Vous rêvez d’une expérience unique avec les requins, sans partir au bout du monde ? Chaque été, les magnifiques requins bleus fréquentent les eaux au large de la Cornouailles, à seulement quelques heures de la France, pour le plus grand bonheur des plongeurs, photographes et passionnés de nature.

Les requins bleus, majestueux voyageurs des océans
Le requin bleu (Prionace glauca), ou “peau bleue”, est une espèce pélagique célèbre pour ses grandes migrations. Capables de parcourir des milliers de kilomètres, ces squales élégants traversent chaque année l’Atlantique à la recherche de nourriture — sardines, calmars, maquereaux — et s’installent temporairement au large du littoral sud-ouest britannique. Leur corps souple et leurs longues nageoires pectorales leur permettent d’affronter les grandes distances et les profondeurs océaniques.

Séduire les requins bleus : l’art de l’appât en Cornouailles
Spécialiste des requins et photographe, Charles Hood, basé à Penzance, a consacré sa vie à les observer. Lors de la raréfaction des rencontres en Californie, il a cherché à retrouver les requins bleus près de chez lui. Son secret pour les attirer ? Un savant mélange de têtes de poissons, de sang et de tripes, versé dans l’eau pour créer une piste olfactive. Autre astuce : une tête de poisson attachée à une ligne, simple tentation destinée à exciter leur curiosité… sans toutefois les rassasier ! Fort de plus de dix années d’expérience, Charles propose aujourd’hui des sorties qui attirent plongeurs, photographes et équipes de documentaires.

Plongée avec les requins bleus : récit d’une aventure
L’expérience démarre tôt le matin à Penzance, sous un ciel souvent incertain. Il faut savoir que la météo britannique, même en été, reste imprévisible — mieux vaut réserver un séjour de plusieurs jours pour maximiser ses chances (et prévoir des plans B, les magnifiques plages de Cornouailles restant idéales en cas de sortie annulée). Nous embarquons à 9h sur un semi-rigide, direction le grand large, à plus de 20 kilomètres des côtes. Dauphins joueurs et brume matinale nous accompagnent ; la mer, quoique agitée, promet une journée d’action.

L’attente : entre excitation et nature sauvage
Charles commence par préparer son appât. L’odeur puissante de poisson flotte sur le bateau, provocant parfois le mal de mer aux moins aguerris. Certains jours, les requins apparaissent en quelques minutes ; d’autres, il faut patienter des heures. Ce jour-là, la chance nous sourit : un premier aileron fend la surface, puis s’approche confi antement du bateau. Astuce de Charles : attendre qu’au moins deux requins soient présents avant de se mettre à l’eau, car ils sont moins nerveux en groupe.

Photographier les requins bleus : immersion en apnée
La rencontre se fait principalement en snorkeling, à la surface, car les requins restent rarement longtemps à bonne profondeur pour la plongée bouteille, laquelle les effraie souvent. Dès l’eau rejointe (température 16°C…), un des trois requins présents vient droit sur moi, museau à moins de 10 cm de l’objectif — simple curiosité, pas de menace : le requin bleu “teste” ce qui l’intrigue… avec le nez, puisqu’il n’a pas de mains ! Ce ballet de cercles concentriques autour du bateau se prête parfaitement à la photographie sous-marine, même s’il faut parfois shooter à l’instinct tant les squales sont mobiles. Leur robe d’un bleu étincelant, leur œil rond “doux” et curieux, ajoutent à la magie du moment.

Rencontres pélagiques : bien plus que les “peaux bleues” !
Une sortie requins au large, c’est toujours une loterie excitante. Outre les requins bleus, dauphins et poissons-lunes (Mola mola) sont possibles ; voire, certains jours, des requins pèlerins. Néanmoins, la star surprise du jour fut le thon rouge de l’Atlantique. Lorsqu’un ballet d’oiseaux attire Charles, nous plongeons dans une scène digne du “sardine run“ sud-africain : ban de sardines piqué en surface par des oiseaux et pris d’assaut de dessous par des thons rouges massifs. En quelques instants, les sardines disparaissent. Cette observation des thons rouges — rares à voir ainsi — s’ajoute à la popularité croissante de la région auprès des naturalistes : de plus en plus présents du fait de la pêche strictement interdite, ils offrent des scènes inoubliables, bondissant même hors de l’eau.

Une nature fascinante et imprévisible
À chaque sortie, la surprise peut survenir. Une mouette particulièrement audacieuse n’hésite pas à rivaliser avec les requins pour attraper l’appât, tandis que les méduses rayonnées (Chrysaora hysoscella) dérivent placidement sous la surface, brièvement étudiées… puis vite ignorées par les requins. L’observation varie selon les jours (nombre et proximité des requins, météo…), mais le spectacle, lui, est toujours au rendez-vous, à condition de faire preuve de patience et d’humilité.
Le requin bleu : un pélagique ultra-adapté
Appartenant à la famille des Carcharhinidés, le requin bleu présente tous les atouts du prédateur hauturier : un corps contre-ombré pour le camouflage, un odorat surdéveloppé, un museau bourré de récepteurs électromagnétiques (ampoules de Lorenzini) pour traquer ses proies. Il peut mesurer jusqu’à 4 m, bien que ceux de Cornouailles soient plus souvent des femelles d’1,5 à 2 m. L’espèce est remarquablement sociable et migre fréquemment en groupe. Pourtant, la biologie exacte de la population de Cornouailles demeure mystérieuse : peu de recherches approfondies ont encore été réalisées dans cette région.

Menaces et statut de conservation
Si la reproduction du requin bleu est rapide (portées de 25 à 50 petits), l’espèce reste victime de la pêche intensive, tant pour les nageoires (marché mondial) que comme prise accessoire ou cible des pêcheurs sportifs. Avec près de 20 millions de prises par an dans le monde, le requin bleu n’est pour l’heure classé que “quasi menacé” par l’UICN. Aux Royaume-Uni, aucun texte n’en assure la protection légale, et il n’est pas rare d’observer chez certains individus les stigmates de cette pression (blessures causées par les hameçons ou les lignes). Cela souligne le besoin urgent d’une meilleure réglementation pour l’avenir de l’espèce.

Infos pratiques pour plonger avec les requins bleus en Cornouailles
Quand venir ?
- Saison : Mi-juin à mi-octobre ; pic d’activité fin août.
Comment s’y rendre ?
- Départ : Penzance, Cornouailles (accès en voiture, train, ferry ou avion – aéroport le plus proche : Newquay).

Formalités & Santé
- Passeport ou carte d’identité valide.
- Prévoir des comprimés contre le mal de mer.
Climat et équipements
- Température de l’air : 20-30 °C en été. Prévoir vêtements chauds pour le bateau.
- Température de l’eau : 14 à 16 °C (préférer une combinaison néoprène épaisse de 5 mm minimum, ou semi-sèche / étanche). Gants obligatoires.
Informations utiles
- Décalage horaire : -1 heure par rapport à la France.
- Monnaie : Livre Sterling (£) – taux indicatif : 1 € ≈ £0,90 (données 2021).
- Prises électriques : Adapter pour prises de type G ; tension 230 V/50 Hz (identique à la France).
Tarifs et organisation
- Sortie privée avec Charles Hood (www.charleshood.com) : 895 £ pour 5 personnes maximum (995 £ les weekends). Nombreuses hébergements à Penzance.
Que faire en dehors de la plongée ?
- Plages populaires : Sennen, Porthcurno
- Randonnées : Long sentier côtier du Sud-Ouest
- Sports nautiques : Windsurf et kitesurf à Marazion ou Hayle
- Sites emblématiques : St. Michael’s Mount (accessible à pied à marée basse), le “jumeau” anglais du Mont-Saint-Michel
- Patrimoine : Découverte des vestiges de l’industrie d’extraction d’étain locale
Cet article, initialement écrit par Henley Spiers pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.


