valoriser un produit destiné au démantèlement et à la ferraille et c’est faire perdurer son histoire. Immergé sur un lieu approprié, dépollué, sécurisé, géré, c’est un produit économique qui va permettre d’accueillir pendant des dizaines d’années des générations de plongeurs et permettre à la vie marine de s’installer et de se développer sur le long terme. 

Soutenir en même temps économie et biodiversité

A une époque où l’on a accepté d’immerger un récif en béton fait de sable, d’eau et d’énergie pour offrir un site de substitution pour les plongeurs et soulager les zones naturelles du littoral de la ville d’Agde, il est peu compréhensible de ne pas encourager la même démarche basée sur le recyclage d’un navire en métal, plus attirant pour le plongeur et plus propice à la vie marine. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’immerger partout des navires-récifs, mais de le faire de façon raisonnée et pragmatique, en accord avec les autorités locales et les usagers locaux comme les pêcheurs professionnels.

A une époque où réduire la fréquentation des sites naturels est une préoccupation et où une grande majorité des épaves existantes se désagrègent et perdent de l’intérêt pour les plongeurs, entraînant un report sur les sites naturels, il est temps d’ouvrir le dialogue pour définir les modalités de recours à cette solution de développement économique et de soutien à la biodiversité.

Texte Pierre Boissery.

Images Nicolas Barraqué.

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