Chroniques méditerranéennes : quand nos ports participent à redonner vie à la Méditerranée

Longtemps montrés du doigt comme des zones polluées et bétonnées, les ports ont entamé ces dernières années une certaine mutation. Grâce à dix ans d’aménagements innovants et d’évaluation scientifique, ces abris pour bateaux deviennent, dans certaines circonstances, de véritables maternités pour les poissons. Voyage au cœur d’une incroyable métamorphose. 

Faune fixée, Marseillan. Photo Rémy Dubas / Ecocéan / RD

Quand le béton remplace la nature

Pendant longtemps, l’histoire semblait écrite d’avance : là où l’homme construisait un port, la nature disparaissait. La construction des ports a détruit les petits fonds côtiers, les habitats et les fonctions écologiques comme les nurseries côtières, lieu indispensable pour que le petit poisson (post-larve) grandisse et devienne un jeune poisson (juvénile). Les quais en béton, le va-et-vient des navires et l’activité humaine laissaient penser que ces zones étaient définitivement perdues pour la biodiversité marine. Pourtant ce n’est pas le cas. Après d’importants efforts pour améliorer la qualité de leurs eaux, les ports apportent leur contribution à la biodiversité marine. Durant quelques années, l’idée même de faire de la restauration écologique dans un port était souvent mal perçue ou accueillie avec scepticisme. Aujourd’hui, les résultats sont là et ils dépassent le cadre même du port.

Sar à museau pointu (Diplodus puntazzo). Photo Rémy Dubas / Ecocéan / RD

Dix ans d’enquête sous-marine

Pour évaluer le bénéfice de la restauration de la fonction de nurserie côtière à l’échelle d’un territoire régional, celui du Parc Naturel Marin du Golfe du Lion, des spécialistes de la société Ecocean accompagnés par des scientifiques de l’université de Perpignan ont mené une grande analyse sur plus de dix ans d’observations recueillies sur les ports de ce territoire, entre 2013 et 2023. Ils ont exploité les bilans scientifiques obtenus pour dix ports de ce territoire (de Leucate à Cerbère, en passant par Canet, Saint-Cyprien ou Banyuls) et ils ont comparé leurs résultats avec la vie marine des zones sauvages les plus riches (comme les herbiers sous-marins ou les fonds rocheux).  Ainsi, en comptant les espèces et en analysant la santé de ces écosystèmes portuaires, les experts ont obtenu des résultats inattendus. 

Hippocampe moucheté (Hippocampus guttulatus). Photo Rémy Dubas / Ecocéan / RD

Les trois surprises des ports “nouvelle génération”

L’évaluation scientifique a permis de prouver trois faits extraordinaires :

  • Autant de poissons juvéniles qu’en pleine nature : contre toute attente, on trouve aujourd’hui une quantité de poissons sur les modules artificiels tout à fait comparable à celle des milieux naturels voisins. 
  • Un club très privé pour certaines espèces : les chercheurs ont eu la surprise de découvrir 13 espèces de poissons (exemples : Anguille, Syngnathe, hippocampe, blennie sphinx, motelle) observées uniquement dans les nurseries des ports. Ces espèces n’ayant pas été recensées sur les zones naturelles étudiées proche de ces ports. 
  • Des poissons bien de chez nous : on aurait pu craindre que ces habitats artificiels attirent des espèces envahissantes venues d’ailleurs. C’est tout le contraire : les ports profitent en priorité aux poissons locaux et aucune espèce de poissons non méditerranéenne n’a été recensée sur les 10 ans d’observation. 
Mérou brun (Epinephelus marginatus), Monaco. Photo Rémy Dubas / Ecocéan / RD

L’assurance-vie de nos futurs poissons

Le rôle le plus crucial de ces ports pour la biodiversité marine est leur fonction de “nurserie”. Dans l’océan, les bébés poissons ont un besoin vital de se cacher pour grandir à l’abri des prédateurs. En étudiant de près les résultats pour la famille des Sars prise comme modèle, les scientifiques ont calculé que dans 90 % des cas, la production de poissons dans ces ports équipés représente entre 20 % et 50 % de la production naturelle des nurseries de toute l’aire marine protégée du golfe du Lion. C’est un coup de pouce très important pour les poissons. Les ports équipés de nurseries artificielles agissent bien comme des contributeurs significatifs aux populations de poissons d’un territoire régional. 

Un ponton équipé. Photo Rémy Dubas / Ecocéan / RD

Ce qu’il faut retenir

Que les choses soient claires, ce n’est cependant pas une bonne raison pour construire plus de ports !! L’artificialisation du littoral restant une atteinte à la Méditerranée. Mais grâce à ce travail d’aménagement et d’évaluation de l’efficacité des actions réalisées, le regard sur les ports est en train de changer. L’ingénierie écologique accompagnée par de la recherche scientifique rigoureuse peut apporter une contribution à la biodiversité quand elle est intelligemment accompagnée. En reliant la vie des ports à celle de la nature sauvage, le golfe du Lion nous prouve que cela est une réalité.

Pour plus d’information : contact@ecocean.fr 

Photo d’ouverture : Rémy Dubas / Ecocéan / RD

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