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Plongée extrême : Au cœur d’un glacier en Alaska

En novembre dernier, la photographe américaine Becky Kagan Schott s’est lancée dans une aventure hors du commun en Alaska : plonger au cœur d’un moulin glaciaire. Au programme, une logistique complexe, une montée d’adrénaline garantie et une expérience tout simplement exceptionnelle ! Découvrez son récit.

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Becky Kagan Schott

« En août dernier, suite à l’annulation de notre expédition Seiko Groenland, j’ai cherché d’autres lieux pour plonger sous la glace, idéalement aux États-Unis, le reste du monde étant difficile d’accès. J’ai contacté Alex Fancher de Dive Alaska pour explorer la possibilité de plonger dans un moulin glaciaire*. J’étais fascinée car il existait peu d’images de ce type de plongée. J’aime explorer, innover et repousser les limites. » Alex Fancher a d’abord hésité, expliquant que ces sites sont rarement visités car ils peuvent se vider soudainement, aspirant tout sur leur passage. Un scénario peu rassurant !

Une logistique hors norme

L’expédition impliquait une logistique complexe : transport en hélicoptère avec de nombreux allers-retours quotidiens. De plus, la glace est en perpétuel mouvement, ce qui signifie qu’une expédition en novembre nécessiterait une tronçonneuse pour percer la surface gelée. L’épaisseur de la glace, la profondeur du moulin et les conditions sous-glaciaires restaient inconnues jusqu’à notre arrivée. Motivée par la curiosité, j’ai contacté Mark Fleenor, pilote d’hélicoptère et aventurier, pour transporter l’équipe et le matériel sur le glacier Matanuska.

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Becky Kagan Schott

J’ai également invité Rick Witter et Jeff Lindsay, amis plongeurs et photographes, à documenter cette opportunité rare. Seule une poignée de personnes avaient tenté cette aventure auparavant. Un moulin est un gouffre dans un glacier, un canal vertical creusé par l’écoulement de l’eau. Ces crevasses peuvent être sèches ou remplies d’eau et forment le système de drainage interne du glacier, transportant l’eau de fonte vers les profondeurs. Les moulins remplis d’eau peuvent être stables, avoir un faible débit ou être obstrués, avec un risque de vidange soudaine si le glacier bouge.

Plongée sous glacier : un défi extrême

La plongée sous glacier est rare et exigeante, loin des destinations touristiques classiques ! Mark, notre pilote, nous a raconté avoir survolé un moulin complètement vide, l’été précédent, après y avoir fait du paddle une heure plus tôt. Un contraste saisissant !

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C’est pourquoi nous avons choisi de programmer l’expédition en hiver, lorsque le glacier est plus stable, avec un plan de sécurité rigoureux et une équipe de soutien expérimentée utilisant harnais, cordes tendues et ancrages sur glace. Ces mesures nous offraient une chance de survie en cas de vidange soudaine du moulin.

L’excitation était palpable le matin du départ. Mark a assuré les rotations en hélicoptère, transportant hommes et matériel, survolant orignaux, moutons et paysages montagneux spectaculaires avant d’atteindre le glacier Matanuska, long de 96 km. Malgré les quatre à cinq rotations quotidiennes nécessaires pour acheminer tout le monde et l’équipement, l’opération s’est déroulée sans accroc.

Le froid : un ennemi omniprésent

L’équipe s’attendait au froid, mais les températures ont continué de chuter : de -17 °C à -20 °C au départ, puis -24 °C, et enfin -26 °C en fin de semaine. L’épaisseur de la glace variait de 18 à 35 cm. Dès qu’Alex perçait un trou, l’eau s’évaporait comme d’un bain chaud, car l’eau douce à 0°C était plus chaude que l’air ambiant ! Le trou se refermait rapidement, nécessitant un nettoyage constant.

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Au contact de l’air, tout gelait instantanément. Mon masque s’est recouvert de glace en quelques secondes après que j’ai relevé la tête. Gratter la glace a pris cinq minutes, et je me suis demandé si j’allais devoir photographier à l’aveugle, une perspective peu réjouissante pour un photographe sous-marin ! Le froid extrême a mis à rude épreuve notre équipement de plongée et de photographie, ainsi que notre résistance personnelle. Les détendeurs pouvaient givrer ou se mettre à débiter en continu, vidant les bouteilles rapidement. Pour plus de sécurité, nous utilisions des bi-bouteilles indépendantes avec deux détendeurs séparés.

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Becky Kagan Schott

Les flexibles et inflateurs des vêtements étanches gelaient, les masques se couvraient de givre, et la glace se formait sur les équipements de prise de vue, y compris sur le dôme du caisson ! Les cadrans de nos montres Seiko Ice Diver, conçues pour ces conditions extrêmes, givraient et devaient être nettoyés constamment. Le joint torique de mon boîtier sous-marin a perdu son élasticité, laissant entrer un filet d’eau. Les interrupteurs de mes lampes vidéo se sont bloqués à cause du gel, et les éclairages se sont recouverts d’une fine couche de glace. Ma ligne de vie a même gelé contre la glace. Des problèmes de matériel inédits ! Nous avions probablement atteint les limites de notre résistance physique et de celle de notre équipement.

La magie sous la glace

Malgré les difficultés, l’expérience sous-marine était magique et récompensait tous nos efforts. L’eau était d’une clarté incroyable, donnant l’impression de voler ! Nous étions dans une grotte de glace, un palais immaculé, surréaliste et magnifique. Les formes et les fissures étaient impressionnantes. Des tunnels et crevasses remplis de glace claire s’étendaient sur plus de 10 mètres.

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Becky Kagan Schott

La lumière se reflétait sur les surfaces blanches. Nous avons exploré un boyau de glace sur 30 mètres avant qu’il ne devienne trop étroit. Nous avons découvert des formations ressemblant à des boîtes d’œufs géantes, une glace translucide emprisonnant des bulles, et de minuscules morceaux transparents flottant dans l’eau. J’ai touché les murs de glace, lisses, froids et soyeux, émerveillée par cette découverte.

Plonger dans un glacier était une expérience incroyable ! Un jour, un morceau de cette glace deviendrait un iceberg. Le glacier Matanuska se déplace d’environ 30 cm par jour, mais nous avons choisi une zone plus stable avec un mouvement de 7 à 8 cm par jour. La première journée, nous avons passé une heure sous la glace, admirant cette beauté et filmant en continu pour documenter l’expédition.

Quatre plongées inoubliables

Le dernier jour de plongée a été le plus froid. Avec Bryan Smith et David Pearson, les cinéastes de surface, nous avons piétiné et tourné en rond pour nous réchauffer en attendant l’hélicoptère. En sortant de l’eau, mes gants étanches étaient gelés, recouverts de glace et soudés à ma combinaison. Ma montre était prise dans une gangue de glace, mais elle continuait de fonctionner, un détail impressionnant ! C’était le seul élément de mon équipement qui n’a pas eu de problème. Au total, j’ai passé quatre heures sous l’eau, réparties sur quatre plongées dans deux sites différents. Une des plongées a duré plus de 100 minutes, et nous aurions pu rester plus longtemps si nous avions eu plus d’autonomie. J’ai appris par la suite que seulement cinq autres personnes avaient plongé à l’intérieur d’un glacier.

Il est difficile de décrire avec des mots cette aventure incroyable et ce lieu magnifique. Ce sont les températures les plus basses auxquelles j’ai jamais plongé. Explorer mes limites est fascinant, car je suis toujours surprise de ce que je peux accomplir dans des conditions difficiles. Je n’utilise pas souvent le mot « épique », mais c’est le terme qui convient le mieux à cette expédition. Je suis fière de l’équipe qui a rendu cela possible ! Le succès reposait sur le talent de chacun. Tout le monde a persévéré, permettant l’exploration et la capture d’images incroyables. Les journées étaient longues, et nous nous couchions épuisés, les pieds et le nez gelés. Mais cela en valait la peine ! La plongée en eau froide et sous glace n’est pas nouvelle pour moi, mais l’Alaska a été une expérience unique. J’espère revenir, peut-être en été quand il fait « plus chaud »… Cependant, les bassins d’eau libre à la surface sont dangereux en raison du risque de vidange soudaine. Peut-être entre les saisons, quand le glacier est solide mais pas complètement gelé, et que mes cils ne gèlent pas ensemble en permanence !

*Les moulins glaciaires sont des puits creusés dans les glaciers par les eaux de fonte et la pluie. Ils sont alimentés par des bédières, des torrents de surface qui rejoignent des réseaux de galeries profondes.

Encadré 1: Des épaves aux eaux glacées

Becky Kagan Schott plonge depuis 26 ans. Après la plongée souterraine, elle s’est tournée vers les épaves profondes, passionnée par leur histoire. Ayant grandi en Floride, elle pensait que toute température inférieure à 18 °C était « polaire », jusqu’à ce qu’elle plonge sous la glace dans l’Arctique canadien, au Groenland, dans la mer de Béring, les Grands Lacs et le nord-est des États-Unis. Elle a également participé à des expéditions en Antarctique, et d’autres sont en préparation.

Encadré 2: L’Alaska, un monde menacé

L’Alaska est le plus grand État américain (1 717 854 km²) mais aussi le moins peuplé. Il subit de plein fouet le réchauffement climatique, avec une augmentation des températures moyennes de plus de deux degrés. Le permafrost, sol gelé en permanence qui représente 85 % de la surface de l’Alaska, fond inexorablement. Cette évolution fragilise les infrastructures et modifie l’habitat de nombreuses espèces animales. Les cours d’eau gelés, servant de routes hivernales pour les marchandises et les personnes, ne gèlent plus assez longtemps. Les changements environnementaux ont contraint des populations inuit à évacuer des villages en raison de l’élévation du niveau de la mer.

Cet article, initialement écrit par Becky Kagan Schott pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

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