Chaque année, des épaves sont mises à jour à travers le monde. Les avancées technologiques ont rendu les sondeurs et GPS essentiels pour les explorations maritimes. Mais ces innovations rendent-elles vraiment les recherches plus simples ? La réponse n’est pas si évidente… Alors, où se diriger pour découvrir de nouveaux fonds marins ? Une rencontre inattendue nous a conduits à Lampedusa, en mettant de côté nos certitudes pour nous lancer dans une nouvelle aventure fascinante !

Découverte de Lampedusa
Lampedusa, une petite île italienne de 20 km² au sein de l’archipel des Pélages, se situe au sud de la Sicile, à 290 km de la Libye et à une centaine de km de la Tunisie. Environ 7 000 résidents habitent l’île en temps normal, mais ce chiffre grimpe à 200-300 000 touristes entre mai et novembre. Bien que des traces d’établissements grecs, romains et musulmans y aient été trouvées, elle est restée presque déserte jusqu’en 1843. Cette année-là, le roi Ferdinand II de Bourbon y a nommé le capitaine de frégate Sanvisente en tant que gouverneur, accompagné d’un détachement militaire pour la coloniser. En 1872, elle devient une prison, puis une base militaire durant la Seconde Guerre mondiale, recevant des bombardements alliés lors du débarquement en Sicile (opération Husky). À la fin des années 80, Lampedusa est devenue une destination prisée pour ses plages idylliques et son climat agréable.
Genèse de l’aventure
Comment a-t-on eu l’idée d’explorer les eaux autour de Lampedusa ? Simplement lors d’un voyage en Croatie organisé par Fréderic Swierczynski, dédié à la recherche d’épaves profondes. Au cours de ce séjour, nous avons croisé un groupe de plongeurs portugais, dont Teresa, qui se formé sur recycleur avec l’instructeur italien Aldo Ferrucci. Fred a ensuite rencontré Rocco Canella, le responsable d’un centre de plongée à Lampedusa. Ce dernier lui a révélé qu’il existait de nombreuses épaves peu explorées autour de l’île, avec des informations provenant de pêcheurs pour les localiser. Cela a suffi pour que nous nous engagions dans cette passionnante aventure ! Après de nombreux échanges par mail et visios pour préparer la logistique et fixer la date, tout était prêt.

Pour le voyage, nous avons opté pour un fourgon afin d’y ranger notre équipement : recycleurs, bail-out, scooters sous-marins, chaux, boosters, appareils photos, éclairages. En raison des emplois du temps de chacun, notre départ a été programmé à la mi-juin. Nous avons traversé l’Italie pour atteindre Villa San Giovanni, pris un ferry pour le détroit de Messine, et enfin, un autre ferry depuis Porto Empedocle jusqu’à Lampedusa après 10 heures de navigation — un trajet de près de trois jours. En chemin, nous avons fait une pause à Taormina pour savourer un déjeuner dans le fameux restaurant « Le Grand Bleu ». Un moment de pur bonheur !
Plan d’attaque
À notre arrivée, Rocco, notre hôte, nous attendait au ferry. Accueillis chaleureusement avec un grand sourire, il nous emmène au centre de plongée pour décharger notre matériel. À nous tous, nous occupons le volume réservé à dix plongeurs de loisirs. Cinq centres de plongée opèrent sur Lampedusa, mais Rocco, passionné par la plongée tek, veut se distinguer. Il a donc équipé son centre d’un gonflage pour oxygène, hélium et booster. Ensemble, nous avons mis au point notre « plan d’attaque » et avons décidé de plonger le lendemain sur l’épave documentée du Nita.

Construit en 1913 à Rotterdam sous le nom de Madioen, ce cargo mesure 130 m et est devenu la propriété d’un armateur napolitain, rebaptisé Nita. Le 6 août 1941, après avoir chargé carburant et munitions, il part de Naples vers Tripoli pour ravitailler l’armée allemande. Ce sera son dernier voyage. Dans un convoi, il est attaqué par des avions britanniques Swordfish qui, avec leurs torpilles, parviennent à toucher le navire qui s’embrase et sombre la nuit venue. L’épave repose à environ 70 m de fond.
Pour cette immersion, nous avons de la chance : la mer est calme, à peine quelques vagues. À plus de 20 miles des côtes de Lampedusa, la visibilité est moyenne. La carcasse imposante du Nita est difficile à distinguer. L’explosion a déformé la tôle, et bien que quelques accès soient possibles, Rocco et Fred se glissent à l’intérieur pour explorer. Nous apercevons des obus et des restes de cargaison. Grâce à nos propulseurs, nous jouons avec les courants pour explorer les 130 m de l’épave sans nous épuiser. Après 35 minutes à cette profondeur, il est temps de remonter, toujours cette frustration de ne pas avoir assez profité, mais c’était le timing convenu…
Plongée sur le Marin Sanudo
Cette épave se situe à 23 miles des côtes. Partis tôt, nous avons la chance de goûter à une mer parfaitement calme sous un soleil éclatant. Nous allons plonger sur une autre épave de la Seconde Guerre, où l’on dit que tout le matériel y est encore. Dès que nous arrivons, le matelot jette la bouée et la gueuse plonge au fond — environ 75 m. La mer est immobile, parfaite pour plonger.

La construction du Marin Sanudo a débuté en juin 1925, au chantier naval Triestino di Monfalcone, et le cargo entre en service en 1926. En 1937, il est repris par la Lloyd Triestino et mesure 120 m de long, 17 m de large, équipé d’un moteur diesel B&W de 2 500 ch et de treize treuils de chargement.
Le 4 mars 1942, lors de son trajet de Trapani vers Tripoli, escorté par les torpilleurs Cigno et Racione, il transporte 220 hommes et une cargaison de matériel pour l’Afrika Korps. Le sous-marin britannique P 31 « Uproar » aperçoit le convoi le lendemain et attaque avec quatre torpilles, dont trois touchent le Marin Sanudo, provoquant son naufrage. Les opérations de sauvetage récupèrent 165 survivants parmi l’équipage.
Une caverne d’Ali Baba
Localisée en mars 2002 par des plongeurs britanniques et maltais, l’épave du Marin Sanudo a fait l’objet d’une expédition italienne en 2005 pour la documenter. Depuis, aucun plongeur ne s’y est attardé… Il est donc temps d’y plonger nous-mêmes !

La descente vers ce trésor est rapide. À l’arrivée, c’est l’effarement : l’épave ressemble à une immense boîte dont le contenu a été renversé et maladroitement remis en place. Les tôles sont pliées, témoignant de l’impact des torpilles. La poupe est intacte avec son hélice, et les cales regorgent de matériel, dont les chenilles d’un char. Des objets éparpillés, parfois indéfinissables, jonchent le sol. Impossible de se lasser tant il y a à explorer ! Le navire mesure 120 m, et avec nos scooters, nous pouvons parcourir cette immense carcasse. Nous faisons un tour par l’hélice, majestueuse, puis retournons vers la cale principale, la mieux préservée. Avec des souvenirs plein la tête, nous remontons, en pensant aux marins ayant perdu la vie lors de cette mission.
À la recherche de l’avion
Rocco nous propose ensuite une nouvelle quête : celle d’un avion abattu durant la Seconde Guerre, le Bristol Beaufighter, supposé reposer à 65-70 m au large de Linosa. Après une heure en semi-rigide, nous arrivons au site de Secchitella, qui remonte à 4 m sous la surface et a une base à 60 m.

Immédiatement, nous nous dirigeons vers le fond pour localiser l’épave. À 68 m, seul le sable s’étend à perte de vue. Après 12 minutes de recherche, rien… Nous décidons alors de remonter légèrement en direction du sec. À notre surprise, nous découvrons un jas d’ancre antique à 60 m. Ce n’est pas ce que nous cherchions, mais c’est une belle découverte !
Nous continuons notre remontée, explorant les canyons et les tombants, découvrant une vie sous-marine foisonnante. Un repas sur l’île et Rocco en profite pour glaner des infos auprès des pêcheurs, espérant obtenir des précisions sur l’avion. Avant de retourner à Lampedusa, nous repassons sur les nouvelles indications, mais il va falloir revenir. Pour l’instant, il est temps de préparer la plongée du lendemain.
Un cargo inconnu
Nous nous dirigeons vers un nouveau point, basé sur les informations des pêcheurs, qui indiquent avoir régulièrement accroché leurs filets à un morceau de métal repéré. De nouveau, nous nous trouvons très au large des côtes. Le fond est à 75 m, et l’écho sur le sondeur indique une épave massive.

Nous achevons nos préparatifs, Rocco et Fred plongent en premier, Bruno et moi les rejoignons peu après. La descente se déroule sans accroc. Notre premier aperçu de ce qui semble être un cargo abandonne une forte impression : le bateau gît sur le flanc, hélice vers le haut, et les bossoirs sont en place, sans canots de sauvetage, suggérant qu’une partie de l’équipage a échappé au désastre.
Le navire ne porte pas de traces de torpillage, ce qui implique probablement une attaque aérienne. Les cales sont écrasées par le poids de la coque. Bruno s’aventure dans l’une d’elles, à la recherche d’indices. La vase complique sa progression. En nous dirigeant vers la poupe, la vue du safran et de l’hélice, immobile à jamais, est saisissante. Couvert d’une vie marine vibrante, ce lieu est fascinant. À peine Rocco et Fred entament leur remontée, il est temps pour nous de les suivre. Un dernier regard vers le bas révèle l’imposante silhouette de l’épave. C’est une toute nouvelle découverte, un moment inoubliable.
Une seconde découverte
Pour notre dernière plongée, comme pour les sorties précédentes, il faut près de deux heures de navigation pour atteindre le site choisi selon les indications de pêcheurs. Nous profitons du temps pour peaufiner nos plans et discuter. Lorsque le moteur ralentit, la tension monte.

Simone, le capitaine, scrute le sondeur et le GPS, puis débraye l’hélice. Nous y sommes ! La gueuse est lancée et le fil se déroule rapidement avant de s’arrêter brusquement. L’excitation est tangible. Nous plongeons. Le vent a soufflé fort, agitant un peu plus la mer que les jours précédents. Heureusement, il n’y a pas de courant, et la visibilité est excellente après quelques mètres, même si elle se dégrade peu à peu.
Soudain, une ombre apparaît, presque irréelle. C’est là : une magnifique épave à 75 m de profondeur. Semblable à un cargo, ses mâts sont encore en place. En explorant, nous réalisons que nous sommes encore les premiers à nous aventurer sur cette épave. Elle mesure environ 70 m et est remarquablement conservée.
Nous profitons de 35 minutes d’exploration. À ma grande surprise, je vois la lumière filtrer à travers l’eau. Les barbiers ont envahi le navire. Bruno a un souci avec son scooter. Malheureusement, nous sommes éloignés. Il devra essayer de nager pour le retour, et j’utiliserai le mien modérément pour ne pas le distancer trop. Après avoir respecté les paliers, la remontée vers le bateau est un peu plus compliquée que d’habitude. Frédéric s’exclame : « Cette épave ressemble à un tableau ! » Bruno ajoute : « C’est la plus belle ! ».
Lampedusa demeure une destination riche en potentiel de découvertes pour l’avenir, avec encore 40 épaves à localiser et documenter. Une épave de sous-marin existe également, mais elle est un peu trop proche des côtes libyennes…
Voyager à Lampedusa
L’île dispose d’un petit aéroport, avec des vols depuis Marseille ou Paris, via Rome. Alternativement, comme nous l’avons fait, la voiture est une option pour les plus aguerris : 1 900 km de Marseille à Porto Empedocle (Sicile), suivis de 10 heures de ferry.
La tête hors de l’eau
Lampedusa offre de nombreux sites à explorer. Parmi eux, la « plage aux tortues », l’un des lieux les plus admirés et préservés de l’île. Vous pouvez louer des scooters ou des Méharis pour faire le tour de ses paysages enchanteurs, ou partir en bateau pour découvrir les îlots voisins comme Lampione et Linosa, volcanique. Des bunkers de la Seconde Guerre mondiale, toujours en bon état, sont visitables à l’entrée du port. Les soirées se déroulent agréablement dans les nombreux bars, pubs et restaurants de l’île.
Qui est Rocco Canella
Le « Pelagos 2.0 Diving Center Lampedusa » a été établi par Simone d’Ippolito. Rocco, 35 ans, instructeur, a rejoint l’équipe et s’est associé à Simone en 2015. Il souhaite insuffler une nouvelle dynamique en proposant des plongées tek et recycleur, tout en maintenant une approche loisir. Sa sensibilisation à la préservation de l’environnement marin est notable.
Remerciements
Merci à Rocco Canella, Simone d’Ippolito et toute l’équipe du Pelagos Diving Center Lampedusa. Également à Frédéric Swierczynski, Bruno Gaidan, Fabrice Dudenhofer, Frédéric Horiot – Sports Plongée Distribution, Neoline Watersport, BigBlue Dive Lights.
Cet article, initialement écrit par Marc Langleur pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



