L’expédition GOMBESSA 6 a jeté son ancre sur les anneaux coralligènes du Cap Corse, promettant de nouvelles découvertes ! Ces structures circulaires intrigantes, disséminées sur 8000 hectares à plus de 100 mètres de profondeur, suscitent la curiosité des scientifiques. Les premiers résultats sont encourageants, mais l’équipe de Laurent Ballesta prévoit déjà une nouvelle mission pour percer leurs derniers secrets.

L’Humain, un atout irremplaçable
« Tout ce qu’un homme est capable de faire avec davantage de dextérité qu’une machine, estime Laurent Ballesta, nous l’avons fait, avec minutie. Preuve, une fois de plus, que le plongeur est incontournable lorsqu’il s’agit d’être précis. » Au-delà de la science, Ballesta se réjouit des images inédites capturées, dévoilant des paysages et des espèces inconnues.

Gombessa 6 : Une Moisson de Données
Malgré le travail d’analyse en cours, Gombessa 6 est déjà un succès. Découverts en 2011 par l’IFREMER, l’Université de Corte et la Comex via le sous-marin Remora 2000, ces anneaux restaient énigmatiques. Cet été, une quarantaine de chercheurs ont collaboré sur une quinzaine de protocoles : cartographie, carottage, étude des courants, ADN environnemental, autant d’approches complémentaires pour étudier la zone.

Exploration de la Biodiversité
Le recensement de la faune et de la flore est en marche. L’équipe d’Andromède Océanologie exploite photos, vidéos, hydrophones (installés 13 jours durant) et modélisations 3D. Des quadrats photographiques permettent d’évaluer l’abondance des espèces fixées. L’ADN environnemental extrait d’échantillons d’eau révèle la présence de poissons invisibles, grâce à l’analyse des traces ADN laissées.

Les analyses prendront des mois, mais déjà, des rencontres inédites ont eu lieu, avec trois espèces non identifiées : un nudibranche Tritonia, une simnie et un pantapode. Le poisson Photogrammus alboranensis, lui, a été photographié pour la première fois dans son habitat naturel !

L’étude des gorgones (rouges, jaunes, corail rouge) et de la faune associée est aussi cruciale. La présence de Callogorgia, typiques des grands fonds, intrigue. « C’est vraiment l’une des particularités du site, explique Julie Deter. On y trouve des espèces classiques du coralligène, mais aussi certaines des grands fonds. C’est un peu un lieu de rencontre entre les deux mondes. »
Cartographie et Modélisation 3D
Julie Deter ajoute : « Nous avons également beaucoup avancé sur la cartographie, en utilisant les techniques de bathymétrie fine sur les 6815 hectares où s’étendent les anneaux. Et nous avons pu réaliser une modélisation 3D de quatre d’entre eux ».

La comparaison avec un modèle 3D de 2014 (campagne MEDATOLLS par la COMEX) permettra de comprendre l’évolution des anneaux. Des carottages au centre de trois anneaux étudiés devraient révéler leur origine. Près de là, une série de grottes (jusqu’à 20 mètres de haut) pourrait être un ancien littoral coralligène, riche en informations sur la faune cavernicole méditerranéenne. L’équipe documente aussi les paysages et espèces mésophotiques pour le réseau MER-VEILLE, via la plateforme MEDTRIX (www.medtrix.fr).
Les Mystères Restants
De nombreuses données (relevés acoustiques, ADN, courantologie) sont en attente d’analyse. L’origine des anneaux reste la question centrale. L’analyse géochimique des carottes prélevées, ainsi que l’identification de coquilles de bivalves, sont cruciales. L’étude des micro-organismes, des sédiments et la recherche de gaz ou d’eau douce pourraient aussi apporter des réponses.

« Mais ce que nous avons étudié, admet Laurent Ballesta, c’est environ 1% des anneaux ! Un échantillon. » Il rêve d’une vision d’ensemble, d’explorer les profondeurs inaccessibles à la palme et d’étudier la roche sous-jacente. Il imagine l’apport de géologues, via des sous-marins de poche. La prochaine mission s’annonce comme un défi de plongée, un enjeu écologique et une source d’images exceptionnelles.
Améliorations Techniques et Physiologie des Plongeurs
L’expédition a permis d’améliorer le confort et la sécurité des plongeurs. Après les problèmes de froid de Gombessa 5, le système de plongée a été amélioré, avec un réchauffement du gaz respiré. Des prototypes permettaient aussi la communication par SMS avec la surface et la localisation en temps réel.

De nouveaux protocoles étudient l’impact de la plongée en saturation et recycleurs sur l’organisme : fatigue, résistance au froid, état psychologique. Julie Deter précise : « Cette année, nous avons utilisé des réchauffeurs de gaz mais, malgré cela, il y a une dette thermique qui s’accumule au fur et à mesure des jours de plongée. Nous avons également pu mesurer un stress oxydatif en lien avec les inflammations. »
Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



