Lorsque vous franchissez le seuil de votre agence de voyage préférée pour choisir votre prochain séjour, un produit « clés en main » vous est souvent proposé. Cependant, avant d’en arriver là, il a fallu que l’idée germe dans l’esprit du voyagiste, parfois des années auparavant. Voici comment trois professionnels de l’industrie imaginent de nouvelles destinations, mêlant passion et stratégie.

Une promesse de rêve
Un voyage est bien plus qu’un simple produit : il incarne un rêve et une promesse de bonheur à venir. Pour de nombreux plongeurs, il représente le voyage de l’année, voire celui de toute une vie. Ceux qui conçoivent ces voyages ont souvent derrière eux des milliers de plongées et ont été, en tant que gestionnaires de centres, en contact direct avec les attentes de leurs clients. Leur défi est de trouver l’équilibre parfait entre raison et passion.

Christophe Paul, Abyssworld
« Avant d’envisager le chiffre d’affaires potentiel d’une nouvelle destination, le début est toujours très intuitif, » explique Christophe Paul d’Abyssworld. Parfois, c’est un heureux concours de circonstances qui suscite l’intérêt, comme lorsqu’il a découvert les Raja Ampat dans un magazine asiatique alors que personne ne proposait encore cette destination. « Une rencontre, une envie d’un client ou une discussion lors d’un salon peuvent déclencher une nouvelle idée, » ajoute-t-il. Pour le Japon, après une rencontre avec des représentants de l’office de tourisme d’Okinawa, Abyssworld a envoyé Laure Leduc sur place pour explorer les options d’hébergement et de transferts. Mais la motivation principale était de faire découvrir une culture différente à leurs plongeurs.
Les plongeurs d’aujourd’hui désirent souvent plus que de simples plongées : ils cherchent des expériences culturelles enrichissantes. Offrir des activités variées, comme des sorties avec des spécialistes pour observer des requins ou voyager avec des astrophysiciens, devient essentiel. « Plonger pour plonger ne suffit plus pour une partie de notre clientèle, » souligne Christophe Paul. « Notre métier a énormément évolué ces dernières années. »
Les voyages évolutifs
Il faut en général au moins six mois pour développer un voyage et l’inscrire au catalogue, mais celui-ci requiert souvent encore des ajustements. Les voyagistes envoient d’abord des clients expérimentés pour recueillir des retours précieux. « En fonction des avis des premiers voyageurs, nous apportons des modifications, » précise Christophe. « Tout évolue, surtout après les bouleversements de la Covid. De nombreuses structures ont fermé ou ont été réorganisées, et des ajustements permanents sont nécessaires. »
Un enjeu majeur du secteur se concentre désormais sur la réduction de l’empreinte écologique. Chez Abyssworld, ils ont considérablement réduit leur bilan carbone en repensant leurs transports et leurs bureaux, obtenant même une certification CO2 neutre par Myclimate. Cependant, le fondateur constate que trouver des partenaires locaux respectueux de cet engagement reste un défi. « Beaucoup ont du mal à renoncer à la modernité, comme la climatisation, mais il est urgent de changer notre manière de voyager, » insiste Christophe.
En projet 😡
« J’aimerais beaucoup développer des voyages aux Marquises, mais la gestion des vols est complexe et ralentit notre initiative.«
Gérard Carnot, Ultramarina

Un nouveau voyage peut également naître d’une envie personnelle. Chaque professionnel conserve une liste de lieux fascinants. Lorsque les informations sont insuffisantes, la solution est souvent de se rendre sur place. « Je viens de passer quatre jours en Jordanie, » raconte Gérard Carnot d’Ultramarina. « Ce sont des voyages minutieusement planifiés où l’on cherche à collecter un maximum d’impressions, d’informations et de contacts. Mais il arrive que la réalité ne soit pas à la hauteur des attentes. »
La création d’un voyage peut aussi découler d’une offre émanant d’un fournisseur. Il incombe alors à l’agence d’évaluer l’intérêt du séjour proposé. « Nous devons d’abord nous assurer que le prix soit équivalent à celui du prestataire pour éviter un surcoût pour le client, » explique Gérard. Utiliser une agence peut en effet garantir une meilleure expérience au client. Les prestataires, souvent occupés, apprécient de confier leurs clients aux agences, créant une dynamique gagnant-gagnant.
Pêche aux informations
Il arrive qu’un membre de l’équipe se rende sur place pour tester le produit. Toutefois, il n’est pas toujours possible de voyager pour chaque nouvelle offre. Il est crucial de se tenir informé par tous les moyens disponibles. « Nous faisons partie de la Global Dive Alliance, explique Gérard. Nous sommes en contact avec d’autres tour-opérateurs européens, canadiens et australiens, partageons nos expériences et sommes alertés en cas de problèmes. »
Les retours clients sont également une source d’information précieuse. « Chez Ultramarina, nous contactons systématiquement nos clients après leur voyage, » insiste Gérard. Ce suivi permet de s’assurer de la qualité des services et d’ajuster les offres en temps réel, même si chaque avis reste subjectif.
Chaque année, environ 5 % des voyages proposés sont nouveaux pour diversifier l’offre, répondant aux changements dans les centres et hôtels. « Il y a toujours de nouvelles structures à découvrir partout dans le monde, » conclut Gérard. Si un lien de confiance existe avec un partenaire, il est possible de lancer de nouveaux voyages sans avoir besoin de s’y rendre.
Eric Le Coedic, H2OVoyage
Proposer des séjours nouveaux chaque année est devenu essentiel. Ces nouveautés, que ce soit en tarifs, en répartition géographique ou en éloignement, permettent de maintenir un catalogue équilibré où chaque plongeur peut trouver son bonheur. « Avec des clients réguliers et aventuriers, il est impératif de leur offrir de nouvelles expériences, » déclare Eric Le Coedic.

Ce qui pousse les organisateurs à explorer de nouvelles destinations, c’est le désir d’être parmi les premiers à proposer ces voyages. « Lorsque nous découvrons une nouveauté, nous bâtissons un projet autour. Une rencontre est souvent à l’origine de l’idée. Par exemple, j’ai découvert Raja Ampat grâce à un contact sur place, » raconte-t-il.
Parfois, ce sont des comportements animaliers inédits qui séduisent. « En Afrique du Sud, j’ai vu une vidéo du Sardine Run qui m’a émerveillé. En rentrant, j’ai monté un premier voyage là-bas, » relate Eric.
Partager des expéditions authentiques
Les expéditions, qu’elles soient maritimes ou terrestres, sont la spécialité d’H2OVoyage. Eric propose des voyages à la découverte d’espèces terrestres comme les gorilles, des paysages préservés, ou des ethnies locales. « Par exemple, en Papouasie, nous avons négocié pendant deux ans pour passer une semaine en immersion avec des tribus vivant dans les arbres, » explique-t-il.

Un voyage en Antarctique, dont l’idée est née lors d’un séjour en Norvège, a nécessité de longs préparatifs. Choix du bateau, planning, transport de matériel : tout doit être minutieusement organisé. « Pour nos expéditions, il est impossible de tout tester avant d’y envoyer des clients, » conclut Eric. « Nous faisons face à des imprévus, ce que nos clients acceptent car ils cherchent l’aventure plus qu’un voyage standard. »
En projet :
« Nous souhaitons plonger en Géorgie du Sud, en quête de glace et de liberté animale. Mais le retour est complexe, ce qui nécessite de la planification et des clients prêts pour une longue aventure !«
Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



