Où peut-on, en trois jours, plonger sur un supertanker de 300 mètres, découvrir la sépulture de dizaines de sous-mariniers et naviguer au-dessus d’un cargo couvert de filets à la rencontre d’un saint-pierre ? En baie de Gênes ! Ce lieu est un véritable paradis pour les amateurs de plongée tek, un terrain d’exploration que Gilles Di Raimondo a eu la chance de découvrir.

Conditions idéales pour la plongée
Au début de juin, la côte italienne se révèle exceptionnelle pour les plongeurs tek. La météo est clémente, l’eau est déjà tiède, ce qui est crucial pour les longs paliers de décompression, souligne le photographe. De plus, la fréquentation est tout à fait raisonnable sur les rivages de la Méditerranée.

La petite équipe menée par Fulvio Paparella de Libeccio Tek Diving commence par le Haven. « C’est l’épave la plus accessible », note Gilles. C’est une plongée profonde idéale pour ajuster son lestage et maîtriser son équilibre. Les superstructures de l’épave atteignent une trentaine de mètres, permettant une exploration facile, même si le pont se trouve à 50 mètres et l’hélice à près de 80. Malgré l’absence de pièges, les plongeurs doivent rester vigilants pour ne pas soulever les sédiments autour de cette immense épave méditerranéenne.
Un naufrage et une marée noire
Le Haven, construit en Espagne sur le même modèle que l’Amoco Cadiz, a été lancé en 1973. Ce supertanker a transporté du pétrole brut depuis le Moyen-Orient. En 1988, il subit une attaque durant la guerre Iran-Irak. Après des réparations, il reprend du service, mais le 11 avril 1991, un bruit assourdissant à bord indique un problème. Peu après, une explosion tragique entraîne la mort de cinq membres d’équipage et provoque un incendie sur le navire. Le pétrole commence alors à s’échapper en mer.

Les autorités mettent en place des barrières flottantes pour prévenir une catastrophe écologique. Malheureusement, le lendemain, le Haven se brise et coule, laissant une pollution sur les côtes génoises pendant des années.
Aujourd’hui, bien que seule une partie de l’épave soit accessible, il reste beaucoup à découvrir ! Mesurant près de 200 mètres de la poupe à la partie brisée, l’hélice à 82 mètres est un objectif de plongée à elle seule. « L’épave renferme encore de nombreux objets fascinants », raconte Gilles. Bien que l’épave soit relativement nue, certaines sections sont ornées de corail noir et de poissons.
Le U-Boot 455, sépulture de guerre
Le lendemain, l’équipe, bien acclimatée, se dirige vers l’épave la plus profonde. Située à une trentaine de minutes de navigation, elle se trouve à environ 90 mètres de profondeur et repose sur un fond à 120 mètres. Les plongeurs préparent minutieusement leurs mélanges de gaz, ne laissant rien au hasard. La plongée sur le U-Boot 455, retrouvé en 2005, est marquée par le mystère de sa disparition en 1944. Les circonstances restent floues, laissant penser à une collision avec une mine.

Plonger sur le U-Boot 455 est une expérience solennelle. Avec 54 hommes probablement encore à bord, cette épave ne se traite pas comme un simple site de plongée. Les plongeurs imaginent l’effroi des membres d’équipage lors du naufrage, tandis qu’ils explorent la coque du bâtiment, inclinée à environ 40 degrés dans les sédiments. Ce jour-là, la visibilité atteint 20 mètres, mais le temps file et après une trentaine de minutes, il est déjà l’heure de remonter.
La Nina, dernière étape
Le troisième jour, direction la Nina. Ce cargo à vapeur, construit à Londres en 1919 et réquisitionné par l’armée allemande, sombre le 20 février 1944, probablement torpillé par un sous-marin britannique. Il repose à 110 mètres de profondeur, enveloppé de filets de pêche, formant une immense résille autour de l’épave. La localisation intrigante, près d’une cassure, donne l’illusion que le bateau flotte dans le vide.

La Nina, surnommée « l’épave des chaînes », contient encore une cargaison de chaînes et divers objets métalliques. La partie centrale, bien conservée, révèle des treuils de sauvetage et des restes de cheminée. Dans la salle des machines, les moteurs et chaudières demeurent toujours en place. Le jour de leur exploration, Gilles et son équipe sont émerveillés de croiser un saint-pierre, qui les accompagne tout au long de la plongée.

« Le meilleur moment pour préparer ce type de plongées est en juin et septembre », encourage Gilles, « lorsque l’eau est chaude, la météo favorable, et qu’il y a moins de monde. Assurez-vous d’être accompagné par un guide expérimenté, comme Fulvio Paparella. » De nombreux autres épaves, destinées aux plongeurs tek ou accessibles à tous, parsèment la baie de Gênes, surnommée « la vallée des épaves ».
Si vous rêvez de découvrir les épaves génoises : www.libecciotekdiving.com
Cet article, initialement écrit par Isabelle Croizeau pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.
Images © Gilles Di Raimondo



