La Cornouailles : Un Carrefour Océanique d’Exception
Nichée à l’extrémité sud-ouest du Royaume-Uni, la Cornouailles se révèle être un véritable joyau pour les passionnés de nature et de plongée. Ce territoire unique se situe au point de convergence de trois courants océaniques majeurs, brassant les eaux de l’Atlantique. Cette rencontre spectaculaire entre le Gulf Stream, plus chaud, et les eaux froides de la mer Celtique au nord et de la Manche au sud crée un environnement marin d’une richesse biologique incomparable.
La magie de la Cornouailles réside dans cet équilibre parfait entre une nature sauvage et préservée, des plages à couper le souffle, un héritage historique fascinant et une culture locale vibrante. Chaque année, des millions de visiteurs succombent à son charme. Pour ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, chérissent cette région depuis l’enfance, elle évoque des souvenirs précieux : des bains rafraîchissants dans les piscines naturelles sculptées par les marées, des jeux enivrants dans les vagues, et la douceur des siestes sur le sable doré. Mais au-delà de ces plaisirs terrestres, un univers de merveilles insoupçonnées se déploie sous la surface de l’eau.

Un Littoral Exceptionnel, Deux Visages
La Cornouailles s’enorgueillit de posséder le littoral le plus étendu de Grande-Bretagne, serpentant sur plus de 680 kilomètres. Tel un doigt pointé vers l’immensité de l’océan Atlantique, cette péninsule du sud-ouest offre deux côtes aux caractères bien distincts. La côte nord, directement exposée aux assauts des puissantes houles et aux vents dominants venus de l’Atlantique, est un paradis pour les surfeurs, avides de sensations fortes. À l’opposé, la côte sud, plus abritée, déploie un paysage de criques secrètes et d’estuaires paisibles, offrant un refuge contre les éléments déchaînés.
Cette diversité géologique fascinante ne s’arrête pas au rivage. Elle se prolonge dans les profondeurs marines, sculptant une topographie sous-marine spectaculaire. Sous la surface tranquille se cache une myriade de récifs rocheux, peu profonds et acérés, véritables pièges pour les navires imprudents. Ces dangers naturels, qui ont coûté la vie à de nombreux marins au fil des siècles, ont paradoxalement créé un havre de paix et un sanctuaire pour une multitude de créatures sous-marines.

Au Carrefour des Courants : Un Festin Biologique
La rencontre des courants océaniques en Cornouailles est à l’origine d’une incroyable explosion de vie. Les eaux chaudes du Gulf Stream, en se mêlant aux eaux plus fraîches venues du nord (mer Celtique) et du sud (Manche), engendrent des fronts océaniques d’une productivité exceptionnelle. Ces zones de mélange favorisent la prolifération du phytoplancton, microscopiques algues à la base de la chaîne alimentaire marine.
Ce festin planctonique attire une multitude de petits poissons, proies favorites des espèces plus grandes. Lançons, harengs, maquereaux abondent, devenant à leur tour le repas de choix de prédateurs plus imposants. Dauphins communs, présents par centaines tout au long de l’année, petits rorquals, rorquals communs et baleines à bosse croisent régulièrement dans ces eaux riches. Plus rarement, le géant requin-pèlerin ou même l’impressionnant épaulard peuvent faire une apparition, surtout dans les secteurs les plus à l’ouest.
Chaque recoin de la péninsule de Cornouailles recèle des sites d’une biodiversité stupéfiante, promettant des rencontres sous-marines inoubliables. Cependant, la côte sud, avec ses sites de plongée plus aisément accessibles, semble concentrer la plus grande diversité de vie marine de la région.

Le Royaume des Méduses : Ballet Aquatique Éphémère
Parmi les habitants les plus visibles de ces eaux, les méduses occupent une place de choix. Durant les mois d’été, le réchauffement des eaux favorise l’éclosion du plancton, attirant des nuées de méduses. Ce phénomène saisonnier est un véritable enchantement pour les photographes sous-marins, avides d’immortaliser la diversité des espèces qui évoluent près de la surface.
La méduse boussole ( Chrysaora hysoscella ) est sans conteste l’espèce la plus répandue dans les eaux côtières du sud de la Cornouailles. Facilement reconnaissable à sa cloche translucide ornée de motifs bruns en forme de V évoquant une boussole, elle peut atteindre 30 cm de diamètre, et ses tentacules, près d’un mètre de long. Leurs mouvements pulsatoires lents et gracieux offrent un spectacle fascinant.
La méduse rhizostome ( Rhizostoma pulmo ), bien que moins fréquente ces dernières années, reste présente. Cette géante, pouvant atteindre 1 mètre de diamètre et peser jusqu’à 25 kg, impressionne à chaque rencontre. La méduse bleue (Cyanea lamarckii), autre espèce de belle taille, doit son nom à sa coloration éclatante, oscillant entre le violet et le bleu. Juvénile, elle est incolore et ne révèle sa beauté chromatique qu’à l’âge adulte. Malgré des tentacules relativement courts et peu élaborés, son charme reste intact.
Plus rare dans les eaux britanniques, la méduse de cristal (Aequorea victoria), plus commune sur la côte ouest de l’Amérique du Nord, apparaît de manière aléatoire – parfois en grand nombre, parfois absente. Cette hydrozoaire translucide possède une particularité fascinante : la bioluminescence. Elle émet de faibles lueurs lorsqu’elle est perturbée, ajoutant une touche de magie à l’obscurité des profondeurs.

Baie de Falmouth : Un Équilibre Fragile Entre Industrie et Nature
La baie de Falmouth, située au cœur de la côte sud de la Cornouailles, porte le surnom évocateur de « Porte Atlantique du Royaume-Uni ». Premier et dernier port d’escale majeur pour les navires traversant l’Atlantique par l’ouest, Falmouth possède le troisième port naturel le plus profond au monde. Son activité intense, partagée entre commerce maritime et navigation de plaisance, contraste avec la richesse naturelle insoupçonnée de ses fonds marins. Ce chenal fréquenté abrite un écosystème foisonnant, refuge pour des milliers d’espèces sous-marines. Un équilibre délicat doit être maintenu entre les impératifs économiques de l’activité portuaire et la préservation de cet environnement fragile.
La baie de Falmouth est le point de confluence des rivières Fal et Helford. Cette zone unique est classée Zone Spéciale de Conservation (ZSC) Fal & Helford, désignation européenne visant à protéger sa biodiversité exceptionnelle. Les estuaires de ces deux rivières sont des rias, vallées fluviales submergées formées par la montée des eaux à la fin de la dernière ère glaciaire. L’engloutissement des vallées a créé des habitats subtidaux abrités, propices à la vie marine.

Les parties supérieures des estuaires se caractérisent par des vasières et des bancs de sable, véritables garde-manger pour les oiseaux échassiers, migrateurs ou résidents, qui y trouvent une abondance d’invertébrés marins. Plus au large, dans la baie, une faune marine variée ravit les observateurs. Phoques gris chassant avec agilité, bancs de dauphins communs s’approchant des bateaux, dauphins à gros nez et de Risso plus discrets, et même des marsouins du port peuvent être aperçus.
Les Herbiers de Zostères : Forêts Tropicales Sous-Marines
La vaste baie abritée de Falmouth, avec ses eaux peu profondes et les courants de marée des deux estuaires, offre des conditions environnementales idéales pour le développement d’une faune et d’habitats diversifiés. Ses criques peu profondes et protégées sont particulièrement favorables à la croissance des herbiers de zostères (Zostera marina). Cette espèce végétale, présente dans une grande partie de l’hémisphère nord, est malheureusement en déclin en raison des activités humaines.
Contrairement aux algues, la zostère est une plante marine à fleurs, dotée de véritables racines qui l’ancrent dans le fond marin. Producteur primaire, elle possède de fines feuilles vertes et réalise la photosynthèse, à l’instar des plantes terrestres. Ses racines jouent un rôle crucial dans la stabilisation des sédiments, protégeant les côtes de l’érosion en atténuant l’énergie des vagues. Ces prairies sous-marines constituent également un habitat essentiel pour de nombreuses espèces marines, notamment des poissons d’intérêt commercial comme le cabillaud et le colin, offrant des zones de ponte et de croissance sécurisées pour les juvéniles.

Si les herbiers de zostères sont présents dans plusieurs zones du sud de la Cornouailles, celui situé à l’embouchure de la rivière Helford est l’un des plus sains et des plus accessibles à l’exploration. Plonger dans cet écosystème est une expérience comparable à l’immersion dans une forêt tropicale sous-marine. Les rayons du soleil filtrant à travers les eaux peu profondes illuminent les feuilles de zostères, créant des jeux de lumière irisés. Des bancs de poissons sillonnent cet herbier, se cachant et réapparaissant au gré de leurs déplacements. Nudibranches, anémones, bigorneaux et méduses se fixent sur les feuilles, se nourrissant des organismes qui les colonisent (bryozoaires, hydraires, algues). Raies et requins-chats tachetés (Proscylliidae), trouvent refuge sur le fond, camouflés sous l’épaisse canopée végétale, endroit idéal pour se reposer et déposer leurs œufs. Ce site exceptionnel fait l’objet de mesures de protection pour préserver sa richesse unique.
Les Bancs de Maërl : Trésors de Biodiversité Corallienne
Dans les vallées submergées des estuaires de Fal et Helford, le long des chenaux profonds, se développent des bancs de sable subtidaux abritant un écosystème exceptionnel : les lits de maërl. Le maërl est une algue coralligène vivante, de couleur rose-violette, formant des tapis sous-marins denses et irréguliers.
Cette algue particulière dépose du calcaire dans ses parois cellulaires au cours de sa croissance, constituant ainsi un squelette rigide. Les lits de maërl présentent une structure tridimensionnelle complexe, avec des nodules, des trous et des crevasses offrant un abri idéal pour de nombreux animaux, y compris les juvéniles. Vivant ou mort, le maërl forme un habitat crucial pour une multitude d’espèces, qui peuvent s’y enfouir ou s’accrocher à ses structures dures. Crustacés, requins, étoiles de mer, et espèces commerciales comme les coquilles Saint-Jacques y trouvent refuge, faisant de ces bancs de maërl des hotspots de biodiversité.

La baie de Falmouth abrite l’une des zones de maërl les plus vastes et les plus saines de Grande-Bretagne, voire d’Europe. Matt Slater, responsable de la conservation marine au Cornwall Wildlife Trust, souligne l’importance de ce site : « Nous avons une zone incroyable dans la ZSC de Fal et Helford, très dense, qui commence à l’embouchure de la rivière Fal, au large de Saint-Mawes, et se prolonge dans la baie. Elle se développe depuis des siècles, et on estime que certains lits pourraient avoir jusqu’à quatre mille ans. Ces structures offrent un refuge parfait à de nombreuses espèces d’invertébrés marins, qui servent ensuite de nourriture aux poissons, céphalopodes et crustacés. C’est un habitat très fragile et biodiversifié, extrêmement rare au Royaume-Uni et en Europe. Les plus beaux sites anglais se trouvent ici, dans le Fal et le Helford. »
Les herbiers de zostères et les bancs de maërl, ces deux écosystèmes remarquables, abritent une incroyable diversité de vie, jouant un rôle essentiel pour la santé des océans, la régulation du climat et la pérennité de la pêche. Il est crucial de protéger ces sanctuaires marins pour faire face aux défis du changement climatique, préserver la biodiversité et garantir la sécurité alimentaire. « Une mosaïque d’habitats incroyablement riche existe dans cette région. Sur certains sites, il est possible d’observer, en une courte promenade sur le rivage ou en plongée snorkeling, trois habitats étonnants : herbiers marins, bancs de maërl et forêts de varech. C’est vraiment unique », s’enthousiasme Matt Slater.

Le Récif des Manacles : Sanctuaire Né des Naufrages
Plus à l’ouest, le long de la péninsule de Lizard, se trouve le récif des Manacles. Cet ensemble de rochers largement submergés, même à marée basse, représente un danger invisible pour les navigateurs. Le nom « Manacles », issu du cornique « Meyn Eglos » (« Pierres de l’église »), fait référence au clocher de l’église St Keverne, visible depuis le promontoire. Ce nom funeste prend tout son sens lorsqu’on se souvient que plus d’un millier de vies ont été perdues ici, lors de nombreux naufrages (une centaine de navires), avec 400 victimes enterrées au pied de l’église.
Ironie du sort, ces tragédies ont engendré une nouvelle forme de vie. Si les récifs naturels offrent déjà un abri à la faune et à la flore marines, les épaves, avec leurs trous, fissures et crevasses, sont devenues un aimant pour la biodiversité. Ce secteur est aujourd’hui classé Zone de Conservation Marine (MCZ) des Manacles. Ce site côtier de 3,5 km², s’étendant jusqu’à 2 km au large, combine affleurements rocheux, tombants et récifs, avec des profondeurs variant de 14 à 57 mètres. La vie la plus exubérante se concentre entre 30 mètres et plus, sur les sites de plongée les plus accessibles.
Des plongées dérivantes intéressantes sont possibles à marée basse, car les courants peuvent être violents en raison du flux important dans la Manche. Le récif des Manacles est réputé pour sa faune et sa flore exceptionnelles, fruit de nombreuses études et observations. « Vase Reef », l’un des sites de plongée les plus prisés, est un véritable concentré de vie. Les parois du récif, tapissées d’anémones-bijoux (Corynactis viridis) aux couleurs chatoyantes, offrent un spectacle kaléidoscopique. Ces anémones utilisent leurs tentacules urticants pour capturer de petites proies (crevettes, alevins). Diverses espèces de coraux mous, éloignés cousins des coraux durs tropicaux, sont également présentes. Parmi les gorgones, la gorgone verruqueuse (Eunicella verrucosa), aux couleurs variant du blanc crème au rose saumon, forme de magnifiques éventails marins. Son nom peu engageant fait référence aux calices proéminents de ses polypes.

Alcyons et Labres : Rencontres Hautes en Couleur
L’alcyon atlantique (Alcyonium digitatum), autre organisme apparenté aux coraux, est également présent sur le récif des Manacles, ainsi que sur les tombants et les épaves. Classé « vulnérable » sur la liste rouge mondiale de l’UICN, c’est une espèce protégée. Surnommé « doigts de l’homme mort » en raison de la forme de ses lobes qui évoquent des doigts fantomatiques, il décore le récif de ses colonies blanchâtres ou jaune pâle.
La plupart des plongées aux Manacles sont dédiées à l’observation de cette biodiversité exceptionnelle. Les paysages sous-marins sont magnifiques, dominés par les coralligènes (éponges, anémones, coraux, gorgones). De nombreux poissons multicolores évoluent dans ce décor, parmi lesquels la vieille (Labrus bergylta), ou labre de Ballan, aux couleurs vives, et la vieille coquette (Labrus mixtus), arborant une livrée tropicale. Le mâle de cette dernière espèce, très territorial, n’hésite pas à s’approcher des plongeurs pour tenter de les intimider, offrant ainsi des opportunités photographiques uniques.
La Langouste Européenne : Un Retour Espoir
Les fissures et crevasses du récif abritent des créatures discrètes, dont la langouste européenne (Palinurus elephas), crustacé très prisé. Victime de la surpêche dans les années 1960 et 1970, l’espèce avait quasiment disparu des eaux de Cornouailles. Il est encourageant de constater son lent retour. Les rencontres avec des juvéniles et des adultes sont de plus en plus fréquentes le long du littoral.
Afin de préserver ce fragile regain de population, les plongeurs, qu’ils soient locaux ou de passage, sont invités à ne pas prélever ni déranger les langoustes. Ils peuvent signaler leurs observations au Cornwall Wildlife Trust et partager leurs photos en ligne avec le hashtag #HandsOffOurCrawfish. Les plongeurs peuvent également sensibiliser leurs clubs et skippers pour interdire toute pêche à la langouste lors de leurs sorties. Le retour progressif de la langouste est un signe positif pour la santé des eaux de Cornouailles, et il est essentiel de ne pas compromettre ce succès.
Les eaux du sud de la Cornouailles, d’une richesse et d’une diversité exceptionnelles, abritent des habitats et des espèces d’importance internationale. Cette biodiversité attire et nourrit une vie marine foisonnante. La communauté locale de plongeurs accueille chaleureusement les visiteurs et les usagers de la mer, les appelant au respect de cet environnement fragile, afin que tous puissent profiter de ces merveilles sous-marines, aujourd’hui et pour les générations futures.
Note de la Rédaction : Il est important de ne pas confondre la Cornouaille française, l’un des neuf pays de Bretagne, et les Cornouailles britanniques, comté du Royaume-Uni. Cependant, les habitants des deux territoires sont appelés indifféremment Cornouaillais.
Informations Pratiques pour la Plongée en Cornouailles :
Pour explorer les fonds marins du sud de la Cornouailles, plusieurs centres de plongée de qualité sont à votre disposition. Cornish Dive Centre et Seaways Divers desservent la région de Falmouth. Sur la péninsule de Lizard, Porthkerris Divers propose des plongées depuis le rivage et des sorties en bateau quotidiennes (en saison) vers la MCZ des Manacles et d’autres sites. Le centre dispose également d’un camping.
Contacts :
- Porthkerris Divers : https://porthkerris.com
- Centre de plongée de Cornouailles : www.cornishdiving.co.uk
- Seaways diving : www.seawaysdiving.co.uk
Saison et Conditions de Plongée :
La plongée est possible toute l’année grâce à la nature abritée des sites. La température de l’eau varie de 9 à 10°C en hiver, à 15-19°C en été. La température extérieure estivale oscille entre 16 et 23°C. L’été est généralement plus propice à l’observation de la faune marine, les eaux plus chaudes attirant de nombreuses espèces. L’hiver, la disparition du varech permet d’observer plus facilement les petites espèces récifales.
Équipement Recommandé :
Il est conseillé de porter une combinaison étanche ou une combinaison de plongée de 7 mm minimum, avec bottes, cagoule et gants, tout au long de l’année.
Accès :
Les Cornouailles sont accessibles en avion depuis les aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle, Paris-Orly, Beauvais-Tillé ou Châlons-Vatry. La location d’une voiture est ensuite recommandée pour rejoindre la côte sud, Falmouth ou Porthkerris.
Tarifs Plongée :
À partir de Porthkerris, comptez environ 47 euros pour une plongée en bateau, et 75 euros pour deux plongées. L’affrètement d’un bateau entier pour un club est possible (tarifs sur demande).
Cet article, initialement écrit par Lewis Jefferies pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Images : Lewis Jefferies



