Une Aventure Extrême
Les mots « exploration arctique » évoquent un mélange fascinant d’aventures extrêmes et de terres inexplorées. Des noms tels que Roald Amundsen, Jean-Louis Étienne et Alban Michon symbolisent à la fois l’inconfort, le dépassement de soi et une touche de folie. Ils nous incitent à découvrir de nos propres yeux le Grand Nord et, pourquoi pas, à y tremper nos palmes.
Destination Nunavut
Au printemps, il est temps de préparer ses manteaux d’hiver pour une expédition vers l’Arctique, plus précisément le Nunavut. Ce territoire canadien, établi en 1999, est le foyer des Inuits et de leurs ancêtres depuis plus de 4 000 ans. En inuktitut, « Nunavut » signifie « Notre terre ». Cette région, à faible densité de population, est le lieu de rendez-vous idéal pour nous immerger dans la banquise. En dehors de la réalisation de documentaires, j’ai également la chance d’initier de futurs plongeurs arctiques ici.

Rejoindre la Mer de Glace
Dès début mai, le soleil brille sans relâche, ne se couchant pas avant la mi-août. C’est le moment parfait pour se diriger vers l’un des six hameaux de l’île de Baffin. Notre voyage commence à Ottawa, la capitale canadienne, avec une escale à Iqaluit, la capitale du Nunavut. Finalement, un dernier vol nous amène à Arctic Bay, un endroit isolé et sans accès routier.

Notre aventure ne fait que commencer. Nous prenons des motoneiges tirant de longs traîneaux (appelés qamutik) pour atteindre notre camp de base, après plusieurs heures passées sur une banquise rugueuse, exposée aux vents puissants. Sous nos tentes, nous découvrons un océan recouvert de presque deux mètres de glace.

En Autonomie Complète
Le silence du lieu est ponctué des rires de nos guides inuits, un peuple plein de résilience. Bien que des chiens traditionnels soient désormais souvent remplacés par des machines modernes, un guide veille sur le camp la nuit. Après un petit-déjeuner copieux pour nous préparer à affronter le froid, nous partons vers la banquise ou un iceberg. Grâce à des images satellites et des échanges d’informations avec les habitants du hameau, nous ajustons notre itinéraire en fonction de la météo afin d’espérer plonger.

Nous sommes en autonomie complète, transportant tout le matériel nécessaire pour la plongée, incluant compresseur et tente. Même pour une courte exploration, il est crucial d’être préparé à toutes éventualités. En chemin, nous observons les traces d’un ours et apercevons un phoque qui, inquiet, se cache dans son trou.

À la Recherche de l’Iceberg Idéal
Avec nos jumelles, je repère un iceberg prometteur. À distance, il semble petit, mais le manque de repères peut nous tromper. Après un long chemin, nous enfin atteignons notre cible. Les marées et le vent, assistés par le soleil, ont créé une ouverture dans la glace, que nous devons agrandir avec nos scies pour atteindre l’océan en toute sécurité. Ce processus peut prendre de quelques minutes à plusieurs heures.

Une fois l’ouverture faite, nous installons notre équipement de plongée. Pour les novices, plonger sous la glace dans des eaux à -2 °C peut être intimidant.
La Vie Sous la Banquise
Attachés à une corde qui nous relie à la surface, nous explorons la couche de glace, où se mélangent eau douce et eau salée. Ce mélange ajoute du mystère aux reflets de lumière autour de l’iceberg. En scrutant la paroi, on découvre la vie marine, à commencer par les algues Melosira arctica, essentielles à la chaîne alimentaire. Malheureusement, même ici, les microplastiques sont présents, rappelant l’impact de la pollution.

Sous la banquise, diatomées, méduses, copépodes et krills cohabitent avec d’autres créatures marines plus discrètes. Parfois, nous entendons un phoque. Pour apercevoir d’autres mammifères marins, il faut sortir de l’eau et patiemment attendre que des narvals, bélugas ou ours polaires se manifestent.

Une Aventure Accessible
Explorer la banquise arctique est désormais une aventure techniquement accessible et relativement confortable, se rapprochant plus du glamping que du camping traditionnel. Une expérience en plongée en eau froide est indispensable pour tirer le meilleur parti de cette aventure. Tandis que certains plongent plus de 60 minutes, les débutants sortiront généralement après une quinzaine de minutes.

L’exploration arctique offre la possibilité de découvrir les merveilles sous-marines des icebergs et d’expérimenter les conditions brutes de notre planète. C’est aussi un moment d’échanges culturels avec les Inuits qui partagent leurs connaissances ancestrales. Revenir en Arctique est un privilège, une occasion d’observer les impacts du changement climatique sur ce territoire et le mode de vie des peuples autochtones.
Informations Pratiques
Préparation
- Budget : Environ 22 000 euros.
- Prérequis : Expérience préalable en plongée en eau froide.
- Matériel nécessaire : Vêtement étanche, gants étanches, configuration de bouteille, valve H (les bouteilles et plombs sont fournis). Apportez votre matériel de plongée.
Quand Partir ?
Fin mai à début juin, avec un ou deux départs par an. Réservations via Arctic Kingdom, groupes de six plongeurs maximum.
Informations Climatiques
- Décalage horaire : 6 heures.
- Températures extérieures : Entre -20 °C la nuit et 10 °C le jour.
- Température de l’eau : -1 °C.

Tenue Recommandée
Vêtements d’hiver pour les jours les plus froids. Vous pouvez louer un ensemble de vêtements et de bottes adaptés chez Arctic Kingdom. Les tentes sont chauffées pour un confort optimal.
Le Kit de Nathalie
Pour une immersion confortable, prévoyez des couches de base en laine mérinos, écharpe, bonnet, gants, moufles, lunettes de ski, pantalons doublés windproof et un manteau de type Canada Goose.
Cette expédition au cœur du Grand Nord est non seulement une aventure de plongée, mais aussi une immersion dans un monde fascinant et fragile qui nous rappelle l’importance de protéger notre environnement.
La tête hors de l’eau
Vivre le grand nord canadien, c’est aussi s’exposer au mode de vie ancestral des Inuits. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur leur culture, leur nourriture : goûter le fameux pain banique et assister à des démonstrations de jeux inuits et des fameux chants de gorge que les femmes pratiquent toujours. Tout au long du séjour, vous passez vos journées avec les guides inuits qui ne manquent jamais d’histoires et d’anecdotes sur les ours polaires, la chasse et la pêche.

Ils sont toujours prêts à vous apprendre comment attacher un chargement avec perfection avec des moyens rudimentaires ou vous expliquer les pistes des animaux. À la coop ou directement auprès des artisans, il est possible de trouver des souvenirs faits main allant des moufles en peau aux autres accessoires vestimentaires. D’ailleurs, saviez-vous que Anorak est inspiré du mot inuit annuraaq ? En général, les hameaux ont un petit musée. Sinon, un stop à Iqaluit vous permettra d’avoir accès aux nombreuses facettes de la culture inuit, celle de jadis et comment les Inuits expriment leur identité moderne.
Les coups de cœur inuits de Nathalie
Inuk en colère – documentaire 2016 – Office national du film du Canada
La chanteuse Elisapie Isaac : https://www.elisapie.com/
Tanya Tagaq (chant de gorges et musique actuelle) : https://www.tanyatagaq.com/
Atanarjuat (la légende de l’homme rapide) – film inuk 2001caméra d’or à Cannes.
Cet article, initialement écrit par Nathalie Lasselin pour notre édition papier, a été adapté pour le web.
image d’ouverture © Nathalie Lasselin



