Septentrion Environnement, c’est une aventure humaine et scientifique unique, immortalisée par Isabelle Croizeau et magnifiée par les photos de Septentrion Environnement, DAKO film, Morgan Bourc’his, et Alexis Rosenfeld. Plus qu’un simple organisme, c’est un carrefour où la recherche pointue rencontre le partage des connaissances, une alliance rare qui en fait un acteur incontournable de la biologie marine.

Véritable laboratoire, centre de formation, plateforme d’observation en sciences participatives et école de plongée éco-responsable, Septentrion Environnement déploie un éventail de compétences qui enrichit son approche et lui confère une place à part dans le monde de l’environnement marin.
Un bateau, symbole d’une philosophie
Leur chalutier emblématique résume à lui seul l’esprit de Septentrion Environnement : un lieu d’échange, de découverte, d’enthousiasme, servant de support à la recherche et à l’ouverture vers le grand public. L’histoire de l’association est intimement liée à la soif de savoir des plongeurs amateurs.

À la fin de leurs études, Olivier Bianchimani, biologiste et actuel directeur, et Marc Garel, ingénieur en océanographie microbienne et président de l’association, tous deux moniteurs de plongée, constatent un intérêt croissant pour la connaissance du milieu marin.
« Je voyais bien que de plus en plus de plongeurs étaient demandeurs pour en apprendre davantage, » se souvient Olivier. Ils initient alors une démarche de science participative avant l’heure, jetant les bases d’une structure associative.
Au commencement, chacun conserve son emploi, œuvrant bénévolement pour l’association. Solène Basthard-Bogain, aujourd’hui directrice adjointe, travaille dans le secteur des pêches. Olivier Bianchimani reste au CNRS, tout comme d’autres membres fondateurs. En 2012, Olivier devient le premier salarié, marquant une étape cruciale.

Parallèlement, les contrats se multiplient et l’association se mue en bureau d’expertises naturalistes. « Au fil du temps, nous avons acquis de nouvelles compétences, mais nous n’avons jamais renié notre spécificité initiale, » souligne Olivier. Le bouche-à-oreille fonctionne, et ce modèle original, alliant recherche et pédagogie, devient leur marque de fabrique.
« Nous avons dû faire nos preuves, » admet Solène Basthard-Bogain, membre de l’équipe depuis 2009 et salariée depuis 2013. « Montrer que nous étions avant tout des scientifiques, tout en accordant une large place au partage des connaissances et à la formation. »
Une plateforme ouverte sur le monde
« Nous avons vraiment voulu rester une plateforme ouverte, » insiste Solène, « en continuant à allier acquisition de données scientifiques, sensibilisation et formation, ce qui est toujours notre moteur. » Aujourd’hui, une dizaine de personnes font vivre la structure, couvrant tous les domaines, des programmes de recherche à l’école de plongée.

La polyvalence, clé de voûte de l’organisation
« Le secret pour faire fonctionner une si petite structure avec plusieurs pôles, c’est d’être tous extrêmement polyvalents, » explique Solène. Une semaine type peut la voir mener des expérimentations sur le terrain, encadrer des plongeurs explorant les sites marseillais, gérer des contrats de partenariat ou donner une conférence sur le milieu marin dans un lycée.
Cette polyvalence est à la fois une nécessité et une philosophie de travail qui soude l’équipe. « Nous sommes toujours en renfort les uns des autres, » résume Solène.

Chaque membre possède des compétences spécifiques. Sarah Habbi assure le suivi administratif et financier et le conseil juridique. Vincent Blondeaux gère la logistique et les équipements, participant à la préparation des missions. Olivier, en tant que directeur, supervise les opérations sur le terrain, tout en conservant son rôle de moniteur.
Adrien Cheminée, enseignant-chercheur, coordonne les études des habitats côtiers (herbiers, zones rocheuses, coralligène) et leurs populations de poissons. Il met en place les protocoles scientifiques et encadre deux thèses : l’une sur la complexité architecturale et les poissons, menée par Tiffany Monfort, et l’autre sur l’impact du changement climatique sur les nurseries de poissons. Responsable des pôles scientifique et formation, il jongle constamment entre recherche et enseignement.
Exploration et préservation : les axes de recherche
L’équipe concentre ses recherches sur le coralligène, les récifs rocheux et les populations de poissons, réalisant des suivis et évaluant les transformations sur des sites témoins. Chaque année, près de 150 sorties sont organisées, suivies d’un travail de modélisation intensif, réalisé par Justine Richaume et Giulia Gatti.
La photogrammétrie, technique de modélisation 3D à partir de photos, est largement utilisée pour reconstituer avec précision les sites et suivre leur évolution dans le temps. Des expériences novatrices, comme la transplantation de gorgones et de corail rouge dans le cadre du programme TRANSCOR, soutenu par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, sont également menées avec Tristan Estaque.

Septentrion Environnement met aussi son expertise au service d’autres structures. « Après 15 années d’existence, notre travail est reconnu, sur le terrain et en matière de traitement des données, » explique Olivier Bianchimani. « Nous collaborons avec l’Ifremer de Sète, l’Université de Montpellier et l’IRD sur les peuplements de gorgones à grande profondeur. »
« Plus qu’un bureau d’étude, nous sommes devenus un institut de formation et de recherche privé, collaborant avec des instances nationales et internationales, » conclut-il. L’association participe également à des missions du WWF-France en Méditerranée, apportant son expertise en écologie des aires marines protégées et en plongée scientifique.
Une école de plongée engagée
L’école de plongée de Septentrion Environnement, tout en délivrant les certifications classiques, est résolument tournée vers la formation en environnement marin. « Plus de 50% des adhérents viennent dès le départ dans l’esprit des sciences participatives, » précise la directrice adjointe, illustrant l’encadré POLARIS.

Avec environ 1500 plongées par an, l’école reste modeste mais constitue un support essentiel aux formations environnementales, tout en étant ouverte à tous dès 8 ans. Le responsable de l’école assure les formations en semaine, épaulé par d’autres encadrants le week-end et par les membres de l’équipe selon les besoins.
La médiation, un pilier essentiel
La médiation environnementale est au cœur des activités de Septentrion Environnement. « Par exemple, nous intervenons dans le cadre des Aires marines éducatives (AME), » explique Solène Basthard-Bogain, un programme de l’Office français de la biodiversité (OFB) qui implique des élèves dans la gestion participative du littoral.

« Nous apprenons à ces jeunes gestionnaires à observer et à réaliser leurs premiers relevés sous-marins, » ajoute Solène. Lors du congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille, l’association a proposé des visites virtuelles en 3D de sites marins emblématiques (épaves, grottes), fruit de leur travail de modélisation.
Des conférences et des directs sous-marins (visites guidées en direct commentées par un plongeur-animateur) sont organisés ponctuellement, à la demande de collectivités ou de structures privées.
Quel que soit le domaine d’activité, la science est omniprésente, mais elle doit rester un univers partagé et accessible.
Encadré 1: Un pôle formation pour les métiers de demain
Adrien Cheminée, enseignant-chercheur, pilote les formations proposées aux étudiants en Licence et Master d’océanographie (Aix-Marseille Université) et aux lycéens en bac pro « Gestion des milieux naturels et de la faune, spécialisation mer et littoral » au lycée agricole des Calanques.
« Le lycée nous a sollicités en 2017 lors de la création de cette formation unique à Marseille, » précise Adrien. Lucie Nunez, doctorante et enseignante, assure des cours d’écologie marine et une formation de terrain incluant une initiation à la plongée (niveau 1). Les bureaux de Septentrion Environnement sont situés sur le campus du lycée.

En 2019, le Campus Nature Provence a impulsé la création d’un BTS « Gestion et protection des milieux marins (GPMM) », complété par une troisième année de Bachelor, en continuité du bac pro. « C’est le seul BTS réellement orienté vers la gestion et la protection des milieux marins, » souligne Adrien Cheminée.
L’objectif est de former des techniciens et chefs d’équipe opérationnels dans le suivi et la gestion du littoral et du milieu marin, capables de réaliser des suivis écologiques, de mettre en place des aménagements (mouillages vertueux) et d’animer des territoires en sensibilisant et en fédérant les acteurs. Les premiers étudiants ont intégré la formation cette année et obtiendront, en plus de leur diplôme, les certificats de plongée professionnelle et de pilote de drone. L’adresse du site est www.epl.valabre.educagri.fr/.
L’association propose également des formations sur mesure aux professionnels de la protection marine (MEDPAN, Parc national des Calanques), axées sur une approche scientifique théorique et pratique. Un DU est également proposé en collaboration avec l’université de La Rochelle.
Encadré 2: Programme POLARIS : La science participative au service de la recherche
« La clé du succès de POLARIS réside dans l’accompagnement et la formation des participants, » explique Laura Barth, responsable du projet. Des formations théoriques (en présentiel ou en visio) et des sorties pratiques (demi-journées de plongée) permettent aux participants d’acquérir les compétences nécessaires pour réaliser des observations rigoureuses.

« Environ 80 plongeurs rejoignent le programme chaque année, participant à une cinquantaine de sorties et enrichissant la base de données avec 200 observations, » précise Laura. Le programme POLARIS se distingue par sa pertinence : les données collectées répondent aux besoins concrets des scientifiques et des gestionnaires.
Par exemple, POLARIS apporte son soutien au Parc national des Calanques dans le cadre du programme européen MPA Engage, en réalisant des comptages de poissons pour évaluer l’impact du changement climatique et en étudiant l’état de santé des gorgones.

En partenariat avec Planète Mer, Septentrion Environnement intervient également dans le programme MARHA (Office français de la biodiversité), ciblé sur le coralligène. « Nous formons les encadrants de clubs de plongée, qui à leur tour forment des observateurs, » explique Laura Barth. « Après Marseille en 2021, nous travaillerons en Corse (2022) et en Occitanie (2023). »
« La motivation des plongeurs est renforcée par la transparence quant à l’utilisation de leurs observations, à travers des rapports, des échanges sur les réseaux sociaux et des conférences dédiées, » conclut-elle.
Encadré 3 : Le Cromagnon, un témoin de l’histoire maritime
L’ancien chalutier a changé de cap il y a plus de 40 ans, troquant la pêche contre l’exploration et le partage. Il fut longtemps le bateau d’Henri Cosquer, du Club Cassidain de Plongée, et l’outil qui permit la découverte de la grotte Cosquer en 1991, un joyau préhistorique situé dans l’actuel Parc national des Calanques.
Devenu le compagnon de plongée de Septentrion-Environnement, le Cromagnon, avec sa silhouette trapue (12 mètres de long sur 4 de large) et sa vitesse de 7 nœuds, invite à la contemplation et à l’échange. Il accueille à son bord plongeurs débutants, biologistes, et tous ceux qui souhaitent partager une expérience marine conviviale. Amarré sur les quais de l’INPP (Institut national de la plongée professionnelle), le Cromagnon continuera à sillonner les eaux marseillaises.
Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



