Ce seigneur des océans fascine autant qu’il effraie. L’attrait des plongeurs pour la rencontre avec ce prédateur mythique reste intact. Pour mieux comprendre ce géant marin, dont les populations semblent décliner, nous avons interrogé Alessandro De Maddalena, naturaliste et expert mondialement reconnu de l’espèce.

Des Populations Fragilisées
Bien que les chiffres précis manquent, le grand requin blanc voit ses populations régresser dans tous les océans. L’espèce, protégée partout depuis l’initiative pionnière de l’Afrique du Sud en 1991, demeure confrontée à de multiples menaces.
- Distribution Cosmopolite : Présent dans les océans Atlantique, Pacifique et Indien, c’est l’une des espèces de requins les plus répandues.
- Adaptabilité Exceptionnelle : Il supporte des températures extrêmes, des eaux de la mer de Béring aux zones tropicales côtières.
- Zones de Concentration : Les populations les plus importantes se trouvent en Afrique du Sud, en Californie centrale, à Guadalupe (Mexique), en Nouvelle-Angleterre et en Australie-Méridionale. On le rencontre aussi dans la baie de New York, le détroit de Sicile, au Japon, au Chili central, en Nouvelle-Zélande et à Madagascar.
- Philopatrie : Les grands requins blancs montrent une préférence marquée pour certains lieux, où ils séjournent ou retournent régulièrement, notamment pour se nourrir et se reproduire.
Points de Rassemblement : Plutôt que de suivre des routes migratoires définies, ils convergent vers des zones spécifiques à certaines périodes, attirés par leurs proies favorites.
Malgré une vaste aire de répartition, le grand requin blanc est devenu rare dans toutes les eaux du globe. Il affectionne les eaux côtières au large des plateaux continentaux et insulaires des mers tempérées, privilégiant les zones proches des hauts-fonds, des îles, des détroits et des chenaux riches en nourriture. Le « grand blanc » évolue surtout en surface (14 à 32 m), mais il peut plonger jusqu’à 1280 m, voire plus. Paradoxalement, il s’approche rarement des côtes, sauf exceptionnellement, où il a été observé à moins de 50 m du rivage, dans des eaux de moins de 2 m de profondeur.

Une Maturité Sexuelle Tardive et Délicate
- Âge de la Maturité : Le mâle atteint sa maturité sexuelle entre 9 et 10 ans (3,50 à 4,10 m), la femelle entre 12 et 14 ans (4 à 5 m).
- Période d’Accouplement : L’accouplement a lieu au printemps ou en été.
- Parade Nuptiale : Un mâle a été vu suivant une femelle de près, touchant son ventre avec son museau, probablement pour évaluer sa réceptivité. L’accouplement lui-même n’a été observé qu’une seule fois, en Nouvelle-Zélande. Le mâle mord la femelle (morsures d’amour), laissant des cicatrices sur diverses parties du corps.
- Reproduction : Le mâle insère un ptérygopode (organe copulateur) dans le cloaque de la femelle. L’accouplement dure environ 40 minutes. Le sperme est protégé par des spermatophores.
- Viviparité Aplacentaire : L’espèce est vivipare aplacentaire : les embryons se développent dans l’utérus en se nourrissant de leur sac vitellin et d’œufs non fécondés (oophagie).
- Gestation et Naissance : La gestation dure environ un an. Les naissances se produisent au printemps et en été dans les régions tempérées, avec des portées de 2 à 17 petits (81 à 151 cm). Les jeunes sont autonomes dès la naissance.
Zones de Nurserie : Comme beaucoup d’espèces, les grands requins blancs ont des zones de nurserie, notamment en Californie du Sud (USA), en Basse-Californie et mer de Cortez (Mexique), dans le golfe médio-atlantique (Massachusetts à Caroline du Nord, USA), le détroit de Sicile, l’Afrique du Sud orientale (Mossel Bay au KwaZulu-Natal), l’Australie-Méridionale, la Nouvelle-Zélande et le Japon.

Une Vulnérabilité Accrue
La maturation sexuelle tardive, la longue gestation, le faible nombre de jeunes par portée et la rareté des zones de nurserie rendent l’espèce très vulnérable à la pêche.

- Menaces : Malgré la protection dont elle bénéficie, l’espèce est menacée par la pêche (confusion avec d’autres espèces comme le requin-taupe commun ou le requin mako), le finning (amputation des ailerons pour la soupe d’ailerons), les captures accidentelles (thon, espadon) et la pêche sportive illégale. Le commerce des dents et des mâchoires persiste aussi.
- Contamination : La consommation de la viande du grand requin blanc est déconseillée en raison de l’accumulation de toxines (mercure) dans le haut de la chaîne alimentaire.
Les populations ont chuté de manière alarmante au cours des 40 dernières années. L’Afrique du Sud a été pionnière en matière de protection en 1991, imitée par de nombreux pays. Mais cela ne suffit pas. Un suivi attentif, une protection efficace avec de lourdes sanctions, une gestion prudente des pêcheries (prises accessoires), la préservation de l’environnement marin (proies) et un contrôle rigoureux de la recherche et de l’écotourisme sont indispensables.
Cet article, initialement écrit par Alessandro De Maddalena pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



