Le Centre Expert Plongée Humaine et Intervention Sous la MER (CEPHISMER) a réalisé une plongée à saturation à 200 mètres de profondeur, entre le 18 et le 28 mars 2025. Cette opération, qui a nécessité l’utilisation d’un recycleur de plongée électronique, marque une avancée significative dans le domaine des interventions militaires sous-marines.

L’histoire de la plongée à saturation
Depuis la fin des années 70, la Marine nationale française s’est investie dans l’expérimentation de la plongée à saturation. L’objectif est de développer des protocoles adaptés, de tester des équipements et d’approfondir les connaissances sur la physiologie et les capacités cognitives des plongeurs à grande profondeur. Le capitaine de frégate Aymeric, commandant en second du CEPHISMER, souligne l’importance d’établir des protocoles clairs et applicables à tous, afin de fournir un concept global et prêt à l’emploi aux unités.
Le centre hyperbare CH 500
Pour mener à bien ses entraînements et tests, le CEPHISMER dispose d’un centre hyperbare, le CH 500. Ce caisson de 66 m³, capable d’atteindre une pression équivalente à 500 mètres, permet de simuler des missions sous-marines en toute sécurité. Il est composé de trois éléments : un espace de vie et d’hygiène de 30 m³ pour quatre plongeurs, une tourelle attenante de 8 m³, et une cuve d’eau de 28 m³ pour les exercices.

Les plongées expérimentales ENTEX
Le programme ENTEX (ENTraînement EXpérimentation) a permis de mener plusieurs plongées expérimentales, dont une en 2024 à 100 mètres. Cette plongée a servi à revalider les protocoles et à maintenir les compétences du personnel. En 2025, la mission ENTEX 50 a été lancée pour atteindre 200 mètres, testant notamment l’utilisation du recycleur électronique rEvo, en collaboration avec le centre de plongée « Plongée TeK Marseille ».
Déroulement de la plongée à 200 mètres
Le 18 mars 2025, quatre plongeurs, dont le maître principal Franck et le capitaine de corvette Romain, ont été mis en pression à 10h00. Ils ont atteint 200 mètres en 4 heures 30, restant à cette profondeur (21 ATA) durant 56 heures en atmosphère héliox. Pendant ce temps, trois incursions en cuve humide ont été réalisées, permettant aux plongeurs d’effectuer des exercices pratiques, comme la mise en œuvre d’un système de ventilation et de dépressurisation de sous-marin (SVDS) et le sanglage d’objets sensibles.

Suivi médical
Le médecin spécialiste hyperbare, Lucile, a suivi l’état de santé des plongeurs durant toute l’opération. Le syndrome nerveux des hautes pressions, causé par la respiration d’héliox à grande profondeur, représente un risque majeur. Lucile a effectué divers examens neurologiques et cliniques pour évaluer l’impact de la plongée.
La remontée et les objectifs futurs
Après 56 heures à 200 mètres, la remontée a duré 7 jours et 12 heures, avec une procédure de décompression linéaire. Les plongeurs ont regagné le « plancher » du CEPHISMER le 28 mars, accueillis par leurs familles et l’équipe technique.

Actuellement, les plongeurs-démineurs interviennent jusqu’à 80 mètres, tandis que les moyens robotisés permettent d’atteindre 2 000 mètres. L’objectif futur est d’atteindre 250 mètres en saturation pour les plongeurs, correspondant au domaine d’emploi du SVDS, et 6 000 mètres pour d’autres moyens techniques.
Conclusion
Le capitaine de frégate Arnaud Le Béguec, commandant du CEPHISMER, souligne l’importance de cette première mondiale : « C’est la première fois qu’une plongée en saturation est réalisée à 200 mètres de profondeur au recycleur électronique. Nous sommes conscients de la nécessité d’améliorer encore le matériel pour repousser les limites physiologiques de nos plongeurs. » Les expérimentations comme ENTEX 50 s’inscrivent dans la continuité des avancées réalisées par les pionniers de la plongée sous-marine.
L’intérêt de la plongée à saturation
La plongée à saturation, qui peut durer plusieurs jours, permet au plongeur de travailler à l’extérieur d’un caisson hyperbare tout en restant en sécurité. Contrairement aux plongées d’incursion, la durée de désaturation ne varie pas en fonction du temps passé sous l’eau. Ce type de plongée est réservé aux professionnels et militaires disposant des infrastructures nécessaires.

Un héritage des « Mousquemers »
Le CEPHISMER est le descendant direct du Groupe de Recherches Sous-marines (GRS), créé en 1945. Il est rattaché à l’état-major de la force d’action navale et se compose d’une soixantaine de marins, travaillant sur des projets innovants pour l’avenir de la plongée sous-marine.
La mission si vous l’acceptez
- Durée totale de la plongée : 10 jours.
- 55 heures à 200 m de profondeur.
- Atmosphère héliox : 2 % d’oxygène et 98 % d’hélium.
- Trois incursions en cuve humide avec exercices en situation opérationnelle.
- Tests cognitifs et physiologiques après chaque plongée.
- Durée de la remontée : 7 jours et 12 heures.

Cet article, initialement écrit par Texte Hervé Colombini pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Photos : Hervé Colombini et Marine nationale



