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Explorateurs des profondeurs

Fascinés par l’inconnu et ce qu’il reste encore à découvrir de notre planète, Jill Heinerth, Mugdha Flores et Olivier Testa explorent les profondeurs. Ils rapportent de leurs expéditions complexes et périlleuses, des histoires à partager

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Ossements de crocodiles découverts dans la Cueva de Macho, en République dominicaine. « Macho » est le nom d’un des guides locaux. © Phillip Lehman, Angel Compres, Olivier Testa.

L’appel de l’exploration

« Mon plaisir en plongée est toujours venu de l’exploration. Aller là où personne n’est allé auparavant est incroyablement gratifiant, explique la Canadienne Jill Heinerth. Je suis pleine d’émerveillements lorsque j’ai l’opportunité d’une exploration unique, de rapporter des photos et des vidéos. Mais la vraie joie vient surtout des histoires à partager avec les autres. » Cette intrépide a passé plus de trois décennies à explorer et filmer, dans le monde entier, des grottes submergées.

Jill, surnommée l’exploratrice des « veines de la Terre Mère », partage ses expériences à travers ses films pour PBS, le National Geographic Channel et la BBC, ainsi que dans plusieurs ouvrages. Ses conférences se déroulent dans des lieux prestigieux comme la Société géographique royale du Canada et le Club des Explorateurs de New York, où elle est membre. « J’aime rendre visite à des écoliers lorsque je travaille sur un projet. Il est important de donner la possibilité d’inspirer la prochaine génération d’explorateurs. Lors d’un voyage à Chuuk, en Micronésie, j’ai été émue par l’accueil et l’enthousiasme des élèves. »

Pionnière en Antarctique

Jill Heinerth est une plongeuse tek de pointe, experte des technologies de recycleur. « Mon but dans la vie était de trouver un moyen de rester dans l’eau autant que possible. Disposer d’une variété de moyens pour y parvenir m’a aidée à bâtir ma carrière. » Elle a fait partie de l’équipe américaine de spéléologie profonde, pilotant le premier appareil de cartographie en 3D.

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Premières plongées en recycleur à l’intérieur d’un iceberg en Antarctique, jamais effectuées dans la région. Le projet National Geographic comprenait l’exploration du plus grand iceberg de l’histoire. © Jill Heinerth

Concernant ses projets futurs, elle dit : « La liste des endroits que j’aimerais explorer est très longue, de l’atoll de Johnston dans le Pacifique Sud à plusieurs projets de spéléologie au Canada. Si j’avais tout l’argent du monde, j’aimerais voir notre planète bleue depuis l’espace. » Pour Jill, chaque risque pris doit avoir un but, notamment informer sur des problèmes mondiaux majeurs liés à l’eau et au changement climatique. Elle collabore ainsi avec des scientifiques pour des missions ayant permis la découverte de vestiges de la civilisation maya et de grottes sous les montagnes de l’Oural.

En 2001, elle dirige les premières plongées dans des grottes sous-marines à l’intérieur du gigantesque iceberg B-15 en Antarctique. L’exploration et le tournage de son documentaire ont duré soixante jours. Un incident aurait pu lui coûter la vie : « Je me suis retrouvée piégée par la glace et un puissant courant descendant. Finalement j’ai pu refaire surface, mais hors de vue du bateau. » Avant toute immersion complexe, Jill évalue sa capacité à effectuer elle-même son propre sauvetage. « Si la réponse est oui, alors je peux m’immerger en confiance. Si quelque chose ne va pas sous l’eau, j’utilise des techniques de respiration pour rester concentrée. »

Affronter la peur en plongée

La peur, pour Jill, est un moteur essentiel de l’exploration. Elle ne plonge qu’avec des compagnons conscients des risques. Elle se remémore une situation en Floride, dans une grotte sous-marine, où une plongeuse a paniqué. « La ligne de vie s’est emmêlée dans son équipement. Nous avons dû faire face à ce piège sans visibilité, avec un fil d’Ariane rompu. Heureusement, nous sommes revenues saines et sauves ce jour-là car nous avions suffisamment de gaz pour faire face à l’urgence. »

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Les plongeurs explorateurs de la Dominicain Republic Speleological Society (DRSS) dans le labyrinthe aquatique de la grotte Anjanamba, à Madagascar. © Phillip Lehman, Dart, Patrick Widmann.

Jill explique ces moments difficiles dans un but didactique. « Certaines personnes sont effrayées par l’obscurité des grottes, alors que pour moi, c’est une invitation vers l’inconnu. » Olivier Testa, spéléologue français, partage ce sentiment. Originaire de Grenoble, il précise que « les spéléos doivent apprivoiser le milieu subaquatique pour plonger en grotte. Les plongeurs, eux, doivent apprivoiser la peur du noir et les plafonds de roche. »

Olivier est devenu plongeur par nécessité. Lors d’une exploration dans le massif de la Chartreuse, un siphon a stoppé sa progression. Il s’est alors formé à la plongée autonome. Certaines galeries souterraines sont entièrement noyées : « L’eau y est d’une limpidité parfaite, une visibilité qui semble infinie. » Cette eau provient d’importantes infiltrations ou de rivières aériennes qui deviennent souterraines puis ressortent.

De l’eau précieuse dans les déserts

À travers environ cinquante expéditions au Gabon, en Chine, au Cameroun, et plus, Olivier a inventorié des centaines de cavités. Coauteur de publications scientifiques, il explore les cavités où l’accès à l’eau potable est crucial. « J’explore, je relève la topographie au compas et au profondimètre, puis je dessine la forme des galeries. Dimensionner le diamètre des conduits souterrains permet de mesurer le volume d’eau potable disponible. »

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Portage de matériel de plongée par des sherpas sur le plateau Mahafaly, à Madagascar. © Olivier Testa.

Ces réserves d’eau pourraient améliorer l’accès à l’eau des populations vivant dans des espaces désertiques. Dans le sud-ouest de Madagascar, Olivier continue d’explorer la grotte Anjanamba, la plus longue d’Afrique, avec déjà 11 km de galeries inondées. « Découvrir de nouveaux passages où personne n’est allé, c’est ce qui me fait vibrer. » Il trouve également des vestiges archéologiques et paléontologiques dans des galeries vierges, témoignant de l’histoire de notre planète.

Découvertes dans les fosses abyssales

En 2013, Olivier découvre une immense résurgence en Haïti, qui n’était mentionnée dans aucun rapport. Le débit impressionnant en saison sèche prouve l’existence d’un réseau sous-terrain. En 2017, il plonge enfin dans cette source. « Nous avons organisé une expédition avec la Dominican Republic Speleological Society. » Au cours des expéditions suivantes, des galeries encore plus grandes sont découvertes.

Mugdha Flores, biologiste d’origine indienne, explore des terrains abyssaux. Participant à des missions de l’Ocean Exploration Trust à bord de l’EV Nautilus, elle a exploré les profondeurs marines. « Ma première expédition était au large des côtes hawaïennes. J’y ai étudié les espèces des fosses abyssales de l’Antarctique. » Fascinée par les écosystèmes profonds, elle souhaite sensibiliser le public aux merveilles de ces profondeurs.

Où ne vont que les ROV

Depuis 2009, l’Ocean Exploration Trust consacre des budgets à l’exploration scientifique des fonds marins. Ces expéditions pluridisciplinaires, en collaboration avec des robots sous-marins (ROV), permettent de créer des cartes détaillées des zones marines. Les ROV Hercules et Argus, équipés de caméras 4K, partagent en direct les découvertes avec le public sur www.nautiluslive.org.

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Dans la salle de contrôle, pendant les explorations, Mugdha Flores suit les images filmées par les véhicules sous-marins téléopérés (ou ROV, Remotely Operated underwater Vehicle). Elle commente en direct pour le grand public. © Ed McNichol for OET.

Mugdha partage ses expériences en répondant aux questions du public. Elle souligne la beauté des cratères volcaniques et la diversité des fonds marins. « J’encourage les établissements scolaires à interagir avec les scientifiques. » Récemment, elle s’est formée à plonger en combinaison étanche pour explorer les eaux froides. « En pleine mer, sentir les vagues est exaltant et nous rappelle l’immensité de l’océan. »

Formation et sécurité

En 2017, Olivier Testa a suivi une formation Full Cave au Mexique pour explorer en toute sécurité les grottes noyées. Cette formation aborde les erreurs courantes et la nécessité de redondance du matériel. « Nous travaillons la flottabilité jusqu’à ce qu’elle soit une seconde nature. » Les plongées en situation réelle sont simulées pour préparer les plongeurs aux imprévus.

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Parés pour une explo à Anjanamba (Madagascar). © DRSS.

Exergue

« La plus belle exploration, c’est celle qu’on est en train de faire. En immersion de grottes, on est entièrement concentré sur l’instant présent. »

Pour en savoir plus sur ces explorateurs

Jill Heinerth
Site web
Youtube
Podcast

Olivier Testa
Site web
Films de la DRSS
Vimeo Olivier Testa

Ocean Exploration Trust
Site web
Meilleurs moments de l’expédition 2019

Cet article, initialement écrit par Alexie Valois pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Image d’ouverture © Jill Heinerth

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