Observer le lent ballet d’une manta est une expérience inoubliable pour les passionnés de la mer. Après des décennies de déclin, ces créatures majestueuses attirent désormais l’attention des ONG et des chercheurs qui s’efforcent de mieux les comprendre et de les protéger des menaces qui pèsent sur elles.

Il y a quelques années, les mantas ont été reclassées : le genre « Manta » a été remplacé par « Mobula ». La Manta birostris, ou manta océanique, et la Manta alfredi, la manta de récif, sont désormais connues sous les noms de Mobula birostris et Mobula alfredi. Bien que cette modification soit importante pour les scientifiques, elle ne change rien à la nature de ces deux espèces fascinantes. La manta océanique peut atteindre près de deux tonnes et dépasser huit mètres d’envergure, tandis que la manta de récif mesure en moyenne trois mètres. Ces dimensions ont inspiré de nombreuses légendes, telles que l’idée que ces raies pourraient chavirer des bateaux ou engloutir des plongeurs.
Comportement pacifique
Malgré leur taille impressionnante, ces majestueuses raies sont pacifiques. Elles se nourrissent principalement de plancton, mais intègrent également de petits poissons et crustacés à leur régime alimentaire. Leur comportement est étonnamment calme : elles filtrent d’énormes quantités d’eau, la bouche ouverte, ce qui peut donner l’impression d’apercevoir l’intérieur de leur corps sur certaines photos. Leurs nageoires céphaliques, aussi appelées « cornes », les aident à diriger la nourriture vers leur grande bouche.
Habitat et répartition

Des récifs au grand large
Les mantas sont présentes dans les zones tropicales où la nourriture est abondante. Les mantas de récif se trouvent près des côtes, souvent sur des stations de nettoyage, pendant que les mantas océaniques se regroupent généralement au large sur des monts sous-marins, parfois en bancs de plusieurs dizaines d’individus. Bien que certaines populations semblent fragmentées, des études montrent que les mantas océaniques peuvent migrer sur des distances allant jusqu’à 1 000 kilomètres. Des observations satellites ont documenté des déplacements entre l’Équateur et le Pérou ainsi qu’entre le Mozambique et l’Afrique du Sud.
Du gris au noir
La plupart des mantas sont grises, avec un ventre pratiquement blanc. Cependant, certains spécimens, notamment parmi les mantas océaniques, peuvent être presque entièrement noirs. Une manta unique, nommée « Inspecteur Clouseau » en raison de sa couleur rose, a été observée et photographiée dans les eaux australiennes. Les scientifiques ont initialement pensé que sa coloration était due à son régime alimentaire, semblable à celui des flamants roses, mais il s’agit en réalité d’une particularité génétique, un cas d’érythrisme.
Mystères des mantas
Des sauts spectaculaires
Les mantas sont également capables de sauter hors de l’eau, mais les raisons de ces sauts sont encore floues. Cela pourrait être lié à leur parade nuptiale, un moyen de se débarrasser de parasites, ou un comportement ludique, semblable à celui des dauphins.

Reproduction lente
Leur reproduction est tout aussi intrigante. Les mantas sont ovovivipares : les œufs éclosent dans le corps de la femelle, qui donne naissance à un jeune mesurant environ 1,20 mètre et pesant jusqu’à 45 kilos. La lenteur de leur reproduction freine leur population : elles atteignent la maturité sexuelle vers dix ans et ne donnent généralement naissance qu’à un petit tous les deux à trois ans. Les pressions de pêche et la raréfaction des habitats peuvent avoir des effets dévastateurs sur les populations locales.
Tourisme responsable
L’éco-tourisme pourrait être crucial pour la protection des mantas. Le commerce mondial de leurs branchies est estimé à plusieurs millions de dollars par an, tandis que les revenus générés par un tourisme durable, basé sur leur présence, pourraient être au moins dix fois plus élevés.
Cartographie
Classe : Chondrichthyens
Sous-classe : Élasmobranches
Ordre : Myliobatiformes
Famille : Myliobatidés
Genre : Mobula
Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Images © Dominique Barray, , Nicolas Barraqué



