Un plongeur explore une grotte sous-marine illuminée, révélant la biodiversité cachée des récifs coralliens. #ExplorationM...

La station marine d’Endoume : un siècle et demi d’explorations





Depuis 150 ans, les scientifiques de Marseille explorent les mystères du milieu marin. Ces chercheurs ont non seulement approfondi notre compréhension des écosystèmes marins, mais ont également réalisé un inventaire détaillé des espèces qui y vivent. Leur travail ne se limite pas à la plongée en Méditerranée ; il s’étend également à des grottes sous-marines dans les eaux tropicales et polaires, lors de campagnes scientifiques de plusieurs semaines. Connaître et nommer la diversité biologique marine est leur mot d’ordre.

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Dans une grotte au Cap-Vert, lors d’une campagne DISCOVER, Cécile Fauvelot participe à la récolte des échantillons. © Thierry Perez.

Une mission océanographique en Polynésie

Après un mois de navigation à travers une dizaine d’îles du Pacifique, Marie Grenier et Thierry Perez ont fait leur retour à Marseille en octobre dernier. Leur expédition leur a permis de ramener des milliers de photos, de données et d’échantillons. Marie, doctorante à l’université d’Aix-Marseille, a accompagné Thierry, directeur de recherche CNRS à la station marine d’Endoume (SME). Cette station, créée à la fin du XIXe siècle par le naturaliste Antoine-Fortuné Marion et le zoologiste Paul Gourret, est aujourd’hui un pilier de la recherche océanographique en Méditerranée. 

Chaque génération de chercheurs a poursuivi l’exploration du monde sous-marin avec enthousiasme et curiosité. Alors qu’Antoine-Fortuné Marion se contentait d’observer ses prélèvements à l’œil nu, les scientifiques d’aujourd’hui utilisent des microscopes électroniques et des analyses ADN pour enrichir la base de données disponible à l’adresse sme-taxa.imbe.fr. Actuellement, une vingtaine de scientifiques à Endoume travaillent sous l’égide de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE).

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A la station marine d’endorme, les scientifiques disposent d’un accès direct à la mer. © Thierry Perez.

L’objectif de la campagne ICONIC

En Polynésie, Thierry et Marie ont navigué à bord de l’Antéa, un catamaran de 30 mètres de la flotte océanographique française. La SME collabore avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) pour des projets scientifiques d’intérêt commun. Par exemple, sous la direction de la généticienne Cécile Fauvelot, la campagne ICONIC visait à déterminer la quantité de larves échangées entre différentes populations de poissons, coraux et bénitiers. Le but était de comprendre comment le changement climatique et les courants océaniques affectent les interconnexions entre ces espèces marines.

Pour leur part, Thierry et Marie se sont concentrés sur leur spécialité : la récolte d’éponges pour étudier leurs propriétés pharmacologiques. Thierry observe que la Polynésie, bien que belle, ne possède qu’une centaine d’espèces d’éponges, alors que près de quatre cents ont été découvertes en Méditerranée française. « Nous avons probablement collecté de nouvelles espèces, car les archipels isolés montrent un fort endémisme », souligne-t-il.

À bord de l’Antéa, un laboratoire portable permettait de conserver les échantillons dans l’alcool puis au congélateur. Ces échantillons étaient ensuite examinés au microscope et à la loupe binoculaire. « Notre but était de rentrer avec un travail de laboratoire déjà bien avancé. Malgré les tempêtes et la forte houle, nous avons plongé en écoutant les chants des baleines à bosse », raconte Thierry.

L’exploration des grottes sous-marines

Pour réaliser des recherches en mer à bord de la flotte océanographique, les scientifiques préparent des propositions détaillées, souvent évaluées par leurs pairs avant d’obtenir les financements nécessaires. Thierry, qui a également dirigé des missions aux Antilles et à Madagascar, a participé à d’autres campagnes, comme la mission DISCOVER, effectuée en 2022 dans l’Atlantique. « L’archipel du Cap-Vert est crucial pour comprendre la structuration de la biodiversité entre l’Atlantique et la Méditerranée », ajoute-t-il.

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Dans une grotte marseillaise, Pierre Chevaldonné recueille des crustacés mysidacés. © Thierry Perez.

Cette mission a permis de récolter plus de quatre cents échantillons, notamment dans des grottes peu explorées. Thierry travaillait aux côtés de Pierre Chevaldonné, un autre directeur de recherche au CNRS, connu pour ses études sur les crustacés. Les habitants locaux connaissaient les grottes pour leur richesse en langoustes, mais pour Thierry et Pierre, ces incursions représentaient la première exploration scientifique. « Les écosystèmes extrêmes nous fascinent. Dans les grottes cap-verdiennes, nous avons rencontré des assemblages d’espèces jamais documentés », précise Pierre.

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A La Ciotat dans une grotte des Trois Pépés, Pierre Chevoldonné capture du paysage chimique de l’écosystème cavernicole. © Thierry Perez.

Plongée et recherche scientifique

De retour sur terre, le travail de recherche peut prendre des mois ou même des années. Thierry souligne l’importance de comparer les nouvelles données avec les recherches passées. « C’est passionnant, car chaque espèce que nous étudions révèle des informations précieuses », dit-il. Les résultats sont publiés dans des revues scientifiques, contribuant à la connaissance de la biodiversité marine et à la compréhension de l’impact du changement climatique.

Pour mener à bien leurs recherches, Thierry et Pierre plongent dans des grottes sous-marines depuis plus de vingt-cinq ans. Formés à la plongée au Trimix, ils peuvent descendre jusqu’à 90 mètres. En outre, leurs missions impliquent une préparation minutieuse avec des médecins spécialisés en hyperbarie. Pierre souligne l’importance de partager des informations avec d’autres plongeurs pour optimiser l’équipement.

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A la Martinique, une étudiante en formation à la taxonomie des éponges apprend à les observer et à les récolter. © Thierry Perez.

Impact du changement climatique

Lorsque Pierre ne plonge pas à l’étranger, il œuvre en Méditerranée. La station marine d’Endoume est équipée d’un local de plongée et d’un accès direct à la mer. Cela facilite la recherche, surtout dans des sites comme la résurgence de Port Miou, où il a étudié la diversité des mysidacés. Cependant, il n’a pu accéder à la grotte Cosquer qu’à deux reprises, où il a observé la plus grande diversité de crevettes jamais recensée.

Les effets du changement climatique se font sentir. Les scientifiques constatent une réduction des populations de gorgones et de mysidacés dans certaines zones. « Nous avons identifié que les vagues de chaleur entraînent des pertes de biodiversité. Utiliser le mot ‘extinction’ dans un article scientifique était inimaginable pour moi », confie Thierry, qui a étudié les éponges de bain en Méditerranée pendant 30 ans.

Former la prochaine génération de chercheurs

Débutant sa carrière aux côtés de Jean Vacelet, pionnier de la plongée scientifique, Thierry souligne l’évolution de la recherche à la station marine d’Endoume. Sous la direction de figures emblématiques comme Jean-Marie Pérès, l’école d’Endoume s’est renforcée et a produit des découvertes majeures, telles que l’existence d’éponges carnivores. Aujourd’hui, la SME partage son expertise à travers le monde, formant de nouveaux chercheurs en divers lieux, de Madagascar à La Réunion.

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Deux générations de chercheurs : Jean Vacelet, directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste des éponges, et Marie Grenier, post-doctorante IMBE. © Alexie Valois.

L’aventure continue : Thierry et Pierre ont récemment repéré un site vierge dans l’archipel des Marquises, désireux de retourner dans l’inconnu du vaste Pacifique.


Encadré : Moyens à la mer et à terre

  • Anthédon 2 : Un navire océanographique côtier, idéal pour les plongées.
  • Astroides : Une barge aluminium de 9 mètres.
  • Semi-rigide : Pour des sorties au-delà des Bouches-du-Rhône.
  • Espaces de recherche : 242 m² de laboratoires, 14 salles de manipulation expérimentale.

Les installations sont financées par l’université d’Aix-Marseille, tandis que la recherche bénéficie du soutien de l’AMU, du CNRS et de divers fonds.


Encadré : Trois grandes périodes de la station marine d’Endoume

  • 1868 : Fondation par Antoine-Fortuné Marion et Paul Gourret.
  • 1948-1983 : La station devient un aquarium public avant le renouveau scientifique sous Georges Petit.
  • Aujourd’hui : Engagement fort envers la préservation et l’étude des écosystèmes marins.

Cet article, initialement écrit par Alexie Valois pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

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