Le grand requin blanc, un colosse des mers, oscille entre fascination et effroi. L’attrait qu’il exerce sur les plongeurs, avides de sensations fortes lors de rencontres sous-marines, demeure intact. Pour mieux comprendre ce magnifique prédateur, dont les populations semblent malheureusement décliner, nous avons sollicité l’expertise d’Alessandro De Maddalena, naturaliste de renom et spécialiste mondialement reconnu de l’espèce.

Au Sommet de la Chaîne Alimentaire : Un Rôle Essentiel
Le grand requin blanc, prédateur redoutable et acteur de la sélection naturelle, est également un charognard marin. Il joue un rôle crucial dans le maintien de l’équilibre des écosystèmes océaniques. Ses stratégies de chasse varient en fonction des régions et des proies disponibles.
Un Régime Alimentaire Éclectique
Le grand blanc figure parmi les espèces au régime alimentaire le plus diversifié. Il se nourrit d’une large gamme de proies : poissons osseux, requins, raies, mammifères marins, mollusques, crustacés, tortues marines et oiseaux.

Toutefois, contrairement à ce que l’on pourrait penser, sa consommation de nourriture est relativement limitée. Un individu d’environ 4,60 mètres peut survivre jusqu’à un mois et demi après avoir ingéré 30 kg de graisse de baleine ou de pinnipède.
Un Prédateur Opportuniste
Le grand requin blanc est un prédateur opportuniste. Il adapte son régime alimentaire en fonction de la disponibilité des espèces dans une zone et à une période donnée. Lorsqu’une proie se raréfie, il se tourne vers une autre. Une espèce abondante ou facile à capturer peut ainsi devenir un élément dominant de son alimentation.
Les carcasses, notamment celles de grands cétacés, représentent une source d’énergie idéale. Le requin optimise leur exploitation en ciblant la graisse, riche en énergie.
Adaptations Alimentaires Selon l’Âge
L’alimentation du grand requin blanc évolue avec l’âge. Les individus de plus de 3 mètres privilégient la chasse aux mammifères marins, tandis que les plus jeunes se nourrissent davantage de poissons osseux et de requins.
Le cannibalisme, bien que présent chez d’autres espèces de requins, est très rare chez le grand blanc et n’a été observé que sur des spécimens blessés ou capturés.
Chasse Solitaire : L’Art de la Surprise
Le grand requin blanc est un chasseur solitaire qui attaque de manière imprévisible, rapide et violente. L’effet de surprise est essentiel à son succès, car la plupart de ses proies sont agiles, rapides et puissantes. Les poursuivre serait trop difficile et énergivore.

L’attaque surprise permet de capturer la proie en minimisant les risques de blessures et la dépense d’énergie.
Techniques d’Attaque
Le prédateur utilise sa masse imposante et sa vitesse fulgurante pour frapper, désorienter et assommer sa proie, attaquant horizontalement ou verticalement.
L’attaque verticale est particulièrement impressionnante. Le requin prend de la vitesse en profondeur, jusqu’à une vingtaine de mètres, nageant le long d’une ligne inclinée de 45 à 90 degrés par rapport à sa cible. La violence de l’impact peut projeter la proie hors de l’eau !
Études Comportementales : Focus sur les Colonies de Phoques et d’Otaries
Plusieurs études ont été menées aux îles Farallon et sur l’île d’Año Nuevo, au large de la Californie. Ces zones abritent d’importantes colonies de phoques et d’otaries, notamment des otaries de Californie (Zalophus californianus), des éléphants de mer du Nord (Mirounga angustirostris), des otaries de Steller (Eumetopias jubatus) et des phoques communs (Phoca vitulina).
Stratégies de Chasse : Cibler les Proies les Plus Accessibles
Dans ces eaux, les éléphants de mer sont plus souvent victimes des grands requins blancs que les otaries. Ces dernières, plus rapides et agiles, sont plus difficiles à chasser et vivent souvent en groupe, contrairement aux éléphants de mer, généralement solitaires au large.
La Technique de l’Attaque Désactivante
Pour capturer les éléphants de mer, le grand requin blanc utilise une technique éprouvée : une première attaque par le bas ou par derrière, infligeant une profonde morsure à l’arrière du corps pour désactiver le système de propulsion du pinnipède.

Le requin attend ensuite que sa proie, blessée et en état de choc, saigne à mort. Il revient quelques minutes plus tard pour consommer la carcasse. Parfois, l’attaque consiste à décapiter la proie.
Chasse aux Otaries : Viser les Organes de Propulsion
Lorsqu’il s’attaque aux otaries, le succès du requin dépend de sa capacité à infliger une morsure au milieu du corps, touchant les nageoires antérieures, qui sont leurs principaux organes de propulsion.
A l’Assaut des Bébés Otaries à Seal Island
Le comportement de prédation du grand requin blanc a également été observé à Seal Island, en False Bay, Afrique du Sud, où réside une colonie de 60 000 otaries à fourrure du Cap (Arctocephalus pusillus pusillus).
Dans ces eaux, les grands blancs ciblent principalement les jeunes otaries qui reviennent seules sur l’île après avoir cherché de la nourriture. L’attaque se déroule en surface et dure généralement moins d’une minute.
L’Attaque Surprise au Lever du Soleil
Le plus souvent, l’attaque consiste en une seule attaque surprise violente, avec un saut hors de l’eau, généralement peu après le lever du soleil. La lumière est alors suffisante pour que le requin repère clairement l’otarie à la surface, mais insuffisante pour que la proie détecte l’approche du prédateur.

Les chances de succès du requin diminuent avec l’augmentation de la luminosité. C’est dans cette région que les sauts sont les plus fréquents.
Morsure à la Queue : Une Technique pour les Proies Rapides
Il arrive que les grands requins blancs immobilisent leurs proies en leur mordant la queue. On suppose que cette technique est utilisée lors d’attaques verticales contre des animaux rapides tels que les thons et les dauphins.
Cette tactique expliquerait la présence de blessures à l’arrière du corps et sur la nageoire caudale de certaines proies. Pour éviter d’être détectés par les dauphins et les marsouins, les requins s’approchent par en dessous, par au-dessus ou par derrière, car ces odontocètes possèdent un sonar dirigé vers l’avant et un champ de vision latéral.
Curiosité et « Spy-Hopping »
Le grand requin blanc est un animal curieux. Il peut sortir la tête hors de l’eau pour observer, un comportement appelé « spy-hopping » chez d’autres espèces comme les orques. Cela peut également lui permettre d’évaluer la position d’une proie hors de l’eau, comme un pinnipède se reposant sur un rocher.
Capacités d’Apprentissage et Comportement Ludique
Le grand requin blanc est un prédateur intelligent, doté de capacités d’observation et d’apprentissage remarquables. Il peut modifier son comportement en fonction de ses expériences passées et affiner ses techniques de chasse.
Morsures Non Consommatrices
Il arrive que le grand blanc morde des animaux qu’il ne consomme pas, entraînant leur mort. Cela concerne les loutres de mer (Enhydra lutris), les otaries à fourrure du nord (Callorhinus ursinus), les manchots africains (Spheniscus demersus) et les goélands dominicains (Larus dominicanus).
Confusion avec les Surfeurs ?
L’hypothèse selon laquelle les grands requins blancs attaqueraient les surfeurs en confondant leur planche avec une otarie a été avancée. Cependant, il a été démontré qu’ils s’attaquent également à des objets inanimés très variés, sans ressemblance avec une otarie en termes de forme, de taille ou de couleur.
Entraînement à la Chasse et Activité Ludique
On peut donc supposer que de nombreuses attaques sont en réalité une forme d’activité ludique, un entraînement à la chasse. Cela pourrait expliquer pourquoi certains grands requins blancs attaquent une fausse otarie remorquée derrière un bateau dans les eaux sud-africaines, une technique utilisée pour les photographier en plein saut.
Concurrence et Hiérarchie au Sein de l’Espèce
La compétition survient lorsque plusieurs requins tentent de se nourrir simultanément de la même proie. Des blessures résultant d’agressions entre individus de la même espèce ont été observées chez des mâles et des femelles, matures ou non. Ces blessures sont souvent plus graves que les « morsures d’amour ».
Communication et Évitement des Conflits
Ces comportements ont avant tout une fonction de communication. Le prédateur signale à ses congénères et aux autres espèces qu’il est prêt à attaquer et capable d’infliger des blessures graves. Cela permet d’éviter les combats directs, le « perdant » se retirant sans confrontation.

Structures Sociales Temporaires
Les grands requins blancs forment souvent des structures sociales temporaires ou durables, créant des groupes de composition fixe régulièrement observés sur les mêmes sites.
Hiérarchies Alimentaires
Lorsqu’ils se nourrissent, des hiérarchies sociales sont observées, non seulement entre les grands blancs eux-mêmes, mais aussi entre eux et d’autres espèces. Par exemple, ils dominent les requins peau bleue (Prionace glauca) et les requins plat-nez (Notorynchus cepedianus) à proximité d’une source de nourriture. Cependant, les requins tigres (Galeocerdo cuvier) ne renoncent pas à se nourrir en présence d’un grand requin blanc plus grand, du moins lorsqu’ils sont en groupe.
Hiérarchie Basée sur la Taille
Au sein de l’espèce, la taille des individus est un facteur déterminant dans l’établissement des hiérarchies. En général, les plus petits évitent naturellement les plus grands près d’une source de nourriture.
Comparaison de Taille
Pour comparer leur taille, deux spécimens nagent parallèlement jusqu’à ce que l’un s’incline face au dominant et s’éloigne rapidement.
Autres Méthodes d’Évaluation
Dans d’autres cas, les deux requins nagent parallèlement, mais dans des directions opposées, simplement pour s’observer et évaluer leurs dimensions respectives. Il arrive aussi qu’ils nagent l’un vers l’autre sur la même trajectoire, jusqu’à ce que l’un, se sentant plus faible, cède et s’écarte en accélérant.
Intimidation
Une autre forme de pression consiste pour un grand requin blanc à suivre un autre de près, ce qui incite l’autre à accélérer et à s’éloigner.
Attitudes Menacantes
Lorsqu’un grand requin blanc tue une proie, d’autres sont attirés par la nourriture. Le dominant répond à ces « invités » par diverses attitudes menaçantes.
Signaux de Domination
On peut observer deux individus soulever leurs nageoires caudales et éclabousser l’eau l’un contre l’autre. Celui dont les coups de queue sont les plus puissants et fréquents est autorisé à manger. Un requin peut également sauter hors de l’eau, émergeant aux deux tiers à un angle de 30 à 60 degrés par rapport à la surface.
Postures d’Avertissement
D’autres postures menaçantes incluent l’abaissement léger de la mâchoire inférieure, la protrusion de la mâchoire supérieure et l’abaissement des deux nageoires pectorales.
Non-Territorialité
Les grands requins blancs ne sont généralement pas territoriaux. Même dans les zones où ils sont nombreux ou présents en permanence, ils partagent ces espaces avec d’autres membres de leur espèce et avec d’autres requins.
A la Rencontre du Grand Blanc : Une Expérience Inoubliable
Chaque année, des milliers de plongeurs se lancent à la rencontre des grands requins blancs. Cette activité pourrait contribuer à la sauvegarde de l’espèce. De l’Australie-Méridionale à l’Afrique du Sud, en passant par le Mexique, les comportements et les conditions d’observation varient. Chaque zone a ses spécificités, mais les règles de sécurité restent les mêmes.
Destinations Phares pour l’Écotourisme Requin
Les principales destinations pour l’écotourisme consacré aux grands requins blancs sont les îles Neptune en Australie-Méridionale, False Bay, Gansbaai et Mossel Bay en Afrique du Sud, et Guadalupe au Mexique.
Choisir sa Destination : Sauts, Visibilité ou Plongée au Fond ?
Tous ces sites ne se valent pas. Si vous rêvez de voir un grand blanc sauter, False Bay et Mossel Bay en Afrique du Sud sont les meilleurs choix, de juin à août. Si vous privilégiez une visibilité exceptionnelle, optez pour Guadalupe au Mexique, de septembre à novembre, ou les îles Neptune en Australie, d’avril à octobre ou de novembre à février.
Plongée en Cage au Fond : Une Exclusivité Australienne
Pour une expérience unique de plongée en cage posée sur le fond, entre 15 et 20 mètres de profondeur, rendez-vous aux îles Neptune en Australie, le seul endroit où cette technique est pratiquée.
Plongée en Cage : Une Sécurité Indispensable
L’utilisation d’une cage est obligatoire sur tous les sites d’observation. Les grands requins blancs restent des animaux sauvages. Tout comme il est interdit de marcher à côté d’un lion lors d’un safari, il est impossible de nager à côté d’un requin blanc sans protection.
Cage Diving : Observer en Toute Sécurité
Le « cage diving » désigne la plongée en cage, que ce soit avec bouteille, avec un détendeur relié au bateau, ou plus souvent avec un simple tuba ou en apnée. L’objectif est d’observer les requins en toute sécurité.
Une Activité Utile et Positive
La plongée en cage est une activité utile et positive, mais elle doit être pratiquée dans le respect de certaines règles, à la fois pour protéger les participants et pour préserver les animaux observés.
Caractéristiques de la Cage
La cage doit avoir des ouvertures suffisamment larges pour permettre l’observation et la photographie des requins, mais pas assez pour qu’un requin puisse y introduire sa tête.
Interdiction de Nourrir les Requins
Il est interdit de nourrir les requins, une règle essentielle avec tout animal sauvage, car cela peut modifier son comportement.
Chum et Appât : Attirer Sans Nourrir
L’utilisation d’un appât est indispensable pour attirer le requin vers le bateau et maintenir son intérêt, mais il ne doit pas être autorisé à le manger. Il est normal qu’il s’en empare occasionnellement, mais il est néfaste que cela se produise continuellement ou trop souvent. L’expérience de l’équipe est donc primordiale.
Sélection des Appâts
Les appâts doivent être constitués de poissons osseux, et si possible, de déchets plutôt que de poissons entiers spécialement pêchés, afin de minimiser l’impact sur l’environnement. Ils doivent être de petite taille pour éviter un apport calorique important si le requin les avale.
Manipulation de l’Appât
L’appât doit être déplacé depuis les côtés de la cage, de sorte que lorsque le requin s’approche et que l’appât est tiré vers le bateau pour le rapprocher de la cage, l’animal n’entre pas en contact avec la cage. Il ne doit jamais être maintenu contre les barreaux pour éviter les blessures.
Priorité à la Sécurité du Requin
En résumé, travailler correctement, c’est faire tout son possible pour que le requin n’entre en contact ni avec la cage, ni avec le bateau, et encore moins avec les moteurs.
Composition du Chum
Le « chum » utilisé pour attirer les requins est une purée de poisson déchiquetée, mélangée à du sang et de l’huile de poisson.
Utilisation Responsable du Chum
Dans les zones à forte densité de requins où la plongée en cage est pratiquée, une petite quantité de chum et une attente patiente suffisent généralement pour attirer les animaux. Compte tenu de l’état préoccupant des populations, aucun opérateur ne devrait utiliser de parties de requin, que ce soit comme appât ou comme chum.
Plongée en Cage : Un Outil de Sensibilisation
Depuis une trentaine d’années, la plongée en cage permet à un public plus large de s’immerger dans l’environnement naturel de ce prédateur marin, incluant non seulement les biologistes, les photographes et les documentaristes, mais aussi les simples touristes.
Accessibilité et Compatibilité Écologique
Le fait qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir un niveau de plongée bouteille rend l’activité accessible à tous. Elle est également écologiquement compatible si elle est pratiquée avec bon sens et par un opérateur expérimenté.
Soutenir les Opérateurs Responsables
Il est de notre responsabilité, en tant que clients, de privilégier les opérateurs qui respectent scrupuleusement les règles de sécurité et de protection des animaux.
Valorisation du Requin Blanc
Le grand requin blanc est une espèce protégée dans les zones où il est le plus abondant. L’engouement pour la plongée avec ces animaux a contribué à valoriser ce prédateur auprès du grand public. Un grand requin blanc vivant a une valeur bien supérieure à celle d’un requin mort.
Encadré : Attaques sur l’Homme
Bien que considéré comme l’une des espèces les plus dangereuses, le grand requin blanc est responsable de relativement peu d’attaques sur l’homme.
Attaques Non Mortelles
Dans la majorité des cas, l’attaque se limite à un premier contact, sans que le requin ne consomme ou ne tue la victime. La mort résulte généralement d’une hémorragie massive suite à la morsure.
L’Homme N’est Pas une Proie Habituelle
La rareté des attaques montre que l’homme n’est pas considéré comme une source de nourriture normale par cet animal.
Causes Possibles des Attaques
Les attaques non provoquées peuvent être attribuées à diverses causes : activité ludique, entraînement à la chasse, menace, défense, erreur, exploration ou alimentation. La plupart seraient le résultat d’un entraînement à la chasse ou d’une exploration.
Risques Comparés
Il est important de rappeler que le nombre de décès liés à d’autres activités en mer dépasse largement celui causé par les attaques de requins. La réalité est bien différente du film « Les Dents de la Mer » de Steven Spielberg.
Cartouches Pratiques : Destinations Plongée Requin Blanc
Afrique du Sud
- Type de sortie : Sorties à la journée
- Type de cage : Cage en surface
- Alimentation en air : Non, apnée
- Utilisation : Chum et appât
- Température de l’eau : Environ 14°C
- Visibilité : 1 à 10 mètres
- Période : Juin à août
- Navigation : 15 à 25 minutes
- Prix : Environ 160 euros par plongée
Guadalupe (Mexique)
- Type de sortie : Croisière, de 5 à 15 nuits
- Type de cage : Cage en surface ou à 10 mètres
- Alimentation en air : Narguilé
- Utilisation : Chum et appât
- Température de l’eau : Environ 20°C
- Visibilité : 20 à 30 mètres
- Période : De juillet à novembre
- Navigation : 30 heures, conditions souvent difficiles
- Prix : A partir de 2400 Euros la croisière de 5 nuits
Australie
- Type de sortie : Sorties à la journée ou croisières de 4 ou 5 nuits
- Type de cage : Cage en surface ou au fond (15 à 25 mètres)
- Utilisation : Chum et appât
- Alimentation en air : Narguilé ou bouteilles
- Température de l’eau : Environ 17°C
- Visibilité : 20 mètres
- Période : D’avril à novembre
- Navigation : Environ 5 heures
- Prix : 2000 à 2500 Euros la croisière de 5 nuits
Cet article, initialement écrit par Alessandro De Maddalena pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



