Pour les besoins d’un tournage, Jean-Marc Barr a plongé dans l’univers fascinant de la plongée spéléo ! Plutôt que de se limiter à quelques techniques superficielles, il a consacré un an et demi à sa formation aux côtés de Rémi Bouchard. Voici le récit d’une aventure marquante.
Un Projet de Longue Date
L’histoire débute en 2018, lorsque le réalisateur Philippe Martin-Lacroix, passionné de plongée, s’engage dans la création d’un court-métrage. Son objectif ? Lier l’intrigue de son film à la plongée spéléo. Après avoir effectué des recherches approfondies, il remarque que Rémi Bouchard et Plongéesout, l’association de plongeurs souterrains dont il est le président, sont souvent mentionnés. Il décide alors de solliciter leur aide.
Philippe Martin-Lacroix porte ce projet depuis plusieurs décennies. Dans les années 80, il s’était lié d’amitié avec Luigi Casati, un plongeur spéléo italien renommé. Luigi était le binôme de Jean-Jacques Bolanz, un grand nom de la plongée souterraine suisse. Après avoir écouté les anecdotes de Luigi sur Jean-Jacques, Philippe imagine un scénario où Bolanz serait le personnage central. Cependant, le décès tragique de Jean-Jacques dans une cavité en Grèce pousse Philippe à abandonner son projet.
Des années passent, mais l’idée reste vivante dans son esprit. En 2021, il envoie le scénario à Rémi, lui demandant d’évaluer les cavités françaises adaptées au tournage. Après quelques échanges, le financement est finalement bouclé en janvier, avec une date de tournage prévue pour juin !

Découvrir un Nouveau Monde
Jean-Marc Barr, contacté plusieurs mois auparavant par Philippe, se retrouve casté comme acteur principal. Une question se pose : pourra-t-il réaliser lui-même les scènes sous-marines, ou devra-t-il être doublé ? Bien qu’il ait incarné Jacques Mayol dans Le Grand Bleu, Jean-Marc est loin d’être un plongeur expérimenté. Il a suivi un cours en Californie durant sa jeunesse, mais a effectué seulement une vingtaine de plongées, sans jamais explorer les profondeurs souterraines.
« C’est un monde que je ne connaissais absolument pas, » confie Jean-Marc. « L’une des joies d’être acteur, c’est vivre des expériences totalement nouvelles. » Les séquences du scénario sont déjà complexes pour un plongeur aguerri. Pour un novice comme lui, l’apprentissage sera exigeant. Il devra se familiariser avec des équipements adaptés : six bouteilles, un scooter sous-marin, et le fil d’Ariane dans des galeries inondées. Rémi propose un programme de dix jours pour voir comment Jean-Marc s’adaptera. Enthousiaste à l’idée d’échapper à Paris durant la pandémie, Jean-Marc s’engage.
La première session d’entraînement se déroule en piscine, dans le jardin d’un ami de Rémi. Jean-Marc et Philippe doivent apprendre à gérer le vêtement sec, les bi-bouteilles, le casque et les éclairages. « C’était compliqué, surtout après une nuit trop festive ! » avoue Jean-Marc, tentant de dissimuler sa fatigue.

Première Plongée en Conditions Réelles
L’équipe se dirige ensuite vers Bourg-Saint-Andéol, en Ardèche, pour plonger dans le Goul du Pont, une cavité sans glaise, garantissant une bonne visibilité. Avec leurs formateurs, Philippe et Jean-Marc entrent dans l’eau. Après 50 mètres, un problème survient : le détendeur de Jean-Marc commence à fuir. Rémi doit rapidement fermer l’une de ses bouteilles. Jean-Marc garde son calme, une qualité qu’il a acquise lors du tournage du Grand Bleu.
« À ce moment précis, j’ai pensé que j’étais peut-être un peu fou d’être ici, mais j’ai pris sur moi, » explique-t-il. Philippe, lui, réalise que tourner dans un environnement aussi hostile sera bien plus difficile que prévu.
Après trois jours d’entraînement, ils se dirigent vers la source Saint-Antoine, au pied du mont Faron à Toulon. Cette fois, la présence de glaise complique vraiment les choses. Rémi comprend qu’il sera difficile de faire de Jean-Marc un plongeur prêt pour le tournage dans deux mois. Deux options se présentent : engager une doublure ou transformer Jean-Marc en vrai plongeur spéléo.
Après quelques jours sur place, Rémi explique à Jean-Marc qu’il nécessitera un investissement personnel significatif. L’acteur accepte de prolonger ses sessions de formation, et le tournage est alors reporté à l’année suivante.

La Force de la Communauté
Au fil des mois, Jean-Marc revient régulièrement avec Rémi et son équipe. Au-delà des compétences techniques qu’il développe, il est frappé par le profond sentiment de camaraderie. « Tu te sens intégré à une tribu, » affirme-t-il. « Il existe un lien puissant entre les membres de l’équipe, quelque chose d’indéfinissable qui m’a touché. J’ai particulièrement apprécié cet esprit d’équipe durant cette période de ma vie. »
Les mois d’entraînement sont ponctués d’échanges, de repas, et de moments partagés, renforçant leur confiance mutuelle. Jean-Marc raconte un incident marquant lors d’une plongée au Ressel, dans le Lot, où un accident a eu lieu. Coincé à la sortie de la cavité par un plongeur décédé, il a été secouru par d’autres plongeurs. « À ce moment-là, j’ai réalisé que j’aurais dû tout arrêter si je n’avais pas eu entièrement confiance en Rémi et l’équipe. »
Pas de Place à l’Approximation
« Jean-Marc a rapidement compris que la plongée spéléo exige une précision absolue, » explique Rémi. Dès qu’il a accepté le défi, il était clair que Jean-Marc devait évoluer vers un véritable plongeur autonome. Ils passent plusieurs jours ensemble à répéter les mêmes gestes techniques. Jean-Marc doit maîtriser son équipement, la sécurité, la flottabilité, et le pilotage du scooter tout en gérant ses bouteilles.
« J’apprécie le côté structuré, » dit Jean-Marc. « Aucune erreur n’est permise. » Après un an, lors d’une plongée dans la cavité de Bourne, il se sent enfin à l’aise avec son binôme : « C’est bon ! Je suis prêt. » Bien qu’il ressente une certaine difficulté, il n’a jamais eu l’occasion d’apprécier ses plongées, concentré et parfois terrifié par l’inconnu.
« J’avais peur, mais paradoxalement, je ne me suis jamais senti en danger. Rémi était toujours là pour me rassurer, » se remémore-t-il. Pour lui, la promesse de ne jamais reculer est essentielle.

Prêt à Tourner
Le moment tant attendu est enfin arrivé. L’équipe se dirige vers le Durzon, un autre site de tournage. L’entrée se fait par une cheminée étroite, une condition qui aurait été stressante pour Jean-Marc quelques mois auparavant, mais cette fois tout se déroule sans accroc.
Fin juin 2022, l’équipe est prête. Jérôme Espla, plongeur spéléo expérimenté, est là pour les prises de vue sous-marines. Rémi, pour parfaire la préparation, réalise une dernière session d’entraînement où il joue l’une des scènes. Jean-Marc répète également à terre, dans le jardin où l’équipe réside, s’entrainant inlassablement.
« Il était vital que tout soit parfaitement intégré, » souligne son formateur. La séance se déroule sans stress, tout s’enchaîne harmonieusement. Jean-Marc plonge le matin puis Rémi tourne les mêmes scènes l’après-midi pour parer à tout imprévu. Au final, Rémi se rend compte qu’il n’aura pas eu à servir de doublure !
Le tournage s’étale sur quatre jours. Le court-métrage intitulé Le Fil dure 20 minutes, dont seulement 7 ou 8 minutes sous l’eau. Jean-Marc n’hésite pas à investir un an et demi de travail dans cette aventure, illustrant ses valeurs professionnelles. « Je me souviens de films où les scènes sous-marines sont clairement tournées en studio. Cela ne donne pas la même ambiance, » raconte-t-il. Malgré les défis, il a atteint son objectif, tout comme lors du tournage du Grand Bleu.

À Mettre en Marge
Rémi Bouchard a dédié à leur aventure commune un livre de 230 pages, riche de plus de 400 photos, accompagné d’un documentaire intitulé Jean-Marc Barr ou le dépassement de soi, qui sera présenté au festival Galathea à Hyères du 21 au 24 novembre.
Le livre et le documentaire sont disponibles sur commande à l’adresse e-mail de Rémi : rbouchard83@gmail.com.
Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Images : Philip Lacroix, Didier Quartiano et Rémi Bouchard



