Longtemps convoitées pour leur précieuse fourrure, les populations d’otaries et de lions de mer bénéficient aujourd’hui d’une protection accrue à l’échelle mondiale. Ces créatures marines, sociales et attachantes, établissent leurs foyers en vastes colonies terrestres durant la période de reproduction, tout en chassant activement le long des côtes.

Cette proximité avec les activités humaines, inhérente à la plupart des espèces, offre des rencontres inoubliables. Sur terre, elles affichent une nature à la fois prudente et bruyante, tandis que sous l’eau, leur curiosité et leur agilité émerveillent les plongeurs. Bien que fréquemment confondues avec les phoques, les otaries possèdent des caractéristiques uniques. Embarquez pour un tour du monde à la découverte de ces mammifères marins d’exception !
À la Découverte des Otaries : Introduction à un Monde Fascinant
Sur la terre ferme, les otaries se montrent méfiantes mais étonnamment agiles, se regroupant en immenses colonies pour se reposer, se reproduire et donner naissance à leurs petits. Une fois dans l’eau, leur transformation est saisissante. Elles deviennent rapides, précises et parfaitement à l’aise dans leur élément aquatique. Curiosité et absence de timidité les caractérisent alors, prêtes à chasser ou à interagir avec les plongeurs. Avant de plonger à leurs côtés, enrichissons nos connaissances sur ces animaux fascinants.

Il existe seize espèces d’otaries, réparties dans les océans Pacifique, Atlantique Sud et Indien, avec une absence notable dans l’océan Atlantique Nord. Au sein des Otariidés, on distingue les lions de mer (sous-famille des Otariinés), plus imposants, comme les lions de mer de Steller que l’on retrouve en Alaska et sur la côte ouest du Canada. Les otaries, quant à elles, de la sous-famille des Arctocephalinés, présentent un gabarit plus petit, à l’image des otaries à fourrure d’Australie.
Bien que leurs comportements puissent varier selon les espèces, les otaries forment généralement d’immenses colonies terrestres, animées par un brouhaha constant. Ces vocalises leur permettent de se reconnaître et de communiquer (voir partie 2). Les mâles, dont la taille peut atteindre le double de celle des femelles, constituent souvent des harems qu’ils défendent avec vigueur contre les prétendants rivaux.
Comment Distinguer une Otarie d’un Phoque ?
Piscivores, les otaries chassent en mer, se nourrissant de petits poissons, de céphalopodes et d’invertébrés. Elles sont capables de retenir leur souffle entre 3 et 12 minutes et de plonger jusqu’à 270 mètres de profondeur. Les mères, en particulier, ont besoin d’un régime riche pour produire un lait nourrissant pour leurs petits. Si les prédateurs terrestres sont rares, bien que les jeunes puissent être la proie de chiens sauvages, les otaries sont vulnérables en mer face à des prédateurs redoutables tels que les requins et les orques, qui chassent également les phoques.

Mais justement, comment faire la différence entre une otarie et un phoque ? Les deux appartiennent à l’ordre des pinnipèdes (du latin pinna, nageoire, et pedis, pied), ce qui explique leur fréquente confusion. Cependant, leurs liens s’arrêtent là. Les otaries, de la famille des Otariidés, se reconnaissent à leurs petites oreilles externes et à leur capacité à utiliser leurs membres postérieurs pour « marcher » sur terre. Les phoques, de la famille des Phocidés, n’ont pas d’oreilles externes et se déplacent beaucoup moins aisément sur terre, en rampant.
Une Histoire Tragique : Chassées Jusqu’à l’Extinction
Les otaries affectionnent les eaux froides, auxquelles elles résistent grâce à leur fourrure dense. Sur le plan physiologique, elles possèdent la deuxième fourrure la plus dense du règne animal, juste après la loutre de mer. Cette couche protectrice assure l’essentiel de leur thermorégulation, contrairement aux lions de mer qui disposent en outre d’une couche de graisse. Malheureusement, cette fourrure exceptionnelle a failli causer leur perte.

De nombreuses espèces ont été chassées intensivement aux XVIIIe et XIXe siècles, subissant une pression telle que certaines ont frôlé l’extinction. Au début des années 1900, des mesures de protection ou d’exploitation durable ont été mises en place pour la plupart des espèces d’otaries et de lions de mer. L’otarie du Japon (Zalophus japonicus), victime de captures pour les cirques et de l’exploitation de sa graisse et de ses organes par la médecine chinoise, a connu un sort funeste : elle est considérée comme éteinte depuis le milieu du XXe siècle. Malgré les efforts de conservation déployés depuis des décennies, le statut des différentes espèces est aujourd’hui très variable.
Des Destins Croisés : Inégalités Entre les Espèces
Si certaines espèces ont réussi à se rétablir ou sont en voie de rétablissement, d’autres voient malheureusement leurs populations décliner. L’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) indique que l’otarie à fourrure du Cap (Arctocephalus pusillus) et l’otarie de Californie (Zalophus californianus) ne sont pas considérées comme menacées et voient même leurs populations augmenter. L’otarie à fourrure subantarctique (Arctocephalus tropicalis) présente une population stable. En revanche, d’autres espèces sont classées en danger d’extinction, comme les otaries (Arctocephalus galapagoensis) et les lions de mer (Zalophus wollebaeki) des Galápagos, les lions de mer d’Australie (Neophoca cinerea) ou les lions de mer de Nouvelle-Zélande (Phocarctos hookeri), dont il ne reste qu’environ 3000 individus.
Ces disparités s’expliquent par divers facteurs. Certaines espèces, présentes sur des aires de répartition plus restreintes que leurs cousines d’Afrique du Sud ou subantarctiques, sont plus vulnérables aux phénomènes localisés : raréfaction des ressources en poissons, maladies, pollution (enchevêtrement dans des filets fantômes ou piégeage par des déchets plastiques, comme en Alaska pour les lions de mer de Steller), captures accidentelles par les chalutiers (Australie, Nouvelle-Zélande), épisodes El Niño à répétition au large du Pérou et des Galápagos… (voir encadré Partie 2).
Un Équilibre Précaire : Coexistence avec l’Homme
En Nouvelle-Zélande, où les populations de lions de mer et d’otaries sont faibles, les autorités et les habitants s’investissent activement dans la protection de ces espèces. Près de Dunedin, la deuxième plus grande ville du pays, il est courant d’observer des lions de mer mettre bas dans des lieux insolites (hangars, enclos…). En 2021, les autorités ont même fermé une route importante pendant plusieurs semaines pour permettre à une mère ayant accouché sur un terrain de golf de rejoindre la plage, de se nourrir et de retrouver son petit avant de regagner la mer.

Parfois, quand la cohabitation s’avère difficile, les otaries savent s’imposer. Au début des années 90, une colonie de lions de mer a investi les pontons en rénovation du Pier 39 à San Francisco. Face aux contraintes imposées aux plaisanciers (présence des animaux, odeurs, bruit), il a été décidé de relocaliser le port de plaisance et de céder le ponton aux mammifères. Depuis, les animaux reviennent chaque hiver, au grand bonheur des touristes qui peuvent les observer à distance.
Les Otaries et les Hommes : Une Relation Complexe
Même pour les espèces dont les populations se portent bien, la situation n’est pas toujours idyllique. En Namibie, des milliers d’otaries à fourrure du Cap colonisent de magnifiques plages désertiques. Cependant, derrière cette image de carte postale, les autorités autorisent l’abattage de milliers d’animaux chaque année. Bien que le pays soit un modèle en matière de protection de certaines espèces (rhinocéros, éléphants) et ait inscrit la protection de l’environnement dans sa constitution, il autorise le massacre d’environ 80 000 bébés et 6 000 mâles chaque année.

La justification ? Les colonies d’otaries consommeraient en un an autant de poissons que les habitants de Namibie et d’Afrique du Sud réunis. Les pêcheurs, confrontés à l’augmentation des populations d’otaries, les accusent de les priver d’une ressource vitale. Les associations de défense de la nature estiment que la raréfaction du poisson est due à la surpêche. Quoi qu’il en soit, les otaries tuées alimentent un marché de la fourrure et des huiles, marginal mais toujours existant.
La cohabitation entre l’homme et l’otarie est souvent délicate, mais la plupart des espèces sont aujourd’hui protégées. Les animaux vivant loin des activités humaines, notamment dans les régions australes, ne sont pas confrontés à ces problèmes. Cependant, ils sont en première ligne pour témoigner des changements environnementaux qui affectent leur mode de vie.
Des Animaux Intelligents … Utilisés par l’Homme
L’intelligence des otaries a été exploitée par l’homme, qui les utilise dans les cirques, les aquariums et les parcs d’attractions. Leur intelligence est également mise à profit par l’armée. Dans les années 60, la marine américaine a créé le NMMP (Navy Marine Mammal Program), qui entraîne des dauphins et des otaries de Californie à détecter des mines, à protéger des navires et à récupérer des objets.

Critiqué par l’opinion publique, ce programme est resté secret jusqu’aux années 90. Les associations de protection des animaux s’interrogent sur le bien-être des mammifères et les réalités de leurs missions. La Navy, qui met en avant les bons soins prodigués aux animaux, a promis leur remplacement progressif par des drones sous-marins. Bien que 2017 ait été annoncée comme date butoir, le programme est toujours d’actualité à San Diego, en Californie.
Cet article, initialement écrit par Margot Harty pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



