Plongez! couverture (2)

Plongée dans l’univers des poisons marins : Découvrez les venins et toxines redoutables des créatures sous-marines

Le poulpe à anneaux bleus, la vive, ou encore le poisson-pierre partagent un point commun : il vaut bien mieux les contempler sans jamais les toucher. Les substances toxiques qu’ils produisent comptent parmi les plus redoutables du règne animal marin, et leurs méthodes pour les inoculer à leurs proies — ou pour se défendre contre leurs prédateurs — sont d’une diversité incroyable. Pour les plongeurs passionnés comme pour les amoureux de la mer, connaître ces mécanismes est essentiel pour plonger en toute sécurité.

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Venin, toxine : de quoi parle-t-on ?

Avant d’aller plus loin, clarifions un peu le vocabulaire. Faut-il parler de venin ou de toxine ? En réalité, ces notions sont étroitement liées. Le venin est un liquide toxique, élaboré par certains animaux via un organe spécialisé (comme des glandes) et injecté dans le corps d’une proie ou d’un prédateur, généralement par une piqûre ou une morsure. La toxine, quant à elle, est une substance toxique produite par un organisme vivant ; elle donne au venin sa capacité pathogène.

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Ainsi, de nombreux animaux marins sécrètent un venin composé de diverses toxines, chacune avec des effets spécifiques. Lorsqu’un animal venimeux blesse un être humain ou une autre créature via son organe spécialisé (aiguillon, dard, etc.), on parle alors d’envenimation.

Des aiguillons aussi puissants que des poignards

Pour inoculer leur venin, certains poissons marins disposent d’un véritable arsenal. Les vives et rascasses, par exemple, possèdent des appareils venimeux dotés d’aiguillons acérés et rigides, connectés à des glandes à venin. Chez la vive (Trachinus draco, par exemple), ces épines sont localisées sur la tête et les nageoires dorsales — de quoi surprendre douloureusement tout baigneur insouciant dans le sable. Même si leur fonction principale est défensive, des plongeurs ont rapporté des attaques de vives léopards (Trachinus radiatus).

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Côté rascasses, les rayons épineux venimeux s’étendent aux nageoires antérieures et anales. Leur simple observation demande la plus grande prudence. D’autres poissons, comme l’uranoscope et le poisson-lyre (Callionymus lyra), disposent d’épines similaires.

Le cas impressionnant de la rascasse volante et du poisson-pierre

La rascasse volante (Pterois sp.) affiche de longs rayons dermiques, comparables à des plumes, tous connectés à des glandes à venin. Un simple contact avec la jambe d’un plongeur peut provoquer de graves blessures. Le poisson-pierre (Synanceia verrucosa) est quant à lui réputé pour posséder l’un des systèmes venimeux les plus terrifiants : ses rayons épineux, situés sur la nageoire dorsale, sont liés à de puissantes glandes à venin. Camouflé sur le sable, il peut être confondu avec un roc tant il bouge peu.

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Raies pastenagues et poissons-chirurgiens

Chez les raies pastenagues (Dasyatis), un long aiguillon venimeux, dentelé comme un harpon, se trouve sur la queue, à environ un tiers de sa base. Le venin, produit par des glandes situées entre les dents de l’aiguillon, s’écoule le long du dard lors du percement. Le retrait d’un tel dard est délicat : sa forme empêche de l’extraire facilement de la chair. À noter que jadis, certains naturalistes pensaient à tort que ces dards n’étaient pas venimeux.

À l’inverse, les poissons-chirurgiens ne sont pas venimeux mais sont dotés d’épines coupantes, semblables à un scalpel, de chaque côté du pédoncule caudal. En cas de menace, ces épines se dressent, causant des blessures profondes.

À savoir : les murènes

Les murènes n’injectent pas de venin, mais leur salive, très chargée en bactéries, rend la cicatrisation d’une morsure particulièrement difficile.

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Ça brûle ou ça pique ? La défense des cnidaires

Un simple effleurement d’une anémone de mer peut provoquer une sensation de brûlure. Pour l’anémone verte (Anemonia viridis), la douleur disparaît en quelques jours. Mais pour d’autres espèces plus dangereuses (notamment Actinia radianthus), les conséquences peuvent être bien plus sévères. Ces anémones injectent un venin via leurs tentacules dès qu’un organisme s’approche trop près. Les poissons-clowns vivent en symbiose protégée avec leur anémone hôte grâce à un mucus spécial, les rendant insensibles à la piqûre du cnidaire.

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Les cnidocytes, redoutables armes chimiques

Que ce soit les anémones, les coraux ou les méduses, tous appartiennent à la famille des cnidaires et disposent de cellules urticantes : les cnidocytes. À l’intérieur de chaque cnidocyte se trouve une capsule — le cnidocyste — contenant un filament urticant. Lorsqu’un cil oriente l’ouverture de la capsule vers la proie, le filament est projeté comme un harpon à grande vitesse. Creux, il permet l’injection du venin directement dans la cible, et s’accroche grâce à de petits crochets.

Les coraux de feu (Millepora) sont en tête des cnidaires urticants, leur simple contact laisse un souvenir douloureux. Les cuboméduses (Chironex) produisent une toxine musculaire — la myotoxine — extrêmement dangereuse : leur venin peut être fatal en quelques minutes.

Nudibranches éolidiens et dragon bleu : spécialistes du détournement toxique

Certains nudibranches opistobranches — notamment les éolidiens comme les flabellines rencontrées en Méditerranée — consomment des cnidaires et accumulent leurs cellules urticantes dans des cnidosacs à l’extrémité de leurs cérates respiratoires. En cas de danger, ils libèrent ces cellules comme autant de mini-harpons toxiques.

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Le dragon bleu (Glaucus atlanticus) va plus loin : il ingère les cnidocytes de la galère portugaise (physalie) et en devient ainsi encore plus dangereux que sa proie !

Oursins, vers et éponges : des piqûres à ne pas sous-estimer

L’oursin toxique et la couronne d’épines

Parmi les échinodermes, Toxopneustes pileolus détient le record de toxicité. Cet oursin coloré, visible dans l’Indo-Pacifique, possède sur ses pédicellaires des glandes à venin — une piqûre douloureuse pouvant parfois s’avérer mortelle. Il convient aussi d’éviter le fameux Acanthaster (couronne d’épines), recouvert de piques chargées d’une substance aux effets allergisants et anticoagulants : infections et malaises ne sont pas rares après une blessure.

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Vers marins brûlants et éponges urticantes

Le ver de feu (Hermodice carunculata) aussi mérite sa mauvaise réputation : ses soies blanches, extrêmement fragiles, causent d’intenses brûlures quand elles pénètrent la peau.

Quant aux éponges, toutes ne sont pas inoffensives. Tedania ignis, l’éponge de feu présente dans les Caraïbes, les Bahamas et en Floride, irrite fortement la peau. Plus dangereuse encore : Neofibularia nolitangere — « éponge pas-touche » — cause de graves brûlures : les plongeurs doivent absolument s’en méfier.

Mollusques et autres redoutables toxines

Cones mortels et serpents marins

Les cônes (gastéropodes marins) figurent parmi les mollusques les plus dangereux. Le cône géographe (Conus geographus) capture ses proies via un dard relié à une trompe, et injecte des conotoxines neurotoxiques : leur potentiel thérapeutique intéresse d’ailleurs la recherche médicale pour leurs propriétés analgésiques et anticonvulsivantes. Mais manipulation déconseillée : leur dard traverse aisément un tissu fin.

Le saviez-vous ? Le cône géographe peut même endormir sa proie à distance grâce à une insuline à action rapide !

Les serpents marins, notamment en Nouvelle-Calédonie et en Australie (Grande Barrière de Corail), sont détenteurs du titre de serpents les plus venimeux du monde. Leur venin neurotoxique provoque rapidement paralysie puis asphyxie. Contrairement à une idée reçue, leur petite bouche ne les empêche pas de mordre un plongeur. Heureusement, il existe aujourd’hui un sérum efficace contre leurs morsures.

Poulpe à anneaux bleus et défenses chimiques des céphalopodes

Le poulpe à anneaux bleus, petit céphalopode australien, est trompeur par sa taille et son allure colorée. Ses splendides anneaux bleus sont un avertissement très clair. En cas de morsure, la céphalotoxine qu’il inocule — aussi présente dans les œufs — peut être mortelle. Cette toxine agit principalement comme un neurotoxique.

Stratégies défensives colorées

De nombreux nudibranches et planaires affichent leurs couleurs vives — appelées couleurs aposématiques — pour éloigner carnivores et curieux. Certains lièvres de mer (Aplysia) produisent, lorsqu’ils sont menacés, un liquide pourpre contenant l’aplysiovioline (issu des algues rouges consommées) ainsi que du peroxyde d’hydrogène : un cocktail chimique destiné à dissuader l’agresseur et prévenir leurs semblables du danger.

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Des nudibranches au manteau flamboyant comme le nembrotha de Kubary (Nembrotha kubaryana) ou le doris africain (Chromodoris africana) exposent fièrement leur signal de défense.

Toxines alimentaires : tétrodotoxine et ciguatera

La tétrodotoxine : attention au fugu !

La tétrodotoxine (TTX), produite par des bactéries et présente chez certains poissons tétrodontidés (poisson-globe, fugu), est une neurotoxine extrêmement puissante. Elle bloque le système nerveux par paralysie des muscles respiratoires. Manger seulement 100 à 250 grammes de chair contaminée peut entraîner la mort. Au Japon, seuls les chefs cuisiniers formés et habilités peuvent travailler ce mets, prenant soin de retirer viscères et foie — parties les plus toxiques.

La ciguatera : une intoxication tropicale

La ciguatera est une intoxication liée à la consommation de poissons de récifs coralliens, surtout chez les herbivores tels que les poissons-perroquets. En broutant sur les coraux morts, ils consomment le dinoflagellé Gambierdiscus, associé à une micro-algue. Cette toxine (gambiertoxine) est parmi les plus puissantes du monde vivant et résiste à la cuisson. Elle s’accumule dans la chaîne alimentaire, menaçant aussi les prédateurs comme le barracuda ou le mérou que certains pêcheurs consomment avec prudence.

Conclusion : la prudence, meilleure alliée du plongeur

Le monde marin est d’une richesse étonnante… et parfois dangereuse ! De l’arsenal venimeux des poissons aux toxines redoutables des mollusques et cnidaires, il existe mille façons pour les animaux sous-marins de se défendre. Pour le plongeur, la meilleure des préventions reste donc de ne rien toucher : admirer et photographier, oui — manipuler, jamais !

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Cet article, initialement écrit par Pascaline Bodilis-Guillemain pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

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