Immersion volontaire des épaves : pourquoi pas chez nous ?

La semaine dernière, le navire de guerre A/B Folegandros a été coulé dans les eaux côtières de La Canée, en Crète, venant compléter un parc de plongée sur épaves. Le projet, porté par la municipalité d’Apokoronou, compte déjà 44 récifs artificiels déployés aux côtés du navire Nestor, lui aussi anciennement en service dans la marine hellénique.

Capture vidéo

Des immersions impossibles en Méditerranée française ?

D’autres pays, parmi lesquels Malte ou l’Espagne, ont eux aussi franchi ce cap depuis longtemps. En revanche, l’immersion volontaire d’épaves n’est toujours pas autorisée en Méditerranée française ! 

Même si leur intérêt écologique, de par leur rôle de récifs artificiels, est admis par tous, leur immersion se heurte encore à un certain nombre d’obstacles juridiques. On peut donc légitimement se demander pourquoi. Actuellement, chez nous, les services de l’État admettent bien que les épaves maritimes représentent un intérêt sur le plan biologique en tant que récifs artificiels, mais ils estiment que leur immersion n’est pas possible en Méditerranée.

On continue de se heurter à l’interdiction du « sabordage de navires à la seule fin de leur élimination ». En d’autres termes, il est interdit de couler un navire pour s’en débarrasser à moindres frais, évitant ainsi son démantèlement et sa dépollution. Mais un navire parfaitement désarmé et dépollué peut-il toujours être considéré comme un navire ? Et contrairement à un sabordage qui sert avant tout l’intérêt de l’armateur, une épave-récif sert ce que l’on peut appeler l’intérêt général, dans plusieurs domaines.

Photo Nicolas Barraqué. Banc de liches sur une épave grecque.

Les épaves immergées sont à la fois des oasis de vie et des nurseries, bénéfiques à la biodiversité comme n’importe quel autre récif artificiel, dont la mise en place est, elle, bien autorisée dans nos eaux. Leur présence permet aussi à la pêche locale de maintenir sa ressource. Elles constituent également un atout majeur pour l’économie des loisirs, puisqu’elles offrent la possibilité de multiplier les sites de plongée et d’attirer davantage de touristes plongeurs sans pour autant surcharger les sites existants. D’autant plus que la plupart de nos épaves, datant des deux guerres mondiales, se dégradent progressivement et perdront peu à peu de leur intérêt, qu’il soit visuel ou écologique.

En Grèce, un parc sous-marin éco-touristique

L’immersion du Folegandros marque une étape décisive dans la finalisation du parc de plongée d’Apokoronas, un projet phare s’inscrivant dans la stratégie régionale visant à développer des marchés touristiques haut de gamme et de niche.

Ce parc de plongée, qui sera détenu et géré directement par la municipalité, proposera trois parcours sous-marins distincts, conçus pour différents niveaux d’exploration :

Itinéraire 1 : l’Eco-Trail — Une exploration à travers un réseau de 44 récifs artificiels, immergés à une profondeur très accessible de 9 à 10 mètres.

Itinéraire 2 : l’épave du Nestor — Centré autour du navire de la marine hellénique précédemment coulé.

Itinéraire 3 : l’épave du Folegandros — Une descente vers le navire récemment coulé à 25 mètres de profondeur, destinée aux plongeurs de niveau intermédiaire et avancé.

Les autorités locales visent à rendre le parc de plongée pleinement opérationnel d’ici à la fin de la saison touristique 2026.

Photo d’ouverture Nicolas Barraqué. Epave dans les eaux grecques.

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