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En janvier 1944, En janvier 1944, deux avions américains P-38 Lightning — le même modèle que celui d’Antoine de Saint-Exupéry — achevaient leur vol dans les fonds marins de la baie de La Ciotat.
En juillet 2026, il n’a fallu que quelques minutes pour que le mouillage d’un grand yacht de luxe détruise l’épave de l’un d’eux, celui piloté par le sous-lieutenant Harry H. Greenup. (https://www.aero-relic.org/index.php/p38-43-2545/). Cette destruction provoque de nombreuses réactions d’émotion et d’indignation dans le monde de la plongée sous-marine. Mais comment est-il possible que ce vestige de plus de 80 ans ait pu être détruit ainsi en quelques instants ?


Il est difficile de ne pas dresser un parallèle amer entre la destruction de notre patrimoine naturel et celle de notre patrimoine culturel, tous deux victimes d’une même origine. Au-delà des pertes économiques locales qu’il est sans doute possible de quantifier, la perte historique et culturelle, elle, est tout simplement inestimable.
On a beau nous assurer que les capitaines de ces navires sont des professionnels, qu’ils respectent la réglementation et qu’une “erreur” reste toujours possible, la colère est bien présente.

Quand un grand yacht mouille sur un tel bien culturel et le détruit, les conséquences dépassent la simple indignation. Cet acte peut déclencher une série de sanctions pénales et financières extrêmement lourdes, particulièrement dans les eaux très réglementées de la Méditerranée française.
Voici ce que risquent concrètement les responsables :
En résumé, le capitaine et l’armateur s’exposent à des poursuites judiciaires croisées émanant du ministère de la Culture et du ministère des Armées. Celles-ci peuvent mener à la saisie du navire, à des peines de prison et à des condamnations se chiffrant en centaines de milliers d’euros.


Bien sûr, ces sanctions semblent bien dérisoires face à la perte définitive de ce patrimoine. Mais tout comme pour la protection des habitats marins, ce désastre exige une réponse juridique à la hauteur de la destruction commise. Pour ce dossier, contrairement aux herbiers de Posidonie, il sera difficile d’argumenter sur « l’absence de démonstration rigoureuse ».
Le mouillage du bateau était dans une zone autorisée en zone périphérique du parc national des calanques. Comment une telle zone inclut-elle en son sein un bien culturel et historique ? Même avec une autorisation, comment le capitaine ne s’est-il pas posé de question sur le devenir de son mouillage et de la proximité de l’épave clairement identifiée sur les cartes marines ? Mouiller à 40 mètres de profondeur pour un bateau dépassant les 200 mètres de longueur, c’est immerger environ 250 mètres de chaîne. Si l’ancre n’est pas remontée à la verticale, on imagine aisément l’effet de cisaille sous l’eau.
L’enquête apportera des réponses. Mais au fond, cela ne changera rien : les dégâts sont irréversibles et nous avons perdu un élément de notre patrimoine culturel et maritime.
A l’image de la protection de nos habitats marins et de la biodiversité, la protection de notre patrimoine historique, culturel et maritime demande de nos jours une attention plus que renforcée ; d’autant plus que contrairement au vivant, dans ce cas, on ne peut ni réparer, ni restaurer.
Texte Pierre Boissery
Photo d’ouverture Dominique Barray