L’île idyllique de Malapascua, au large de la pointe nord de Cebu aux Philippines, doit sa renommée mondiale à la présence régulière de requins-renards. Le site de Monad Shoal s’est imposé comme le spot de plongée vedette de la région, voire du pays. Pourtant, le monde sous-marin de Malapascua réserve bien d’autres surprises que les majestueux squales ! De nombreuses espèces rares y évoluent dans des paysages aussi époustouflants que variés.

Malapascua : histoire, accès et premières impressions
L’origine exacte du nom « Malapascua » est sujette à débat. Selon la principale hypothèse, il viendrait de l’expression espagnole « Mala Pascua » (« mauvaise Pâque »), souvenir amer laissé par des marins espagnols ayant découvert l’île lors d’une tempête de Pâques alors qu’ils manquaient de vivres. Pour rejoindre l’île, il vous faudra atterrir à l’aéroport international de Mactan-Cebu, puis parcourir trois à quatre heures de route (en jeepney, taxi ou bus) jusqu’au port de Maya. De là, une courte traversée en banka – l’embarcation traditionnelle philippine à balanciers – vous mènera à Malapascua.
L’île, dépourvue de voitures, s’entoure de plages de sable blanc bordées de cocotiers. Il règne ici une atmosphère détendue, propice à la contemplation des merveilles marines comme terrestres, et il n’est pas rare que certains visiteurs succombent à la tentation de ne jamais repartir…
Le site phare de Malapascua, Monad Shoal, se situe à 30-40 minutes au sud-est de l’île. Découvert jadis par des pêcheurs praticant la dynamite, il recelait tellement de requins qu’il fallait, selon la légende, lancer deux charges pour que les poissons tués ne soient pas entièrement dévorés avant la seconde explosion !
C’est au début des années 1990 que des plongeurs en explorant ce « sec » ont identifié la présence de requins-renards (Alopias pelagicus). Le meilleur moment pour les observer ? À l’aube, lorsqu’ils viennent rejoindre les stations de nettoyage afin qu’une myriade de poissons ôtent leurs parasites. C’est ainsi qu’a débuté la plongée au requin-renard, activité désormais célèbre.

Préparez-vous à vous lever avant le lever du soleil – c’est le prix à payer pour vivre l’émotion d’une rencontre avec ces créatures élégantes qui surgissent des ténèbres, leur longue queue effilée balayant l’eau. Avec leurs grands yeux et leur gueule minuscule, ils utilisent précisément cette queue pour assommer leurs proies, comportement confirmé par des études menées à Pescador et Cebu. Monad Shoal, cependant, est davantage une station de nettoyage qu’un site de chasse.
Trois espèces de requins-renards existent ; l’on rencontre ici principalement le requin-renard pélagique (Alopias pelagicus), au dos bleuté, le plus petit des trois (3 mètres, queue comprise) mais non moins impressionnant. Timide et solitaire, il se tient d’ordinaire en eaux profondes mais n’hésite pas à bondir hors de l’eau dans des sauts spectaculaires : appareil photo recommandé durant l’intervalle de surface !
Patience et émerveillement
L’observation des requins-renards exige parfois de la patience, car la nature reste imprévisible, mais vos chances d’en croiser sont parmi les meilleures au monde à Monad. Parfois, la magie opère à l’instant même où l’espoir semblait s’éloigner. Leur apparition fantomatique, leur nage pleine de grâce et leur ballet dans la pénombre laissent un souvenir marquant à tout plongeur chanceux.

Gato Island : tunnel, tombants et vie foisonnante
Le tunnel sous-marin de Gato Island
Le dicton local le dit bien : « On vient à Malapascua pour Monad, on reste pour Gato ». À une heure de bateau au nord-ouest s’élève Gato Island — « chat » en espagnol, une allusion à une forme féline sur la roche, difficile à discerner pour le profane.
Le site phare, « Cavern », traverse littéralement l’île par un tunnel sous-marin accessible à tout plongeur un minimum expérimenté. On commence l’exploration à 5 m de profondeur, accédant à une salle coiffée d’une poche d’air, habitat occasionnel pour oiseaux et chauves-souris. Attention, l’air y a une puissante odeur d’ammoniaque ! Sous l’eau, la vie abonde : coraux mous, bivalves et bernard-l’ermite s’animent à la lumière des lampes. À la sortie, à 12 m, la large ouverture résonne d’une lumière bleutée intense. Le tunnel est aussi un poste de patrouille très apprécié des requins à pointes blanches (Carcharhinus albimarginatus).

Des tombants animés
Au-delà du tunnel, la topographie de Gato séduit par ses surplombs, ses grottes peu profondes remplies de poches d’air miroitantes — refuge des serpents marins de passage venus respirer. Le côté sud-ouest révèle une belle plongée dérivante : les courants y vivifient la vie sur les parois tapissées de coraux mous aux teintes chatoyantes, parfait pour les photographes sous-marins. Ouvrez l’œil : il n’est pas rare d’y croiser une squille camouflée au creux d’un bouquet de coraux, ou une seiche maîtresse du mimétisme, déployant ses tentacules dans d’incroyables jeux de camouflage.
Cathédrale et pics sous-marins : biodiversité envoûtante
À l’ouest de Gato, la crique surnommée « Cathédrale » impressionne par son envergure et une marque rocheuse évoquant la Vierge Marie. Une véritable statue sous-marine a d’ailleurs été installée ici pour décourager la pêche destructrice. Faire son palier de sécurité à la Cathédrale, c’est côtoyer de jeunes platax et les célèbres bancs de sardines.

Au nord de Malapascua se dresse Bogtong Bato (« le seul rocher » en dialecte local), un pinacle accessible uniquement lors d’eaux calmes. Chaque centimètre, depuis son sommet jusqu’aux 30 mètres du fond, est colonisé par des coraux mous aux accents de rose, orange et violet. Des gorgones accueillent d’infimes hippocampes pygmées (Hippocampus bargibanti), vedettes de la macro-photographie, qui doivent leur nom au scientifique français George Bargibant.
Le tourisme, un atout pour la préservation des requins
L’arrivée des plongeurs a transformé la vie sur Malapascua, reliant l’économie locale à la survie des requins-renards. Monad Shoal est soumis à des règles strictes : photographie au flash interdite, limitation du nombre de plongeurs, surveillance constante… mais l’activité touristique, essentielle pour financer la protection du site, a durement souffert de la pandémie de Covid-19. Les fonds pour les gardes environnementaux se sont taris, mettant à mal la communauté déjà éprouvée par le typhon Yolanda (2013).

Le retour des voyageurs et plongeurs est donc vital, à la fois pour les habitants et pour la survie de l’écosystème. Bonne nouvelle : les requins-renards sont nombreux, et à votre arrivée sur l’île, vous aurez probablement le plaisir de partager le site avec un nombre limité de plongeurs !
À la recherche du poisson-grenouille à bouche marbrée
Malapascua est également prisée des spécialistes du poisson-grenouille. L’île compte parmi les rares sites mondiaux où observer régulièrement le rarissime Lophiocharon lithinostomus, reconnaissable à son aspect marbré et ses deux grandes narines. Il mesure à peine 10 cm et, rareté suprême, c’est le seul de sa famille à porter ses œufs sur les flancs — rôle assumé par le mâle ! La ponte et la libération des œufs tendent à se produire durant la pleine lune.
Plongée de nuit : céphalopodes et frissons garantis
Les plongées nocturnes de Malapascua comptent parmi les plus spectaculaires d’Asie : la densité d’espèces est telle que la rencontre avec la pieuvre à anneaux bleus (Hapalochlaena maculosa) n’est pas rare sur des sites comme Lighthouse ou Ka Osting. Discrète le jour, elle devient plus active la nuit et, en situation de stress ou de chasse, fait clignoter ses anneaux irisés, signal de sa redoutable toxicité, potentiellement mortelle pour l’humain.
Le calmar bobtail, minuscule et fascinant, fait également partie du tableau nocturne. Mesurant moins de 5 cm, il change de couleur à volonté et s’enfouit dans le sable le jour, avant de partir à la chasse la nuit tombée, tout en arborant parfois un superbe manteau violet moucheté.
Pour les passionnés d’épaves historiques
L’épave du Doña Marilyn
Le Doña Marilyn, ferry inter-îles, sombre tragiquement lors du typhon Ruby le 23 octobre 1988 entre Manille et Tacloban (389 victimes, 147 survivants). Sister-ship du tristement célèbre Doña Paz, il repose sur le flanc tribord à 32 m maximum de profondeur. L’avant de l’épave — le reste ayant été pillé en 2018 — est colonisé par des coraux noirs et des bancs de poissons-cardinaux, et des raies marbrées ou requins à pointes blanches aiment y dormir à l’abri.

Le Mogami Maru, pour les plongeurs tek
Pour les amateurs de profondeurs, le Mogami Maru, ex-chalutier japonais réquisitionné durant la Seconde Guerre mondiale, gît droit sur 50 m de fond. Torpillé par l’aviation américaine en 1944, on devine son histoire tragique à travers les restes de la coque, désormais couverte d’une profusion de coraux jaunes. Quelques artefacts ont été retrouvés (os, vaisselle, masque à gaz…) : des témoignages poignants de la vie sur le navire. La passerelle, parfaitement conservée, offre aujourd’hui refuge à une multitude de poissons.
Informations pratiques pour plonger à Malapascua
- Formalités : Passeport en cours de validité. Visa touristique 30 jours à l’arrivée. Vérifiez les exigences Covid-19 en vigueur.
- Santé : Consultez votre médecin pour les vaccins à jour. Le caisson de décompression le plus proche se trouve à Cebu.
- Climat : Températures agréables (25-30°C), eau entre 25-28°C. Meilleure visibilité et calme de mars à juin. Mousson et risque de typhon de juillet à novembre.
- Plongée : Combinaison 3 mm recommandée.
- Monnaie : Peso philippin (₱). 1 € ≈ 58 ₱ (avril 2021).
- Décalage horaire : +6 heures.
- Electricité : Prises type A, tension 220-240 V ; prévoir un adaptateur.
Tarifs :
Évolution Resort : 5 nuits pour 2 personnes, ₱ 26 700 (~460 €).
10 plongées : ₱ 13 650 (~235 €) par personne + frais maritimes quotidiens ₱ 300 (+₱ 100 pour Monad Shoal).
Transfert aéroport A/R ₱ 11 200 (< 195 €).
Plus d’informations : www.evolution.com.ph
Que faire à Malapascua, la tête hors de l’eau ?
Malapascua est une invitation au farniente sur la mythique plage de Bounty, ourlée de restaurants et bars. Le Ristorante Angelina ravira les amateurs de cuisine italienne. Les plus sportifs s’essayeront au Crossfit au centre Agila, ou exploreront l’île en « Fat Bike ». L’excursion sur l’île voisine de Kalanggaman et sa langue de sable exceptionnelle vaut également le détour. Enfin, il n’est pas de plus belle façon de terminer la journée qu’en voguant au coucher du soleil…
Cet article, initialement écrit par Henley Spiers pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.



