Un plongeur explore l'immensité marine aux côtés de majestueux cachalots, symboles de la biodiversité océanique.

Gardiennes de la Planète : Un Marathon d’Émotions avec les Baleines et Cachalots

Plongez au cœur des océans et laissez-vous emporter par le souffle puissant des géants des mers dans « Gardiennes de la Planète ». Ce documentaire exceptionnel, narré par la voix chaleureuse de Jean Dujardin, vous invite à un voyage immersif au plus près des baleines à bosse, cachalots, baleines bleues, grises et franches. Ces majestueux cétacés se confient, partageant avec émotion leur quotidien, un passé marqué par les tumultes de la chasse industrielle, un futur incertain face aux menaces modernes, et les fascinantes interactions au sein de leurs groupes sociaux.

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Gardiennes de la Planète

Au-delà de la beauté hypnotique des images sous-marines, le film innove grâce à des prises de vues aériennes réalisées par drones, offrant des séquences inédites et spectaculaires, notamment des moments d’intimité comme les accouplements.

Jean-Albert Lièvre, le réalisateur passionné, nous ouvre les portes des coulisses de ce tournage hors norme, une aventure humaine et technique qui s’est déployée sur cinq continents. Préparez-vous à vivre un véritable marathon d’émotions, une plongée profonde dans le monde fascinant des baleines et cachalots.

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Vue du ciel, une baleine à bosse, qui vient de projeter hors de l’eau ses 40 tonnes, retombe dans un flot d’écume.

L’Étincelle Émotionnelle : Genèse d’un Film Exceptionnel

« Un choc émotionnel ! ». Ces mots résonnent comme un écho à l’expérience personnelle bouleversante qui a donné naissance au long-métrage « Gardiennes de la Planète », sorti en salles le 22 février dernier, et maintenant disponible pour toucher un public encore plus large sur le web.

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Pour se nourrir, les baleines à bosse ont développé une technique de chasse particulière : elles lâchent des filets de bulles qui dessinent de spirales dans l’eau et viennent emprisonner les bancs de grill, dont elles sont friandes. Tournage en Australie, Queensland.

Remontons le temps jusqu’en 1993. Jean-Albert Lièvre, alors en plein tournage d’un épisode de la célèbre émission Ushuaïa, se trouve sur le Silver Bank, un écrin corallien situé au sud-est des îles Turk et Caïcos, à environ 90 km des côtes nord de la République dominicaine. Malheureusement, le tournage tourne au fiasco. Après quinze jours passés à naviguer sur un bateau de pêche, la frustration monte. Les baleines se montrent farouches, refusant toute approche. Sur la pellicule, désespoir : aucune image, rien, nada ! La catastrophe.

Mais un jour, lors d’une plongée, l’impensable se produit. « L’eau était laiteuse et le fond rocheux devant moi s’est mis à bouger, à basculer. J’ai cru que je faisais un malaise », confie Jean-Albert Lièvre. « Subitement, en tournant la tête, j’ai aperçu ce qui ressemblait à une queue puis de grandes ailes blanches. Devant moi, j’avais une baleine à bosse, tellement immense et tellement proche que je ne l’avais pas vue. Ce que j’avais pris pour un rocher s’est mis à tourner avec une grâce indescriptible, une légèreté aérienne. Nos regards se sont croisés et j’ai eu la sensation profonde d’échanger un sourire avec elle ». Bouleversé par cette rencontre inattendue, Jean-Albert est marqué à jamais. « Durant plusieurs nuits, j’ai rêvé de ce moment. Après avoir vécu une expérience d’une telle intensité, j’ai eu l’envie viscérale de réaliser un film sur les baleines et de faire partager au monde entier ce moment de grâce ».

Sa carrière dans le documentaire animalier se poursuit, explorant d’autres espèces fascinantes comme les lamantins et les dugongs, ou encore les chevaux sauvages. Le chemin de Jean-Albert croise à nouveau celui des baleines, mais l’idée d’un film d’envergure reste en gestation, attendant son heure. Jusqu’au jour où…

L’Écho Poétique : « Whale Nation » comme Muse

En 2013, une rencontre littéraire va raviver la flamme. Jean-Albert Lièvre découvre l’œuvre poignante du poète britannique Heathcote Williams, « Whale Nation ». Ce long poème en prose, richement illustré, est une véritable ode à l’intelligence et à la sensibilité des baleines. Publié en 1988, juste après l’instauration fragile du moratoire sur la chasse commerciale à la baleine en 1986, ce texte puissant résonne avec l’urgence de la cause animale.

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Estimée entre 4 et 5 millions avant le développement industriel de la chasse, la population mondiale de baleines, toutes espèces confondues, est aujourd’hui d’un peu plus de 1,3 million. Protégés, les cachalots de l’île Maurice se laissent approcher par la caméra. © René Heuzey.

« Whale Nation » nous plonge dans une époque sombre, celle où le massacre industriel des baleines était encore monnaie courante, exécuté pour satisfaire la demande en viande et en huile. Harpons explosifs, grappins mécaniques impitoyables, tambours métalliques équipés de couteaux rotatifs… La technologie la plus sophistiquée était mise au service de cette industrie destructrice. Le plus grand mammifère marin du globe, la majestueuse baleine bleue, a ainsi frôlé l’éradication complète sous les assauts du soi-disant Homo sapiens. Les baleines à bosse, joyaux des océans, se raréfiaient à vue d’œil, tant dans l’Atlantique que dans le Pacifique.

À contre-courant de cette vision utilitariste et destructrice, Heathcote Williams choisit de célébrer la vie des baleines, leur organisation sociale complexe, leurs jeux aquatiques, leurs chants mélodieux et leurs amours. Il leur redonne une âme, les rend vibrantes et vivantes dans un monde humain qui les réduisait jusqu’alors à de simples marchandises dépecées et exploitables.

La lecture de « Whale Nation » marque profondément Jean-Albert. Subjugué, il se rend à Oxford pour rencontrer le poète romancier et obtient une option de cinq ans pour l’achat des droits d’auteur, « en prévision d’un éventuel projet futur… ». L’intuition était juste.

Le poète disparaît en juillet 2017, mais ses héritiers, respectueux de sa vision, honorent l’option et cèdent les droits à Jean-Albert. Ce dernier s’inspire librement de l’œuvre de Williams pour bâtir le scénario de « Gardiennes de la Planète » et écrire un synopsis captivant. « J’actualise le livre qui a été écrit après des centaines d’années de chasse à la baleine. Or, à notre époque, c’est-à-dire trente ans plus tard, les connaissances scientifiques ont considérablement évolué. Le whale watching s’est développé à travers le monde, ouvrant les consciences et offrant une approche plus respectueuse. Il fallait que je bâtisse un fil conducteur moderne, qui parle à notre temps. J’ai toujours été fasciné par l’espace, par l’immensité du cosmos. Vue de l’espace, la Terre apparaît bleue, comme une oasis fragile. Je suis donc parti de cette image puissante. Relier l’espace infini à l’océan profond, puis aux baleines, ces sentinelles de notre planète bleue ».

Un Moodboard Ultra-Détaillé : La Vision Prend Forme

Une fois le script peaufiné, la machine de production se met en branle. Jean-Albert entame la tournée des partenaires et des soutiens financiers, essentiels pour un projet de cette envergure. L’UNESCO et la prestigieuse Fondation Albert 1er de Monaco rejoignent l’aventure. La recherche d’un distributeur s’avère fructueuse avec l’arrivée de Pan Distribution. Le montage financier de l’opération, complexe et délicat, est lancé. Le budget initial, estimé à trois millions d’euros, est finalement revu à la baisse pour atteindre 2,4 millions d’euros, un défi supplémentaire pour un film aux ambitions aussi grandes.

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Le drone permet d’obtenir des plans panoramiques impressionnants.

Tourner avec des animaux sauvages, et qui plus est en milieu marin, est un pari risqué par nature. La mer est capricieuse, les baleines imprévisibles. Seront-elles présentes au bon endroit, au bon moment, à la bonne saison ? La lumière sera-t-elle au rendez-vous, permettant d’obtenir le cadrage parfait ? Faut-il adopter une approche opportuniste, en filmant au gré des rencontres et des hasards, ou au contraire établir des directives plus strictes pour encadrer le tournage ?

Jean-Albert opte pour la seconde option et se lance dans la rédaction méticuleuse d’un moodboard ultra-détaillé. Véritable bible visuelle du film, ce moodboard est un travail de titan. Sur son ordinateur, il dessine plan par plan chacune des images qu’il souhaite absolument obtenir. Baleine vue de dessous, baleine de face, en gros plan sur son œil expressif, baleine fantomatique dans la brume matinale, baleine majestueuse au loin, souffle puissant d’une baleine lointaine se confondant avec l’horizon, souffle proche et sonore emplissant l’espace… Jean-Albert visualise son film dans sa tête, avant même d’avoir tourné la première séquence. Il sait précisément ce qu’il veut et chaque cameraman devra s’imprégner de cette vision claire et précise.

Au total, ce sont 250 pages comprenant chacune 4 plans esquissés, soit un objectif ambitieux de 1000 plans à obtenir. Le défi est titanesque, mais Jean-Albert est déterminé. « D’emblée, j’ai pris le parti de ne pas refaire ce qui avait déjà été fait », explique-t-il. « Il existe déjà de très nombreux documentaires animaliers sur les baleines, certains magnifiques. Je ne voulais pas tomber dans la surenchère, notamment pour des raisons économiques. Si je n’arrivais pas à capturer certaines images spécifiques, je savais que j’avais la possibilité d’en acheter auprès d’autres productions spécialisées ». Cette approche pragmatique permet de sécuriser le projet tout en gardant le cap sur l’originalité et la qualité visuelle.

Pandémie Inattendue : Un Tournage à l’Épreuve du Monde

Maurice Dubroca, l’un des deux assistants réalisateurs, joue un rôle crucial dans la préparation logistique et scientifique du tournage. Il compile des fiches détaillées sur les espèces de baleines ciblées, leurs zones de migration, et les meilleures saisons pour les observer et les filmer, afin de maximiser les chances de réussite des équipes sur le terrain. Il prend également contact avec des équipes de cameramen sous-marins réputées, qui filment régulièrement baleines à bosse, baleines grises, cachalots et baleines franches dans différents coins du globe.

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Le film alerte sur les dangers qui guettent ces géants. Ici, un seau en plastique provoque l’intérêt du cachalot.

Mais les plans ambitieux échafaudés en 2019 vont être brutalement stoppés par un événement mondial imprévu et dévastateur : la pandémie de Covid-19. En 2020, le monde entier se met à l’arrêt. Les avions sont cloués au sol, les frontières se ferment hermétiquement. Le tournage de « Gardiennes de la Planète » est confronté à un obstacle de taille, qui remet en question l’ensemble du planning et de la logistique.

Face aux contraintes sanitaires et logistiques, l’équipe fait le choix stratégique de tourner avec des équipes réduites et du matériel de prises de vues léger et performant. L’appareil Sony α7, équipé d’un caisson Nauticam étanche et robuste, devient l’outil privilégié des cameramen. Plus rentable que l’acheminement de matériel lourd et encombrant depuis la France, la location de matériel sur place est privilégiée, offrant une meilleure mobilité et une réactivité accrue aux équipes face aux imprévus et aux opportunités que réserve le terrain.

Pour le tournage des baleines franches de la péninsule Valdés en Argentine, toute l’équipe du film fait le déplacement et s’installe sur place. Même configuration pour les tournages en Afrique du Sud, en Australie, dans l’archipel des Tonga et au Kamtchatka, des destinations lointaines qui nécessitent une organisation millimétrée et une adaptation constante aux conditions locales.

Tournages Millimétrés : La Patience Récompensée

Le Mexique s’impose rapidement comme un lieu de tournage incontournable, un véritable eldorado pour l’observation et la capture d’images de trois espèces emblématiques : la mythique baleine bleue, les gracieuses baleines grises et les acrobatiques baleines à bosse. Un atout majeur, tempéré par une réalité logistique : ces trois espèces ne fréquentent pas les mêmes zones géographiques au Mexique, et leurs périodes de présence ne coïncident pas non plus au cours de l’année. Il faut donc planifier minutieusement les séjours et optimiser chaque déplacement.

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Comme des vigies, il fallait surveiller les souffles pour tourner des images grâce à de puissants zooms.

En Polynésie française, pour maximiser les chances de filmer des séquences rares et précieuses d’allaitement, voire des accouplements ou des comportements de socialisation complexes, l’équipe de tournage est scindée en deux groupes distincts. Jean-Albert se rend à Rurutu, une île réputée pour ses populations de baleines à bosse et fait appel à Yves Lefèvre, un vidéaste sous-marin expérimenté qui travaille sur place depuis plus de 30 ans et qui a participé à de nombreux documentaires de référence sur les baleines à bosse.

Pendant ce temps, à Moorea, l’autre île sœur, René Heuzey, spécialiste des cachalots, ressent une frustration palpable. « Nous n’avions pas l’autorisation de nous mettre à l’eau en recycleur ou en bouteille quand il y avait des opérateurs sur le site avec des touristes. Ils sont prioritaires pour le snorkeling, une activité plus lucrative pour l’économie locale. Sur 45 jours de tournage à Moorea, j’ai pu me mettre à l’eau une douzaine de fois seulement… La difficulté majeure résidait aussi dans le fait que l’on ne doit pas être largué à moins de 100 mètres de l’animal. Or 100 mètres à la nage avec une caméra imposante et tout le matériel de plongée, cela représente une distance considérable à parcourir, surtout face à des animaux qui se déplacent avec une aisance déconcertante ! ».

Malgré ces contraintes frustrantes, René Heuzey parvient à capturer des images de grande qualité et à observer des comportements fascinants. Entre Moorea et Tahiti, Jean-Albert filme quant à lui une séquence mémorable et émouvante : deux baleines à bosse évoluant côte à côte dans les eaux cristallines du Pacifique.

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Séquence émotion avec un bébé cachalot tétant sa mère.

« Ma réalité, c’est un petit écran de 7 pouces, avoue-t-il en souriant, faisant référence au viseur de sa caméra. Je vois les baleines et les cachalots à travers cet écran interposé. Dans ma tête, je suis déjà en train de créer le film que les gens verront plus tard au cinéma ou sur leur ordinateur. Je travaille en plans techniques précis, je découpe mentalement les séquences. Je ne ressens ni plaisir particulier, ni excitation débordante quand je filme, car je sais que si je me laisse submerger par l’émotion, je risque de rater des réglages importants ou de commettre des erreurs techniques qui plomberaient la séquence que je cherche à obtenir ! Je suis concentré à 100% sur le côté technique (mise au point minutieuse, réglage du diaphragme, recherche de gros plans originaux…), tout en restant constamment attentif au comportement de l’animal, à ne surtout pas l’effaroucher ou le stresser, car cela ruinerait irrémédiablement la séquence recherchée ! Malgré toutes ces contraintes techniques omniprésentes, j’arrive paradoxalement à créer une véritable émotion naturelle et authentique. Je n’apprécie et ne savoure réellement ma plongée qu’en différé, lors du visionnage attentif de mes séquences, lorsque la pression du tournage retombe et que je peux enfin me laisser toucher par la beauté des images capturées ».

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La campagne d’impact dirigée par Echo Studio est l’ensemble des actions menées autour du film afin d’obtenir un changement positif sur la situation exposée à l’écran.

Images Inédites : La Révolution Drone

Au-delà de la qualité esthétique des images, de la diversité des plans et du travail professionnel et « ultra léché » de tous les vidéastes sous-marins impliqués dans le projet, l’utilisation systématique de drones a véritablement métamorphosé la morphologie du film « Gardiennes de la Planète ».

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Le drone permet d’atteindre des zones inaccessibles, comme ces morceaux éparpillés de glace de mer. © Jean-Albert Lièvre.

Des séquences jusqu’alors impossibles à filmer deviennent soudainement accessibles grâce à cette technologie aérienne. L’accouplement spectaculaire de baleines grises dans la lagune mexicaine de Puerto San Carlo, ou celui, tout aussi fascinant, des baleines à bosse à Rurutu, n’ont pu être immortalisés que grâce à l’œil vigilant et discret d’un drone. Comme les séquences de naissance, ces moments d’intimité semblent se dérouler à l’abri du regard direct des humains, comme si les mammifères marins recherchaient une forme de tranquillité et de discrétion durant ces périodes cruciales de leur cycle de vie.

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Sur la banquise, l’équipe en train de filmer la glace et des Inuits.

À Rurutu, Jean-Albert pousse l’utilisation du drone à son paroxysme, le faisant monter extrêmement haut dans le ciel. « Je voulais obtenir des plans très en hauteur, des vues plongeantes spectaculaires, pour véritablement montrer l’immensité de l’océan Pacifique et le souffle puissant des baleines qui en émerge, comme une respiration de la planète. Je souhaitais jouer sur l’opposition saisissante de ces plans aériens très larges avec des plans extrêmement serrés, presque microscopiques, où l’on peut admirer en détail la texture unique de la peau des baleines, la profondeur énigmatique de leur regard ».

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Depuis la création en 1964 de la liste rouge de l’UICN des espèces menacées, la baleine bleue est toujours restée classée « en danger ».

Le film explore également des esthétiques visuelles surprenantes, jouant avec la perception et les repères. Des images montrent ainsi la surface de l’eau apparaissant à l’envers, comme un miroir inversé. Les vagues se parent de reflets argentés hypnotiques, les repères visuels humains sont volontairement perturbés, plongeant le spectateur dans un univers sensoriel déstabilisant et fascinant. « Les baleines dansent littéralement dans les trois dimensions de l’espace aquatique, souligne Jean-Albert Lièvre. Je voulais absolument rendre en images cette sensation grisante de voler dans l’eau, de s’affranchir de la gravité terrestre, de se déplacer avec une liberté totale dans cet élément liquide ».

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Les baleines ont un langage pour chasser et socialiser. L’analyse de leurs sons est importante pour tenter de les comprendre.

Afin d’optimiser la qualité des prises de vues et des prises de son, l’équipe a fait le choix méthodologique de ne jamais effectuer simultanément les images de drones, les images sous-marines et les enregistrements sonores subaquatiques. Chaque spécialité requiert une concentration à 100% et une expertise pointue. Le travail a donc été délibérément dissocié, chaque équipe se concentrant sur son domaine d’excellence pour garantir un résultat optimal.

Experts Mammifères Marins : L’Art de la Rencontre

Spécialiste reconnu des cachalots, qu’il filme et étudie avec passion et rigueur à l’île Maurice depuis plus de dix ans, René Heuzey s’est vu confier une mission particulière lors de ce tournage ambitieux : dénicher et immortaliser des séquences inédites de socialisation chez les cachalots. « En tant que cameraman animalier, on doit constamment s’ajuster au comportement de l’animal que l’on filme, explique-t-il avec humilité. Quand je filme un cachalot, ma caméra s’adapte littéralement à sa tranche de vie, à son rythme, à ses humeurs. Je ne filme que ce qu’il a envie de me faire partager, ce qu’il accepte de me montrer. Les jeunes cachalots, par exemple, sont naturellement curieux et viennent facilement à ma rencontre, parfois même jusqu’à frôler ma caméra. J’ai l’impression que certains cachalots adultes me reconnaissent au fil des années, ce qui est assez troublant. Leurs comportements se modifient considérablement au cours du cycle de leur vie. Cette femelle cachalot qui allaitait son petit, par exemple, m’a laissé l’approcher sciemment, avec une confiance étonnante. Si elle avait jugé ma présence intrusive ou menaçante pour son bébé, elle serait partie d’un coup de caudale puissant et rapide, sans hésitation ! Sur les 7 à 8 heures de rushs bruts que j’ai proposés à Jean-Albert pour le montage final, il n’a finalement retenu que 4 à 5 minutes de plans, les plus pertinents et les plus émouvants pour le récit du film ».

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Bricolage d’un système de perche quia permis d’immerger la caméra jusqu’à 8 mètres de profondeur. © Jean-Albert Lièvre.

« Mon travail essentiel en tant que réalisateur, c’est avant tout de savoir bien m’entourer, conclut Jean-Albert Lièvre. Il existe de très bons cameramen sous-marins, qui maîtrisent parfaitement la technique, le matériel, les réglages complexes. Et dans ce lot de professionnels compétents, seules quelques rares perles possèdent un feeling particulier, une intuition animale, une connexion profonde avec le monde sauvage. Ce sont ces cameramen d’exception qui savent se faire accepter et approcher par des animaux aussi sensibles et méfiants que les baleines à bosse (comme Yves Lefèvre) ou les cachalots (comme René Heuzey) ».

Au final, 80% du film « Gardiennes de la Planète » a été tourné dans trois zones géographiques majeures : le Mexique (avec deux voyages d’un mois chacun pour explorer différentes régions), Rurutu en Polynésie française (un mois de tournage intensif) et le Groenland (trois semaines d’expédition polaire). À Tonga, une équipe locale a réussi à filmer un groupe spectaculaire de baleines à bosse mâles évoluant en formation d’escorte, un comportement social complexe et intrigant. Au Groenland, en revanche, les mythiques narvals et les insaisissables baleines boréales sont restés invisibles, malgré les efforts déployés par l’équipe. « On a filmé la glace, les paysages grandioses, l’ambiance polaire… Ce n’est jamais du temps perdu », philosophe Jean-Albert.

Puis, après l’excitation du tournage et l’aventure sur le terrain, est venu le temps – beaucoup moins spectaculaire mais tout aussi crucial – du montage. « Je suis resté enfermé tout l’été 2022, en pleine canicule étouffante, dans l’obscurité de la salle de montage, pour visionner des heures de rushes et choisir avec soin chaque plan, chaque séquence. Un véritable marathon visuel et spirituel pour les yeux et l’esprit ! J’ai une excellente mémoire visuelle, je me souviens précisément de chaque plan, de chaque image tournée, et je sais instinctivement ce que je veux pour le film final. Je suis donc ultra directif au montage, je guide mes collaborateurs avec précision. On dit souvent dans le milieu du cinéma qu’un film n’est vraiment terminé et abouti tant qu’on n’a pas eu le courage de retirer le plan que l’on préfère, celui auquel on est le plus attaché sentimentalement. Dans le cas de « Gardiennes de la Planète », j’avais une séquence magnifique et poétique de baleine fantomatique dans la brume matinale, mais elle ne s’est finalement pas insérée harmonieusement dans le récit global du film. J’ai donc dû me résoudre à la couper au montage, avec un regret. Mais je la garde précieusement en tête, bien au chaud. Peut-être qu’elle trouvera sa place dans un autre projet futur… ».

Encadré : Une Baleine Plus Vraie Que Nature !

Fin juillet 2022, la douceur estivale étire sa chaleureuse langueur sur la plage immaculée de Vauville, dans le Cotentin, en Normandie. Les vacanciers, profitant des joies de la mer, accourent avec des seaux d’eau pour tenter de rafraîchir un immense animal marin échoué sur le sable. L’inquiétude se lit sur les visages. Arrivés au plus près de l’imposante créature, ils comprennent avec soulagement qu’il s’agit en réalité d’un décor de cinéma hyperréaliste. Une baleine factice, certes grandiose, mais inanimée. 12 mètres de long, 400 kilos de matériaux composites : un savant mélange de bois léger, de polystyrène expansé et de résine résistante aux intempéries.

Ce faux mammifère marin plus vrai que nature sert de point de départ narratif au film « Gardiennes de la Planète ». Il symbolise la fragilité du monde marin, la vulnérabilité des baleines face aux dangers modernes. Dans le film, cette baleine échouée est en danger de mort, il faut la secourir au plus vite, alerter l’opinion publique sur la nécessité urgente de protéger ces géants des mers et leur environnement vital.

Encadré : Fiche Technique de « Gardiennes de la Planète »

Lieux de Tournage : Un Voyage Planétaire

  • Groenland, Qaanaaq : banquise arctique, communauté inuit traditionnelle, chiens de traîneau dans des paysages glacés.
  • Argentine, péninsule de Valdès : baleines franches australes, joyaux de l’Atlantique Sud.
  • Rurutu et Moorea, Polynésie française : baleines à bosse dans les eaux turquoise du Pacifique Sud.
  • Mexique : Une diversité d’espèces
    • Lagune de San Ignacio : baleines grises migratrices.
    • Puerto San Carlos : baleines grises et baleines à bosse cohabitant dans les lagunes.
    • Mer de Cortez, baie de Loreto : baleines bleues, les plus grands animaux de la planète.
    • Cabo San Lucas : baleines à bosse se reproduisant dans les eaux chaudes mexicaines.
  • Groenland, baie de Disko : baleines boréales, habitants des eaux arctiques.
  • Île Maurice : cachalots, maîtres des profondeurs.
  • Archipel des Tonga : baleines à bosse dans leur zone de reproduction.
  • Afrique du Sud : baleines à bosse côtières, forêts de kelp luxuriantes.
  • Antarctique, île Thurston, mer d’Amundsen : baleines à bosses dans les eaux glaciales de l’Antarctique, manchots papous colonies.
  • Kamtchatka, îles Chantar, mer d’Okhotsk : baleines boréales filmées par drone, paysages sauvages de l’Extrême-Orient russe.

Trois Cercles de Tournage : Une Logistique Complexe

  • Au départ de Paris : Groenland, Mexique, Argentine, Polynésie française, Bretagne, Méditerranée, Normandie (facilitant les déplacements et la gestion des équipes principales).
  • Avec des équipes locales : Afrique du Sud, Australie, Tonga, Kamtchatka (optimisation des coûts et adaptation aux spécificités locales).
  • Photographes et opérateurs commissionnés : Antarctique, Hawaï, Norvège (pour des séquences très spécifiques ou des zones difficiles d’accès, faisant appel à des experts locaux).

Sortie Cinéma : 22 février 2022

Cet article, initialement écrit par Martine Carret pour notre édition papier, a été adapté pour le web

Images © Bien sûr Productions, Le collectif 64, WLP, Wiold Bunch International, Echo Studio, Michel Merkt, 2022

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