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Une Plongée dans la Vidéo Sous-Marine : Mon Journal d’Apprentissage

En 2010, à l’âge de 20 ans, je me lance dans la plongée tout en débutant ma carrière de monteur vidéo. Ce mélange de passions évolue rapidement, me poussant à vouloir passer chaque jour sous l’eau. Lors d’une projection à Paris, je rencontre René Heuzey, un expert en vidéo sous-marine, et je décide de me former à ses côtés pendant six semaines.

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Exercice de soudure à l’INPP, école de formation des scaphandrier. © Anthony Goujjane et René Heuzey

7 juillet : Première immersion

« Première plongée avec un caisson. Nous partons du port de la Pointe Rouge, à Marseille, en direction des îles du Frioul. Le ciel est nuageux et un vent léger crée une légère houle. À bord du bateau, René est notre capitaine, Thibault supervise la sécurité en surface, et Camille et moi sommes les deux stagiaires du jour.

Nous entrons dans l’eau les premiers, direction la gestion de notre flottabilité, une étape souvent négligée mais essentielle. Après quelques ajustements, je réussis à tenir debout dans l’eau, flottant dans le vide sans changer de profondeur.

Il est temps de passer à l’action ! Nous prenons les caissons et nous voilà en quête d’images. La visibilité n’est pas idéale. René repère une anémone et me fait signe de la filmer. C’est mon premier enregistrement sous-marin ! Je dois trouver le bon angle, régler la caméra et stabiliser l’image. Avec ma respiration, je remue beaucoup… Puis, René découvre une nacre, un spectacle saisissant que je filme également. »

En relisant ces lignes, l’émotion me submerge en pensant à mes premières images sous-marines.

Mes premières images sous-marines

Après cette plongée, ma journée ne s’achève pas. Nettoyage du matériel de plongée et de vidéo, sauvegarde des images, et préparation pour la prochaine plongée. Une fois ce travail effectué, vient le moment tant attendu de visionner nos images.

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Anthony éclaire le nid d’une femelle poulpe qui ventile ses oeufs pendant que René, à la caméra, capture ce moment unique. © Anthony Goujjane et René Heuzey

Nous visionnons ensemble nos prises. René, toujours bienveillant mais critique, m’aide à comprendre mes erreurs. Mon impatience de découvrir mes images déçoit mes attentes : elles bougent trop. Je réalise qu’un bon cadreur terrestre peut être un piètre cadreur sous-marin. La flottabilité idéale est cruciale pour réussir.

Apprendre à raconter une histoire

8 juillet : « Le mistral souffle sur Marseille. René, incapable de sortir en mer, organise une session de tournage avec l’INPP, le centre de formation des scaphandriers. Nous plongeons avec deux scaphandriers en exercice, travaillant à l’aveugle pour simuler des conditions réelles. Armé de mon petit Sony compact, je me faufile près d’eux. Cependant, la visibilité se dégrade à cause des sédiments. Je dois être très proche pour qu’ils apparaissent dans mon cadre.

Ce jour-là, j’apprends à raconter une histoire en une plongée, capturant les étapes clés du travail des scaphandriers tout en surveillant mon temps d’autonomie. Je refais un plan au minimum dix fois jusqu’à ce que je sois satisfait, m’améliorant avec chaque essai. J’apprends à stabiliser correctement ma caméra avant d’enregistrer.

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Un poulpe balade, sous la caméra de René Heuzey. © Anthony Goujjane et René Heuzey

Durant notre formation, nous retournerons plusieurs fois à l’INPP, filmant divers ateliers : soudure, sauvetage, boulonnage, découpage… Chaque situation enrichit mon expérience. À la fin, nous monterons une vidéo sur la formation des scaphandriers.

La rencontre avec le poulpe

14 juillet : « Le mistral s’est calmé et nous mettons le cap sur le Parc national des Calanques. Nous plongeons près de l’île Maïre, à 15 mètres de profondeur. René nous demande de filmer des gorgones avec et sans éclairage, puis nous tentons de capturer des images d’un banc de sars, furtifs et cachés sous les pierres.

Au cours de cette plongée, nous découvrons un couple de poulpes, une rencontre qui marquera notre formation. Nous reviendrons souvent à cet endroit, parfois avec succès, parfois non. Au fil des plongées, je m’initie à la vie des poulpes, bien avant la sortie du documentaire « La Sagesse de la Pieuvre ». Comprendre leur comportement demande de la patience et renforce ma capacité à créer des images extraordinaires à partir de moments ordinaires.

L’importance du travail d’équipe

15 juillet : « Un nouveau stagiaire rejoint notre équipe. Nous retournons voir les poulpes, mais cette fois, je ne filme pas. Après un cours sur l’éclairage, je plonge avec des lampes LED prototypes de René. Sur le site, le mâle et la femelle sont toujours présents. C’est Camille qui filme, mais elle peine à me diriger. Nos signes de communication sont flous.

René repère un autre couple de poulpes, et nous les voyons se mouvoir avec grâce, utilisant leurs tentacules presque comme des jambes. Puis, un nouveau stagiaire nous informe qu’il est sur réserve. Fin de plongée.

Nous avons vécu un moment unique, mais René insiste : « Une image ne vaut pas la vie d’un plongeur ». La sécurité prime sur le tournage. C’est ici que j’apprends la valeur du travail d’équipe, où chaque rôle est essentiel, et la nécessité de communiquer différemment sous l’eau.

Mes premiers hippocampes

5 août : « Ce matin, René et moi partons seuls vers l’étang de Thau. Nous plongeons dans le port de Mèze, en évitant d’agiter le fond vaseux. Équipé de son compact Sony, je recherche des bébés hippocampes, petits et furtifs, souvent accrochés à des brindilles.

Malgré la difficulté de les repérer, j’en trouve un, bien jaune, mais la houle complique le tournage. Lors de notre seconde plongée, nous découvrons un jeune hippocampe avant de filmer des épaves de voiliers et un adulte marron. Filmer ces créatures délicates est un véritable défi, surtout à faible profondeur.

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© Anthony Goujjane et René Heuzey

À ma grande surprise, René sélectionne certaines de mes images pour l’association CPIE, témoignant de la complexité de filmer sous-marin. La rigueur et la patience s’avèrent plus cruciales que je ne l’avais imaginé.

Une vocation

Ces semaines de formation ont renforcé mon intérêt pour la vidéo sous-marine et mon désir de partager ce que j’observe. Apprendre auprès de René Heuzey a été une expérience incroyablement enrichissante, tant sur le plan humain que professionnel. Je me souviendrai toujours de cette plongée, où, le genou sur le fond, je tenais une lumière dans une eau à 12°C. Bien que le froid me tiraillait, je me suis dit : « Oui, c’est ça ! C’est cela que je veux faire de ma vie. »

Cet article, initialement écrit par Anthony GOUJJANE pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

image d’ouverture © Anthony Goujjane et René Heuzey

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