À bord d'un voilier, des plongeurs profitent d'une croisière en Méditerranée, alliant détente et exploration sous-marine.

Une croisière apnée avec Stéphane Mifsud

Lorsque l’opportunité de participer à une croisière apnée au large des îles d’Hyères avec Stéphane Mifsud m’est offerte, je n’hésite pas longtemps avant d’accepter. Puis, une inquiétude surgit : étant débutante en apnée, vais-je réussir à m’en sortir ? Très vite, on me rassure, ces croisières sont ouvertes à tous les niveaux !

Arrivée au port d’Hyères

Dès mon arrivée au port d’Hyères, je découvre le bateau de l’Odyssée Bleue, un splendide voilier de 19 mètres qui vient de terminer son premier été en mer — autant dire qu’il est flambant neuf ! Les autres participants arrivent également, tout comme notre guide pour cette croisière, Stéphane Mifsud, champion d’apnée et premier homme à avoir franchi les 10 minutes en apnée. Détenteur du record de la discipline en statique, avec 11 minutes 35 secondes sous l’eau, il impose le respect. Sa compagne, Maud, nous rejoint sur le bateau accompagnée de leur chienne, Elfie, mascotte de cette aventure.

Nous sommes dix à bord pour ces quatre jours de croisière ! Après avoir attribué les cabines, je découvre le confort de notre habitation flottante, suffisamment spacieuse pour tous. Nous faisons timidement connaissance, puis Stéphane fait un point matériel pour s’assurer que chacun est bien équipé avant de quitter le port. Nous ne retrouverons la terre ferme que dans quatre jours… Je fais l’expérience de la vie en mer : 800 litres d’eau douce à partager entre dix pour nos douches et le rinçage de la vaisselle, préalablement lavée à l’eau de mer. À ce stade, je préfère lever le suspense : nous serons tellement économes en eau que Stéphane, avec humour, s’inquiétera du manque d’hygiène de certains…

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L’équipe complète de ces quatre jours de croisière, à bord du grand voilier de l’Odyssée Bleue.

Départ vers de nouvelles explorations

Il est temps de quitter le port ! Le voilier suscite toutes les curiosités et Stéphane propose à quelques-uns d’entre nous de participer aux manœuvres. Très vite, le moteur est coupé et nous naviguons à la voile vers notre premier spot. « Rien n’est vraiment décidé à l’avance », prévient Stéphane, « c’est une croisière à la carte. Je vous propose des activités, y compris des exercices d’apnée, et nous adaptons selon vos intérêts. Les sites de plongée peuvent changer en fonction des envies, du monde présent et de la météo”. CQFD : la mer agitée ne nous permettant pas d’accéder à l’épave du Cimentier, nous mettons le cap sur une petite anse de la presqu’île de Giens pour découvrir les grottes semi-immergées.

Un début en douceur

Le but de cette première mise à l’eau est de créer une ambiance relaxante et d’évaluer les capacités de chacun. Aucun exercice, juste un rappel de sécurité. Nous nous mettons à l’eau en binôme pour explorer. Nous entrons dans la première grotte où une ola de chauves-souris nous accueille. L’eau près de l’entrée est d’une clarté incroyable et des jeux de lumière dansent jusqu’au fond, 10 mètres plus bas. Certains restent en surface, tandis que d’autres commencent à explorer la faible profondeur.

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Stéphane Mifsud. © Dominique Barray.

Comme mes camarades, j’essaie de petites immersions, sans descendre profondément, juste pour profiter de ce moment serein. Bien que nous soyons tous relativement débutants, plusieurs de mes coéquipiers montrent déjà des facilités à descendre, à équilibrer leurs oreilles, voire à passer quelques secondes supplémentaires au fond. Stéphane nous observe et s’offre quelques apnées, jouant avec ses bulles d’air dans les ombres de la grotte. Nous continuons jusqu’au fond, où l’obscurité est presque totale. Ici, il n’y a plus assez de fond pour plonger. Nous profitons alors de l’écho de nos voix, accompagnées par le vol des chauves-souris au-dessus de nos têtes. À la sortie de la grotte, les sourires sont radieux et certains choisissent d’explorer la seconde grotte, tandis que d’autres retournent sur le bateau, accueillis par Elfie, s’assurant qu’aucun apnéiste ne manque à l’appel.

Les choses sérieuses commencent

Chacun contribue à la vie à bord, et le moment des repas en est une belle illustration : certains aident Maud à préparer des plats pour dix, d’autres mettent la table, et certains se portent volontaires pour la vaisselle. Tout roule, chacun met la main à la pâte ! Le bateau permet à chacun de trouver des moments de tranquillité, que ce soit en cabine, sur les matelas à l’avant, à l’ombre des voiles, ou dans l’espace commun sur le pont.

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Chaque stagiaire participe activement à la vie sur le bateau et les repas, pour 10 personnes, en sont le parfait exemple.

À 17 h 00, Stéphane nous rassemble pour un premier briefing : nous allons travailler sur la verticalité. Deux ateliers sont installés le long d’un câble de 10 mètres. L’apnéiste nous explique les éléments clés pour effectuer une belle descente, rapide et sécuritaire : comment placer ses jambes et son corps pour réussir son canard, effectuer les compensations pour éviter de blesser ses oreilles, savoir quand palmer fort ou réduire la cadence, gérer la pression dans le masque, et rester droit en regardant la corde. “C’est beaucoup d’informations », dit Stéphane, « mais considérez cela comme une chorégraphie à répéter jusqu’à ce qu’elle devienne automatique”. Mes oreilles ont du mal à passer ce soir-là, donc je me limite à descendre, pieds en avant, tête en haut. Je tente quelques descentes tête en bas, mais je n’arrive pas à équilibrer parfaitement. “C’est courant, me rassure l’apnéiste. Les plongeurs ont souvent peur de trop forcer, mais tu peux le faire !”. Nous sommes quatre par bouée et, lorsque Stéphane passe à l’autre atelier, nous échangeons des conseils en nous remémorant le briefing.

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Découverte de l’équipement, notamment les combinaisons d’apnée, lors de la première immersion du stage.

Après nos exercices, nous partons pour une petite balade d’exploration le long de la côte, avec un passage en apnée sous une arche pour les plus à l’aise. Malheureusement, je dois écourter cette balade à cause d’une méduse curieuse…

Une session d’observation pleine de surprises

Les retours sur le bateau sont parfaits pour partager impressions et difficultés, et poser des questions à Stéphane. Très vite, la fatigue s’installe et la nuit nous emporte tous, sans exception ! Au deuxième jour, je me réveille au bruit du moteur, car nous nous dirigeons vers le large. Chacun se lève à son rythme, sans immersion prévue, la matinée étant réservée à l’observation. Nous reprenons la voile dès que le vent se lève.

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Les mouillages, chaque soir, dans des anses protégées autour des îles d’Or, offrent des points de vue sublimes.

La mer calme nous permet de scruter l’horizon à la recherche d’espèces marines visibles depuis le bateau : dauphins, poissons-lunes, rorquals, globicéphales, etc. Je me place à l’avant et scrute activement l’horizon, guettant tout mouvement. Ce sont les raies mobula qui décident de nous divertir à distance, affichant près d’une dizaine de sauts impressionnants, sans s’approcher.

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Une plage permet aux stagiaires, de s’équiper, d’accéder facilement à l’eau et de déposer les déchets en mer.

Nous faisons un arrêt au milieu de nulle part, et il est décidé de se mettre à l’eau avec 2000 mètres de fond sous nos palmes. Nous utilisons les bouées de sécurité. Ici, les sensations sont différentes, les rayons du soleil plongeant dans le bleu infini, créant un effet hypnotisant, mais aussi une impression de vertige qui nous empêche de descendre profondément. Nous en profitons pour ramasser des déchets flottants, nombreux lors de ces sorties en mer. Pendant notre retour, un groupe de dauphins vient nager près du bateau. Un moment magnifique où nous nous alignons à l’avant pour mieux observer ces créatures, une trentaine d’entre eux sautent en synchronisation… Quelques-uns jouent dans la vague d’étrave du voilier, mais ils ne s’attardent pas, et nous ne les dérangeons pas non plus, le temps passant vite dans ces instants uniques.

Ma plus belle apnée

À Porquerolles, nous décidons de découvrir l’épave du Cimentier, que nous avons ratée la veille. Elle est idéale car elle se trouve sur une pente, offrant des opportunités d’exploration entre 5 et 15 mètres de profondeur. C’est sans doute la plus belle apnée que je réalise lors de cette croisière ! Mes oreilles passent très bien et je surmonte ma peur de manquer d’air : je réalise qu’à cette profondeur, je remonte à la surface rapidement et, en cas de besoin, mon binôme me soutient. Je commence à 5 mètres, puis ose explorer de plus en plus, jusqu’aux ouvertures de l’épave. Je suis impressionnée par mes progrès et ceux des autres participants. Certains parviennent même à entrer dans l’épave et à en ressortir plus loin. C’est bluffant !

La croisière se poursuit avec des exercices de verticalité, des sessions d’exploration en snorkeling près de la côte. Nous tenterons même une seconde sortie en mer, où un rorqual, bien que loin, nous offre son souffle à plusieurs reprises. Avant chaque immersion, Stéphane nous distille des conseils précieux lors des briefings, notamment pour travailler notre souffle. Il nous propose des exercices à pratiquer chez nous pour améliorer nos performances d’apnée. En revanche, à cette saison, les méduses sont nombreuses, nous contraignant à trouver d’autres lieux d’exercice. Heureusement, la région regorge de sites parfaits pour l’apnée !

Nous avons également la chance d’explorer La Gabinière, surnommée “Mérou-land”. Stéphane, en premier, imite le bruit de certains poissons, provoquant rapidement l’arrivée de cinq ou six mérous, curieux. Il entretient une belle relation avec un mérou appelé Copain, qui le reconnaît dès qu’il le voit. Malheureusement, celui-ci n’est pas présent cette fois-ci. Les mérous, bien que nombreux, restent curieux et n’hésitent pas à s’approcher. Lors de ma descente, je suis étonnée de les voir si peu craintifs. Malheureusement, je me fais mal à l’oreille et cela m’empêche de plonger plus tard. Cependant, le spectacle reste digne d’intérêt. Deux ou trois des autres stagiaires peuvent désormais descendre et rester aux côtés de Stéphane quelques secondes pour admirer les mérous. Ce fut une plongée mémorable !

Le dernier jour, la fatigue s’installe, et nous sommes quelques-uns à rester rapidement sur le bateau ou à ne pas plonger, afin de préserver nos oreilles qui peinent à passer. Nous profitons néanmoins du paysage, du bateau et de baignades improvisées.

Une expérience conviviale

Cette expérience se distingue par son ambiance relaxante et conviviale. Tout le monde, y compris Stéphane, est là pour profiter. Bien qu’il nous prodigue des conseils précieux et insiste sur la sécurité, il ne s’agit pas d’une formation d’apnée rigide et programmée, mais bien d’une invitation à prendre du plaisir !


En savoir plus sur les croisières apnée

  • Au large de Hyères
    • Durée : Entre 3 et 5 jours
    • Période : De mai à septembre
    • Tarif : À partir de 600 €
  • Vers la Corse
    • Durée : 7 ou 9 jours
    • Période : Une en juillet, une en août
    • Tarif : À partir de 1 330 €
  • Performance avec un coaching personnalisé
    • Durée : 5 jours de stage et un an de suivi
    • Période : Octobre
    • Tarif : 1 600 €

Pour ceux qui ont un budget limité ou qui souhaitent se concentrer sur l’apnée, une école propose des stages de 2 à 3 jours ou des sorties à la demi-journée en zodiac pour découvrir ou améliorer ses performances en apnée, organisant des sorties dans tout le secteur et dans le Parc national de Port-Cros.

Ces croisières soutiennent des actions de nettoyage effectuées tout au long de l’année sur la côte méditerranéenne par l’Odyssée Bleue. Stéphane Mifsud appelle régulièrement les membres de son club d’apnée, les stagiaires et toutes personnes motivées à participer. Ce nettoyage, permanent, a lieu également lors des croisières pour récupérer les déchets flottants, quand c’est possible, depuis le bateau ou lors des exercices. La boucle est bouclée.

Pour plus d’informations, visitez www.stephanemifsud.fr.

Cet article, initialement écrit par Margot Harty pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Photos © Margot Harty, Dominique Barray.

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