Plonger pour sensibiliser : les festivals d’images sous-marines au cœur de la protection des océans
Ils sont plongeurs, photographes ou simples passionnés, et ont tous une ambition commune : dévoiler la beauté et la fragilité du monde sous-marin pour mieux le préserver. À travers leurs festivals dédiés à l’image et au film sous-marins, Pauline, Patrick et Yann œuvrent chaque année pour sensibiliser le plus grand nombre. Découvrez les motivations et les engagements de ces organisateurs bénévoles qui font rayonner la mer auprès des jeunes et des moins jeunes.

La magie de la découverte pour les jeunes générations
« Dans l’obscurité, quand démarrent les projections des films sous-marins, les cris de surprise et de joie des enfants sont notre plus belle récompense », confie Pauline de Coulon, directrice de Festisub à Neuchâtel, en Suisse. En mars 2019, le festival accueille 400 enfants lors d’une projection matinale qui fait salle comble. Pour les bénévoles qui œuvrent toute l’année à l’organisation de l’événement, voir la magie opérer dans les yeux des plus jeunes est une véritable réussite. Cet émerveillement instantané marque durablement les esprits et fait germer la graine du respect de l’environnement marin.
De son côté, Yann Valton, président du festival Galathéa à Hyères (Var), insiste : « Notre rôle pédagogique est le fondement du festival. Notre objectif est de faire connaître afin que le public se sente concerné et ait envie de protéger. Les enfants, avec moins de certitudes que les adultes, sont plus réceptifs et expriment sans retenue leur enthousiasme. » Il se rappelle le bruit enthousiasmant de 400 écoliers lors de la première édition en 2016 : « Leur énergie communicative nous a porté toute la journée ! ».

Galathéa, un festival au service des écoles
Le festival international du monde marin de Hyères consacre deux de ses quatre journées exclusivement à l’accueil des classes primaires et secondaires. Les élèves assistent à des projections, des conférences spécialement conçues pour eux, découvrent des expositions et visitent des stands associatifs. Les enseignants animent même un concours de dessins dont les lauréats sont valorisés chaque année. En 2019, Galathéa a accueilli pas moins de 1 200 élèves : un succès prometteur pour sensibiliser durablement les futurs citoyens à la protection du milieu marin.
Yann Valton souhaite d’ailleurs aller encore plus loin et accompagner les écoles tout au long de l’année dans leur découverte de l’océan.
Des festivals portés par la passion, pas par la profession
Pour Patrick Bourgès, président d’Embarquatreb à Trébeurden (Côtes d’Armor), l’enjeu éducatif est également central. Il lance un appel : il recherche un référent scolaire pour que les enfants de la région profitent un maximum du festival international du film et de l’image des mondes sous-marins. Président bénévole depuis quatre ans, Patrick a su maintenir l’édition 2020 malgré la crise sanitaire : « Nous sommes passés entre les gouttes », plaisante-t-il.
À l’automne dernier, une dizaine de collégiens a relevé le « Challenge jeunes 10-13 ans » : réaliser une vidéo avec le soutien de la réalisatrice Julie Grossetête. Grâce au Centre d’activité de plongée (CAP), ils ont eu accès à des films, des rushs et des photos pour composer de courts-métrages, sur du matériel informatique fourni par la mairie. « Chacun a raconté une histoire différente à partir des mêmes images. Nous avons tout projeté sur grand écran. »
Même si ce n’est pas leur métier, Pauline, Yann et Patrick se mobilisent corps et âme pour ces rendez-vous publics. Plongeurs, hydrobiologistes, photographes ou vidéastes, ces passionnés consacrent bénévolement de nombreuses heures à la promotion des mondes sous-marins.

Pauline de Coulon : la science et la passion au service de Festisub
Hydrobiologiste suisse, Pauline travaille à la surveillance et la protection des milieux aquatiques. Elle plonge au lac chaque semaine, et en Méditerranée à Mandelieu, au Port de la Rague. « J’ai découvert Festisub il y a huit ans et j’ai tout de suite voulu m’investir dans la préservation des milieux aquatiques », explique-t-elle. Depuis sept ans, elle siège au comité organisateur aux côtés de Michael Frascotti, président fondateur et directeur du Centre de loisirs de Neuchâtel, et de Yoann Jaquet avec qui elle codirige le festival. L’équipe compte onze membres issus de la plongée comme de la photographie.

Le pilier invisible : les bénévoles
« C’est un travail considérable, surtout en bénévolat », remarque Pauline. Codiriger le festival, c’est s’assurer que chaque responsable de secteur respecte le calendrier, gérer les imprévus de dernière minute – comme remplacer un technicien au pied levé, parfois. Pauline et son équipe soignent aussi les partenariats avec sponsors et bénévoles : « Ils sont une soixantaine, fidèles et motivés, mais il est difficile de recruter plus de monde ».
À Hyères, sur les quatre jours de Galathéa, pas moins de 70 bénévoles s’impliquent ; une quinzaine œuvre à l’organisation toute l’année. « Pendant le festival, des petits bugs surviennent. Il faut gérer l’essentiel pour ne pas s’épuiser, » détaille Yann. Répartir les tâches selon les affinités – accueil ou technique – est fondamental.
Yann Valton, ancien contrôleur aérien de la Marine Nationale et aujourd’hui photographe, cadreur et monteur subaquatique, préside l’association Galathéa avec Michel Hurteau à la direction. Né de la volonté de trois associations – 2000 Regards sous la Mer, Déclic Bleu Méditerranée et Arevpam –, Galathéa perpétue l’esprit convivial et associatif inspiré par Daniel Mercier, pionnier des festivals de l’image sous-marine à Antibes. « Nous voulons offrir de la visibilité aux actions positives menées pour la mer par les citoyens et institutions comme le Parc national de Port-Cros ou le Conservatoire du Littoral. »

La Bretagne aussi fait vibrer les images sous-marines
À 1 300 km de Hyères, sur la côte bretonne, Patrick Bourgès plonge depuis 50 ans. « Ma passion : faire découvrir nos merveilleux spots », affirme-t-il. Membre actif du Centre d’activité de plongée de Trébeurden, il a grandi en voyant la mer polluée par les marées noires : « J’ai vécu la catastrophe du Torrey Canyon en 1967, avec 120 000 tonnes de cru pétrole. J’ai vu tous les herbiers disparaître…».
Devenu expert dans la construction bois et la lutte contre les polluants, Patrick accepte en 2016 de présider Embarquatreb, un collectif qui rassemble le CAP, le Yachting Club, l’École de voile, la Société Nationale de Sauvetage en Mer, et la mairie de Trébeurden. C’est le seul festival de l’image sous-marine sur la façade ouest, de Dunkerque à Biarritz !
« Même à Trébeurden, village de 3 600 habitants, la fête de la mer rassemble chaque été, et le festival se déroule lors du premier week-end des vacances d’automne. Mon bonheur, c’est de voir des non-plongeurs s’émerveiller devant la vie marine sur grand écran. » Patrick se souvient d’une famille qui, sortant d’une projection, s’exclamait : « On se sent tellement bien après ce moment hors du temps ! ».
Durant ces trois journées, une trentaine de bénévoles anime l’événement qui aborde aussi la pêche, la pollution côtière ou les opérations de sauvetage. En 2019, la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) de la région a perdu trois hommes en intervention et l’édition suivante leur a été dédiée. « Au fond, tous les usagers de la mer — plongeurs, plaisanciers ou pêcheurs – sont concernés. »

Des émotions pour mieux sensibiliser
À Neuchâtel, Festisub attire chaque année un public fidèle. En 2019, une vingtaine de films suisses et étrangers ont été à l’affiche, allant des documentaires animaliers aux œuvres plus créatives. Le caméraman Didier Noirot, compagnon du Commandant Cousteau pendant douze ans, était l’invité d’honneur : « Un immense privilège après dix ans de tentatives ! », se félicite Yoann Jaquet, codirecteur du festival.
Dans le hall, les visiteurs ont pu admirer des expositions photo, rencontrer des auteurs et explorer les stands associatifs. « Festisub permet de tisser des liens avec des photographes, réalisateurs, connus ou émergents. Montrer un film en avant-première sur les sources du Rhin a provoqué beaucoup d’émotions. Sans émotion, les informations passent moins bien », souligne Pauline.

La résilience des festivals face à la crise sanitaire
La crise sanitaire a contraint Galathéa à annuler l’édition physique 2020. Les projections n’ont pas eu lieu au Forum du Casino de Hyères, privé de ses 9 000 visiteurs annuels, de ses stands et de ses écrans géants. L’équipe a relevé le défi en proposant des expositions photographiques en plein air et en mettant en ligne une sélection de 12 films : 4 500 visionnages en un week-end, un public élargi par le numérique ! Cette expérience pourrait être renouvelée à l’avenir, offrant à tous la possibilité de participer où qu’ils soient.
En 2021, Festisub proposera également une formule inédite, et la prochaine édition d’Embarquatreb mettra à l’honneur l’apnée extrême.
Pour découvrir les dates, les liens des festivals :
- Galathéa : https://festival-galathea.com/
- Festisub : https://festisub.ch/
- Embarquatreb : http://www.embarqueatreb.fr/
Conclusion : Éveiller les consciences pour l’avenir de l’océan
Ancrés localement mais ouverts au monde, ces festivals d’images sous-marines démontrent que l’émotion, la pédagogie et le plaisir de la découverte sont les meilleurs leviers pour mobiliser une nouvelle génération d’ambassadeurs et de protecteurs de la mer. Grâce à l’implication de leurs bénévoles et organisateurs passionnés, Pauline, Patrick et Yann bâtissent des ponts entre deux mondes pour la cause du vivant marin.
Cet article, initialement écrit par Alex



