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Photographie sous-marine : ces apnéistes qui capturent la beauté des océans

Avec un matériel léger et facilement maniable, les apnéistes offrent une vision innovante de la photographie. En quête de spontanéité, ils capturent des images qui transmettent une proximité unique avec la nature, révélant la beauté des océans, des lacs et des rivières. Voici trois apnéistes passionnés qui partagent leur vision.

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Rencontre du troisième type avec un béluga curieux dans les eaux glacées de l’Antarctique. © Fred Buyle.

Alex Voyer, le passionné

« Mon parcours est assez simple », raconte Alex avec une douceur caractéristique. « J’ai commencé l’apnée l’été, depuis la plage. » En 2006, il découvre des clubs parisiens tels qu’Apnée Passion. « C’était incroyable ! » En 2008, il devient initiateur, puis moniteur et s’engage dans le milieu associatif pour promouvoir cette discipline émergente.

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Côtoyer les requins, entre peur et administration, sans jamais perdre de vue la pression exercée par des visites,nhumaines trop répétées. © Fred Buyle.

Coup de foudre avec palmes

« En 2011, j’ai rencontré mon amoureuse », poursuit-il. Ensemble, ils explorent les merveilles du monde en apnée. D’une expédition en Antarctique en 2013 à Guadalupe pour le marquage de grands requins blancs, Alex noue des amitiés, notamment avec Fred Buyle, également apnéiste et photographe. « Nous avons partagé de nombreuses aventures, dont plusieurs voyages à Guadalupe… et quelques bêtises ! »

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Seul, dans l’immensité des océans. © Alex Voyer.

En tant qu’ingénieur du son, Alex travaille sur le documentaire La vie sans air (disponible sur YouTube) avec Jean-François Julian. « Un soir, en allant prendre l’apéritif chez lui, je lui ai demandé de me prêter un appareil photo, car nous partions à l’île Maurice quelques jours plus tard. » Jean-François lui prête son matériel, ce qui lui permet de photographier ses premiers cachalots et requins.

Aujourd’hui, il vit huit mois par an sur son voilier, Diatomée, parcourant le monde pour capturer des paysages époustouflants. Son approche naturaliste de la photographie l’incite à s’interroger : les plongeurs avec bouteilles semblent plus curieux de leur environnement, alors qu’en apnée… « C’est préoccupant, estime-t-il. Beaucoup d’apnéistes sont détachés de leur milieu, se contentant de suivre un câble ou de plonger en piscine. » Il regrette que certains ne fassent pas la différence entre une girelle et un mérou en raison d’un manque d’éducation accessible.

Pour Alex, l’apnée est devenue un outil d’exploration. Des cénotes au Mexique aux Bahamas, en passant par Tahiti, il rencontre les animaux marins avec émerveillement.

L’impact comme cas de conscience

Cependant, un constat l’attriste : les sites naturels où il réalise ses clichés sont souvent envahis par des influenceurs mal informés. « C’est un plaisir égoïste ! », s’exclame-t-il. « Récemment, un apnéiste m’a dit vouloir reproduire la photo d’un léopard de mer prise par Guillaume Néry, sans envisager de prendre même une semaine de vacances pour y parvenir. Pour lui, c’était normal d’y aller pour quelques heures… Nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. »

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Un apnéiste dans l’oeil du cyclone. En réponse à une présence inconnue, le banc de poissons se resserre pour adopter une formation baptisée « fait ball » (« boule d’appât). Cette stratégie possède l’avantage de faciliter la communication entre les individus du groupe et permet de semer la confusion chez les prédateurs. © Alex Voyer

Pour Alex, la promotion d’un tourisme responsable est essentielle. En tant que photographe, il se sent responsable de l’impact de ses images. Cela l’a même conduit à des dilemmes moraux : « J’ai vendu une série de photos à l’office de tourisme de Tahiti. J’étais ravi, mais une heure après, j’ai réalisé que je faisais le contraire de ce que je prônais. Ça m’a beaucoup troublé. »

Pour lui, les photographes ont un impact significatif, car beaucoup d’apnéistes, influencés par ces images, souhaitent explorer des lieux préservés. « C’est une initiative louable, mais ce n’est pas la solution. »

Alex admet ne pas être exempt de contradictions : « J’ai expérimenté ce que je condamne ! Cependant, je pense qu’il est crucial de promouvoir des valeurs qui nous tiennent à cœur. »

Voir la beauté partout

« Il faut trouver et apprécier la beauté en tout, être conscient de l’impact de nos images ! Beaucoup de photographes prétendent que leurs photos incitent à protéger les animaux… Je trouve cela malhonnête. J’essaie de m’en distancier. » Pour lui, l’apnée est d’abord une passion, et non un moyen de sauver la faune sauvage. « J’enfonce peut-être des portes ouvertes, mais je ne souhaite pas justifier écologiquement mes photos. »

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Dans un lac de montagne, là où l’eau et la glace se côtoient, Rémi découvre des merveilles encore inconnues, en tête à tête avec son appareil photo. © Rémi Masson.

Il insiste sur la responsabilité de chacun concernant les lieux fréquentés. « Nous avons tous nos contradictions, mais si nous aimons la nature, certaines pratiques entraînent une dissonance cognitive. » Chaque rencontre sous l’eau est précieuse, de près ou de loin. « Je me sens privilégié d’avoir vécu de telles expériences. La beauté est partout ! »

Fred Buyle, le perfectionniste

« J’ai toujours eu soif de découvrir ce qu’il y avait sous la surface », se remémore Fred. Enfant, il passe du temps sur l’eau, naviguant avec ses parents. L’apnée est une constante de sa vie, autour de laquelle il a sculpté sa carrière. Dans les années 90, il contribue à la création et au développement de la fédération AIDA, avec Claude Chapuis et Umberto Pelizzari. « À l’époque, pas de portable ni d’internet. Nous nous rencontrions une ou deux fois par an, puis communiquions par fax. »

La photo pour explorer le monde

Après dix ans de compétitions, Fred acquiert son premier appareil photo avec caisson en 2002 pour immortaliser ses souvenirs. Plutôt que de ressentir le vide qui suit souvent la carrière d’un athlète, il se laisse guider naturellement vers la photographie. Rapidement, les magazines s’arrachent ses photos. « J’étais le seul photographe en apnée, avec une perspective unique d’athlète. »

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Un apnéiste peut mieux qu’un autre retranscrire leur beauté et leur fragilité. Ici, un cachalot se laisseapprivoiser, en douceur et dans le plus grands des respects. © Alex Voyer.

Plus tard, il s’intéresse à la faune et collabore avec des scientifiques. « Je documente leur travail et raconte leurs histoires. Je suis devenu un lien entre scientifiques et animaux. » Ses compétences en apnée lui permettent de réaliser des opérations précises, comme le marquage de requins blancs. C’est ainsi qu’il fait la connaissance d’Alex Voyer : « Nous partageons une approche similaire : explorer, découvrir et documenter. Ce qui me fascine, c’est sa tranquillité ! »

Prendre garde au contexte

Leur partenariat leur permet de capturer des images inédites d’apnéistes avec les requins blancs. « À ce moment, souligne Fred, il faut être attentif au narratif : une image peut rapidement être décontextualisée. » C’est pourquoi il refuse de collaborer avec des agences de presse, préservant ainsi le contrôle sur ses œuvres. « Je ne veux pas tomber dans le cliché, mais garder la maîtrise des récits associés à mes photos. »

Depuis dix ans, Fred a cessé d’organiser des voyages de groupe, ayant remarqué un changement de tendance. « Les voyageurs veulent cocher des cases sans se soucier de leur impact. » Un exemple ? Un instructeur a sollicité Fred pour un voyage de plongée avec les grands requins blancs, demandant des documents à plastifier pour son groupe. « J’ai halluciné. »

Rémi Masson, en eau douce

Rémi, originaire d’Annecy, débute sa plongée dans le lac d’Annecy. Pour lui, l’apnée est plus une approche qu’une discipline. Ce qui l’attire, c’est l’exploration : « Découvrir des lieux inexplorés ! » Des lacs de montagne aux rivières, il photographie l’eau douce. « Dans les Alpes, il y a tant de terrains à explorer. Mes premières plongées m’ont révélé un monde riche, avec de grands herbiers et des brochets. »

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Sous la glace, c’est tout un monde qui s’offre à l’objectif de Rémi : les formes, les couleurs, les sons, rien n’est plus pareil, d’autant que le souffle est court dans ces conditions extrêmes. © Rémi Masson

Après des études en biologie, il s’oriente vers la photographie pour capturer ses immersions. Comme Fred, ses photographies le rapprochent du monde scientifique. « J’ai observé des rassemblements de silures dans le Rhône. Les pêcheurs n’avaient que des témoignages. J’ai voulu approfondir, et maintenant, je collabore avec Frédéric Santoul, expert des silures. »

Clair comme de l’eau de roche

L’eau douce étant souvent trouble, Rémi privilégie les lacs de haute montagne pour leur clarté. « À 2500 mètres, il y a encore plusieurs mètres de glace en juillet. J’utilise des trous naturels pour plonger. » Influencé par son père, il pratique aussi la spéléologie. « J’explore les siphons, un monde minéral sans vie, mais avec des paysages à couper le souffle. »

En tant que conseiller et intervenant, il révèle les trésors cachés des eaux douces. « Au-delà de l’utilité de l’eau douce, il y a tant de merveilles à découvrir. » Avec deux décennies de photographie, Rémi continue d’être surpris par chaque nouvelle découverte.

Voyage intérieur

Bien qu’il ait voyagé en Méditerranée et en Malaisie, ces destinations ne le passionnent pas autant. « Je cherche l’adrénaline et la sensation d’être dans un monde à part. Voyager me fait perdre ce sentiment d’inconnu, car je sais que d’autres y sont déjà passés, ce qui me rend plus touriste. »

Il préfère plonger seul, une pratique introspective et sécurisée. « Je dois me concentrer sur moi-même. Je suis en pleine maîtrise de mes capacités et de mes limites, même si je prends plaisir à plonger avec d’autres lors de documentaires. » Et il conclut : « Les eaux douces manquent de la clarté des océans, mais ce mystère leur confère tout leur charme. »

À mettre en marge

Rémi consacre des années à un ouvrage sur les lacs sauvages de son enfance, au-delà de leur image de carte postale. Pour plus d’infos, rendez-vous sur www.remimasson.com ou sur la page Ulule « Grands lacs alpins, le livre”. Sortie prévue cet automne.

Mers, océans, lacs, rivières… L’apnée dévoile un monde fascinant à travers des clichés stupéfiants. Partager ces images avec conscience peut émerveiller et inspirer, à condition de prendre en compte son impact pour ne pas nuire à la nature.


Encadré

5ème édition des Rencontres de l’image sous-marine en apnée

La 5ème édition des Rencontres de l’image sous-marine en apnée se tiendra les 15, 16 et 17 septembre prochain. Un événement convivial pour rassembler photographes, modèles et grand public. Les partenaires présents incluent Beuchat, Photo Denfert, O2 Vie, ainsi que la mairie et l’office du tourisme de Saint-Cyr-sur-Mer.

Au programme :

  • Sorties photo le vendredi soir au coucher de soleil et le samedi matin.
  • Exploration le dimanche.

Info pratique :
Rendez-vous à Saint-Cyr-sur-Mer dans le Var, au club Omniblue Freedive de Sylvain Bes. Entrée libre en fin d’après-midi, avec la projection des clichés des éditions précédentes autour d’un apéritif. Pour les photographes et les modèles, adressez votre demande d’inscription à contact@omnibluefreedive.com. Une participation de 45€ sera demandée.


Cet article, initialement écrit par Marine Jacq-Pietri pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © Rémi Masson, Alex Voyer

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