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La carte mystérieuse de Lampedusa : Une invitation à plonger dans l’aventure

Il y a un an, Rocco et Simone (prononcé Simoné), les responsables du centre Pelagos 2.0 à Lampedusa, nous ont invités à explorer des épaves inédites de la Seconde Guerre mondiale, situées au nord de l’île. Ils possèdent une carte « mystérieuse » indiquant de nombreux points marqués par des pêcheurs locaux, chacun correspondant à une épave encore inexplorée. Pour cette expédition, ils nous proposent de naviguer plus au sud, vers la Libye, en utilisant leur bateau comme camp de base. Nous avons alors préparé notre matériel et nos provisions pour quelques jours d’aventure.

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A proximité de l’épave, un tank repose à l’envers, recouvert d’algues « barbapapa » et de filets.

Notre première épave : un cargo mixte

Réveillés à 5h00 du matin, nous chargeons tout le nécessaire : recycleurs, bail-out, propulseurs, glacières et nourriture. Une heure plus tard, nous prenons le large. Le soleil est déjà levé et l’air est frais en ce début juin. La mer est calme, et nous profitons des cinq heures de navigation pour nous reposer sur le pont avant d’arriver au premier point mystérieux. En chemin, une tortue nage paisiblement à la surface, un bon présage ! Sur place, nous avons hâte de plonger avant de déjeuner. L’excitation est à son comble, car nous serons les premiers à explorer cette épave.

Une plongée captivante

La mer est magnifique, et la gueuse est lancée à l’eau. Aucun courant n’est perceptible, la bouée orange flotte paisiblement. Fred et Rocco plongent les premiers, suivis de Bruno et moi. Nous descendons tranquillement pour protéger mes tympans. À 42 mètres de profondeur, la carcasse d’un navire apparaît, couché sur le flanc droit. La gueuse est parfaitement positionnée à quelques mètres de la coque. Avec Bruno, nous longeons la coque jusqu’à la poupe pour voir si l’hélice est encore là. Une pale émerge du sable, preuve d’un choc violent au moment du naufrage.

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Bruno en train de découvrir ce site particulièrement original !

Découverte d’un chargement inattendu

En contournant le tableau arrière, nous découvrons ce qui semble être le chargement éparpillé sur le fond. En nous approchant, nos yeux s’écarquillent à travers les masques : des centaines de bouteilles mêlées à des munitions, un spectacle grandiose !

Du champagne et des munitions

Sur le côté bâbord, une grande cale béante attire notre attention. C’est par là que le chargement s’est déversé lorsque le navire a coulé. En nous approchant, nous avons la déception de découvrir que les bouteilles sont vides. Après plus de 80 ans sous l’eau, ce n’est guère surprenant, en particulier pour les bouteilles de champagne dont le fameux « muselé » a disparu, corrodé par l’eau de mer.

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Une partie de la cargaison, des bouteilles champagne, est éparpillée sur le sable de l’épave.

Le liquide précieux s’est évaporé. Parmi les débris de verre, nous trouvons également des balles de 12 à 15 cm, éparpillées ou en packs. Ce mélange inattendu nous pousse à baptiser cette épave « le cargo mixte », vraisemblablement conçu pour ravitailler les forces de l’Axe en direction de la Libye.

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Des centaines de packs de munitions jonchent le sol.

En explorant la cale, nous découvrons aussi des pneus pour petits véhicules blindés. À la proue, un amas de tôles déformées témoigne d’une possible rencontre avec une mine.

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Les restes d’un véhicule complètement démantelé suite au naufrage.

Fin de l’exploration

Notre exploration touche à sa fin. Nous croisons Fred et Rocco et décidons de remonter ensemble. J’aperçois Rocco, perplexe, devant une bouée orange avec un pavillon de plongée, posée sur le sable. C’est la nôtre ! Je ne peux m’empêcher de rire dans mon recycleur. Fred attache son parachute de palier pour le remonter, tandis que je prépare le mien pour signaler au capitaine que nous sommes prêts à revenir à la surface.

Une fois en haut, nous découvrons que la bouée, fabriquée en plastique dur, était perforée, ce qui a permis à l’eau de s’y infiltrer. Une leçon à retenir : chaque plongeur doit posséder son propre parachute de palier, peu importe la profondeur d’exploration.

Et maintenant, des tanks !

Simone, notre capitaine, nous propose une deuxième plongée à proximité, sur un site qu’il a déjà exploré, en lien direct avec notre précédente épave. Une barge transportant des tanks a fait naufrage après s’être délestée de certains d’entre eux dans une tentative de survie. Malheureusement, elle a aussi sombré, quelques centaines de mètres plus loin. Nous nous apprêtons donc à explorer le « délestage ».

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Le sous-marin nous apparaît, posé sur le fond de sable, à la fois mystérieux et fantomatique.

Exploration des tanks

À 40 mètres de profondeur, la descente est rapide. Au début, je pense que nous nous sommes trompés car je ne vois que de gros blocs, semblant être des rochers éparpillés. Mais mes yeux s’adaptent et je reconnais des roues en acier et des chenilles. Ce sont effectivement des tanks, reposant à l’envers. L’épaisseur de sable a probablement causé le retournement des chars, le poids de la tourelle les ayant enfoncés jusqu’au fond. Nous en trouvons entre 6 et 7, tous recouverts d’algues « barbapapa ».

Au milieu de ce plateau désertique, ces tanks forment des récifs artificiels, attirant de nombreux poissons, notamment de magnifiques corbs. La plongée, bien que rapide, s’avère fascinante, même si nous ne connaissons pas encore l’origine de ces chars. Le site est tellement unique qu’il suffit à nous combler !

L’USS LST-429, transporteur de matériel

Nous découvrons une épave identifiée et documentée par des plongeurs italiens en 2007, et c’est la première fois que nous y retournons depuis.

Les LST (Landing Ship Tank) étaient des navires construits aux États-Unis, certains ayant été cédés à la Royal Navy pour renforcer ses effectifs. Ces navires, conçus pour le débarquement de matériel lourd comme des chars et autres véhicules blindés, se distinguent par leur conception : deux grandes portes à l’avant, une rampe dépliable et une quille plate, permettant d’échouer au plus près des plages ou zones dépourvues de port.

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Fred entrain de se faufiler dans les entrailles du LST.

Les LST ont joué un rôle essentiel lors de l’invasion de la Sicile et de l’Italie, ainsi que durant le débarquement en Normandie en juin 1944. Plus de 1000 de ces navires ont été construits, mesurant environ 100 mètres de long et 15 mètres de large, avec la capacité de transporter jusqu’à 20 chars ou 400 soldats. Après la Seconde Guerre mondiale, certains ont été réutilisés pour d’autres missions militaires, les plus anciens étant définitivement retirés du service en 2002.

Invitation pour l’année prochaine

La carte fournie par Rocco et Simone nous réserve encore de nombreuses surprises. Leur accueil chaleureux et leur partage d’expérience nous incitent à planifier une nouvelle expédition pour l’année prochaine, car tant d’autres épaves restent à découvrir.

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Les plongeurs explorent le kiosque qui subit les assauts du temps.

Une découverte récente

Alors que je finis d’écrire, j’apprends qu’une épave d’avion de la Seconde Guerre mondiale, un Martin A-30 Baltimore, vient d’être découverte près de l’île de Linosa, au nord de Lampedusa. Une aventure supplémentaire pour les passionnés !

Remerciements : Simone d’Ippolito, Rocco Canella, Jean-Louis Maurette, BigBlue Dive Lights, Seac Sub, Emmanuel Tosi.

Cet article, initialement écrit par Marc Langleur pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © Rocco Canella, Frederick Swierczynski, Bruno Gaidanet Marc Langleur.

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