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Moniteurs de plongée en croisière : immersion au cœur des océans

Ahusan, Dylan et Jennifer, trois passionnés de plongée, travaillent comme instructeurs embarqués sur des bateaux de croisière. Chacun d’eux s’engage au quotidien pour offrir une expérience inoubliable aux plongeurs, que ce soit dans l’océan Indien, la mer Rouge ou l’océan Pacifique.

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Le Wisesa : originaire de Biarritz, Gilles Petit a sillonné l’archipel indonésien des Raja Ampat avec son sac à dos. Il est tombé amoureux de l’endroit et s’est dit qu’il lui fallait un bateau pour explorer d’île en île, avec des amis, le plus grand archipel du monde. Le Wisesa est un voilier en bois de 28m.

Souvenirs marquants

Les instructeurs embarqués vivent des moments intenses. Jennifer Gillioz se souvient d’une plongée mémorable à la frontière de l’Érythrée, sur le site de Dahrat Abid. « Un matin, Sébastien (mon collègue et compagnon) est parti à la recherche des requins-marteaux à 40 m, tandis que je restais avec les plongeurs à 25 m. Puis nous avons échangé nos places et la magie s’est produite. Les requins-marteaux ont commencé à remonter. Le groupe était d’un calme incroyable. Ce jour-là, nous étions en harmonie avec les requins ! » raconte-t-elle. Jennifer, instructrice chez Diving Attitude depuis 2016, a vécu deux belles saisons au Soudan en 2018 et 2019.

Originaire du Valais, elle a découvert la plongée en mer Rouge lors de vacances à Hurghada. « J’ai ressenti une fascination immédiate pour le monde marin. À 18 ans, j’ai décidé de m’installer en Égypte », explique-t-elle. Elle a d’abord travaillé au bureau des réservations de Seafari, tout en suivant sa formation de plongeur. Devenue instructrice PADI-SDI, elle a passé deux années à effectuer des sorties à la journée pour gagner en expérience avant de prendre le large. « Les croisières offrent un terrain de jeu élargi avec la possibilité de découvrir de nouvelles espèces et des épaves. Parfois, choisir les sites est un vrai dilemme, car j’aime tout ce que je vois », ajoute Jennifer.

Une attention de chaque instant

Jennifer est l’une des instructeurs qui apportent une touche joyeuse à l’ambiance des croisières. A bord de l’Atlantis, de l’Exocet ou de l’Altaïr, elle connaît bien son équipage, composé de deux à trois moniteurs et de douze membres d’équipage. Le fait de vivre sur le bateau 24 heures sur 24 nécessite un investissement bien plus important que de simplement accueillir des clients sur la terre ferme. « Le samedi, quand les plongeurs montent à bord, ils débordent de joie. C’est le début de leur aventure ! Nous leur faisons sentir qu’ils sont chez eux pendant une semaine. Nous accueillons aussi bien des groupes que des voyageurs solo. Les relations se tissent doucement et il est essentiel d’y aller progressivement. Souvent, c’est seulement à partir du mardi que tout le monde se sent vraiment à l’aise », souligne-t-elle.

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L’instructrice suisse Jennifer Gillioz a découvert la plongée en mer Rouge, et y a toujours travaillé. Ici devant un alcyonaire. © Antoine Vandenkerckhove.

Les instructeurs doivent être attentifs aux moindres signes d’inquiétude, que ce soit d’ordre technique ou personnel. « Si quelqu’un manque à l’appel pour l’apéritif ou le dîner, cela pourrait signifier qu’il ne se sent pas bien », explique Jennifer. Elle se remémore un incident avec une plongeuse prise dans un courant descendant à 40 m. « Sa binôme n’était pas attentive. J’ai dû intervenir lorsque je l’ai trouvée en panne d’air. Le retour à la surface fut très difficile. À un moment donné, j’ai même dû me demander : c’est elle ou moi ? » Finalement, elles sont revenues à bord et ont pris le temps de discuter calmement de l’incident. « L’important, c’est de rester serein. Je lui ai proposé de retourner à l’eau avec moi. Au début, elle était tendue, mais au fil de la semaine, elle a retrouvé sa confiance en elle », se rappelle-t-elle avec satisfaction.

Le défi personnel

Jennifer a su progressivement étoffer ses compétences en plongée technique. Instructrice TDI depuis 2017, elle accompagne des plongeurs jusqu’à 60 m en trimix normoxique. Cependant, elle reconnaît que ce métier peut être épuisant : « Plonger trois fois par jour de mars à décembre, c’est un vrai défi. À 60 ans, je souhaite plonger uniquement pour moi », confie-t-elle. Après quatre semaines de croisière, elle prend une à deux semaines pour se ressourcer, durant lesquelles elle explore des villes comme Le Caire, Alexandrie, et Louxor, et grimpe des sommets comme le mont Sainte-Catherine. Jennifer fait également des retours réguliers en France et en Suisse.

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Dylan Tréguier apprécie son privilège : plonger quotidiennement sur les sites spectaculaires de Raja Ampat. © Francis Bompard

Dylan Tréguier, quant à lui, est moins souvent de retour en Europe. Installé en Indonésie depuis 2017, il travaille depuis 2019 sur le voilier de 4 cabines, Wisesa, appartenant à Gilles Petit et sa femme Ayu. « C’est un véritable choix de vie. J’adore faire des plongées exceptionnelles, mais ma vie sociale en souffre. Je ne vois plus mes amis et je n’ai pas de partenaire. Cette vie en mer n’est pas toujours facile », avoue le moniteur. Initié à la plongée à 16 ans à Brest, Dylan a toujours souhaité devenir professionnel. En raison du coût élevé des formations en France, il a économisé pour participer à un programme de conservation des coraux en Thaïlande. Il a ensuite suivi sa formation professionnelle PADI à Bali et est devenu instructeur à la fin de l’année 2017. « J’ai perfectionné mes compétences avec un excellent instructeur à Nusa Penida. Les conditions peuvent y être ardues, mais c’est une formation inestimable », se souvient-il.

Maîtriser le courant

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A gauche, l’instructeur Dylan Tréguier avec un groupe à bord du navire indonésien Wisesa. © Wisesa

Dylan rêve de travailler sur un bateau pour plonger dans les plus beaux lieux du monde. Toutefois, sans expérience en croisière plongée, il lui était difficile de se faire recruter. Un soir, au bar, il a rencontré un propriétaire de bateau et l’a convaincu de lui faire confiance. « Je me sentais prêt et j’étais un bon plongeur, sociable », précise-t-il. Il a pris le large vers Raja Ampat où il a découvert la faune et les sites. À Cap Kri, il se remémore une plongée face à un fort courant. « Mal préparé, je me suis retrouvé à gérer deux plongeurs américains débutants et un instructeur français. Nous avons tous été emportés par un courant puissant. Accrochés au récif, j’ai demandé à tout le monde de suivre mon ordre d’accrocher et de partir sur notre gauche. Avec l’instructeur français, nous avons subi une descente rapide de -12 à -34 mètres. En gonflant nos gilets, nous avons réussi à rejoindre la surface. Cette expérience a été formatrice et m’a appris à bien gérer les réflexes », raconte-t-il.

Sur le voilier Wisesa, Dylan prend le temps de briefer correctement ses plongeurs, les aidant à améliorer leur aisance et leur confort dans l’eau. « Une croisière permet d’apprendre et de perfectionner sa technique ainsi que sa compréhension de l’environnement marin. Il est crucial d’observer la vie marine et la topographie sous-marine pour anticiper les courants et éviter l’épuisement. Je dis souvent : le courant est comme le vent, il faut connaître les reliefs et utiliser les chemins naturels pour se protéger ».

La communication, un élément clé

Ces compétences permettent aux moniteurs de plonger dans des conditions souvent complexes. « Avec le temps, on réalise que c’est dans le courant que se trouvent les meilleures opportunités d’observation : requins gris, bancs de fusiliers, thons… On assiste à des scènes de chasse spectaculaires », explique Dylan. En Indonésie, le spectacle des coraux et la variété des poissons émerveillent toujours. « Je plonge par passion. Si j’apprécie nos plongées, nos clients apprécieront également », ajoute-t-il.

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Ahusan Shareef : « J’ai toujours rêvé de faire partie de l’océan ». © Thierry Rolland

À bord du Wisesa, comme sur tous les bateaux de croisière, l’équipe doit trouver l’équilibre entre le soin apporté aux clients, les interactions avec eux, et le temps pour soi. Dylan souligne l’importance de la psychologie : « Être attentif aux questions et savoir interpréter les expressions des clients est primordial. Je laisse les couples profiter du soleil sur le pont, tout en m’occupant de ceux qui veulent échanger. Lorsque c’est l’heure de plonger, je me consacre entièrement à chacun d’eux ».

La relation avec les clients est cruciale pour ces instructeurs. Ahusan Shareef, un instructeur maldivien à bord du Seafari Explorer 2 depuis 4 ans, affirme : « La communication est essentielle. Il faut respecter le rythme de chacun tout en maintenant le contact. Les sourires, les souvenirs et la réalisation des rêves de nos plongeurs sont ce qui me motive à faire ce métier ».

Ahusan a également débuté la plongée à 16 ans. Originaire de G.Dh.Hoandedhdhoo, une petite île des Maldives, il a toujours rêvé de vivre en harmonie avec l’océan. Après avoir été capitaine de speedboat et assistant capitaine, il a décidé de se consacrer à la plongée. Malgré le coût élevé de la formation, il a réussi à financer son cours de Dive Master Guide et a postulé pour une bourse gouvernementale pour devenir instructeur PADI en 2021.

De belles surprises

Ayant travaillé sur plusieurs îles et dans des centres de plongée, Ahusan préfère la vie en mer. « Naviguer vers de nouveaux endroits est captivant. Chaque jour offre un nouveau décor et une nouvelle plongée. Je me souviens d’une croisière pendant laquelle nous avons vu de nombreuses mantas et même trois requins-baleines ensemble », dit-il. Son site préféré, Rangali Madivaru, est réputé pour ses stations de nettoyage pour les mantas. Un matin, un grand requin-marteau a nagé juste devant lui et ses plongeurs : « Une belle surprise ! »

Les Maldives, avec leurs nombreuses surprises, ne cessent d’émerveiller. Ahusan se rappelle d’un client qui n’avait jamais vu de manta ni de requin-baleine auparavant. « Nous avons eu la chance d’observer ces créatures ensemble, c’était une expérience inoubliable pour lui », sourit-il.

Ahusan fait partie d’une équipe de 4 guides pour 24 plongeurs et non-plongeurs. Il fait face à des situations délicates quand certains clients montrent des signes d’insatisfaction. « Nous anticipons en début de croisière en expliquant les attentes. La nature n’est pas toujours parfaite, mais nous devons accepter ce que l’on offre », explique-t-il.

La saison de plongée commence en septembre, alors que les raies mantas et les requins-baleines affluent pour se nourrir des courants. Le Seafari Explorer 2 navigue dans le nord, puis au centre des Maldives, avant de se rendre dans le sud de janvier à mars, et retourner au centre fin mai. Ahusan profite de sa journée de congé pour se rendre à Malé, où il retrouve sa famille, et passe son été sur son île natale.

Sécurité en croisière

Sur certains itinéraires éloignés, les secours en mer peuvent être limités. Un accident grave, que ce soit à bord ou en plongée, nécessite un retour à terre ou une déviation vers l’île la plus proche, ce qui peut perturber le déroulement de la croisière. Le renouvellement des autorisations pour sortir en mer peut également prendre du temps.

Les instructeurs sont donc particulièrement vigilants lors de la première plongée d’adaptation. Ils identifient rapidement ceux qui sont à l’aise et indépendants, ainsi que ceux qui nécessitent plus de soutien. Les accidents de plongée sont la grande inquiétude des professionnels, qui disposent d’oxygène à bord et connaissent l’emplacement du caisson hyperbare le plus proche.

Par ailleurs, en raison de l’eau salée, la vigilance doit être accrue pour éviter les infections. Il est également essentiel d’être prudent à bord, car une chute ou une brûlure peut nécessiter un retour à terre.

Et voici leurs 2e maisons…

L’Altaïr

L’Altaïr, le troisième bateau de Diving Attitude, a mis les voiles en novembre 2022. Avec ses 46 m de long, il propose 13 cabines pour accueillir un maximum de 26 plongeurs dans un confort optimal, incluant trois compresseurs, deux zodiacs et un jacuzzi sur le pont arrière. Son nom fait référence à une étoile de la constellation de l’Aigle, et c’est également le nom du voilier de l’aventurier Henry de Monfreid qui a navigué en mer Rouge.
Découvrir l’Altaïr

Le Wisesa

Le Wisesa, un voilier en bois de 28 m, a été conçu pour naviguer à travers l’archipel des Raja Ampat. Propriété de Gilles Petit, il peut accueillir 6 à 8 plongeurs dans ses 4 cabines. Après avoir été amoureux de la région, il a décidé de créer ce bateau pour explorer l’un des plus grands archipels du monde. Le nom Wisesa signifie en hindou « le pouvoir de la nature », choisi par un prêtre à la demande d’Ayu, son épouse balinaise.
Exploration du Wisesa

Le Seafari Explorer 2

Le Seafari Explorer 2, long de 43 m, est un bateau de croisière plongée spacieux qui peut accueillir jusqu’à 24 plongeurs dans 14 cabines. Ses espaces de vie sont organisés sur trois ponts, et un deck avec jacuzzi permet de se détendre tout en étant entouré par la mer. L’Explorer 2 dispose également d’un deuxième bateau dédié à la plongée, équipé de trois compresseurs pour le nitrox.
À bord du Seafari Explorer 2

Cet article, initialement écrit par Alexie Valois pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Image d’ouverture © Dominique Barray

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