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Une immersion de navire-récif aura-t-elle bientôt lieu à La Ciotat ? Une table ronde organisée cette semaine par l’Observatoire de l’environnement a permis de faire le point sur l’avancée du projet, porté par les acteurs locaux, élus mais aussi juristes, pêcheurs, et responsables du GPES, le plus ancien club de plongée encore en activité.
Alors que nos voisins européens multiplient les immersions, comme la Grèce la semaine dernière, ce serait une première en France ! « Pour nous, réagit Richard Molines, élu à la mer, c’est toujours un regret de pouvoir voir que nos voisins européens font ce que nous ne pouvons pas faire ou n’arrivons pas à faire à l’instant. Il est important de pouvoir immerger un navire récif non seulement pour le développement économique et touristique, mais aussi pour la préservation de sa faune et de sa flore marine. »
En mars 2024, la ville de la Ciotat et le GPES, en s’appuyant sur la Prud’hommie de pêche locale, saisissaient l’Etat pour connaître les modalités d’immersion d’un navire, afin de développer l’économie locale et de soutenir la biodiversité. Des blocages juridiques l’interdisaient jusque là totalement dans les eaux méditerranéennes françaises, mais une étude réalisée par le juriste spécialisé Julien Belda semblait pouvoir débloquer la situation.

« Il y a deux ans, explique Jean-Marc Martinez, adjoint à l’Environnement à la ville de La Ciotat et président de l’Observatoire de l’environnement, nous avons donc lancé une démarche pour essayer de mettre en place ce projet de navire-récif dans la baie de La Ciotat ». Le groupe porteur du projet commence par s’adresser à la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer), mais l’institution publique, se jugeant incapable de statuer, les renvoie vers les services nationaux de l’Etat. Pendant plus d’un an, des demandes sont faites auprès des ministres de la mer successifs, sans grand résultat. « Mais il semblerait, poursuit l’élu, que les dernières discussions avec notre ministre de la mer laissent penser que l’on pourrait converger vers une issue favorable. »
Jean-Marc Martinez reste optimiste. « Quand on a commencé à évoquer le sujet à La Ciotat, se souvient-il, nous étions quatre autour de la table. Aujourd’hui, nous sommes des centaines, il y a une véritable communion qui s’est créée autour du projet. »
Depuis le départ, la prudhommie de pêche de La Ciotat soutient le projet. « Je milite depuis toujours, explique Gérard Carrodano, premier prud’homme des pêcheurs de La Ciotat. J’ai compris que l’immersion de récifs artificiels ou d’épaves pouvait être la solution. Les bateaux qui ont coulé pendant la guerre, ou accidentellement, n’ont pas demandé d’autorisation d’immersion ! Aujourd’hui, ils ont créé un biotope autour d’eux. La plupart du temps, on les trouve au sondeur grâce aux poissons qui les ont colonisés, on trouve l’épave après avoir vu les bancs de poissons. »

L’immersion d’une épave supplémentaire, alors que les plus anciennes tendent à se dégrader, permettrait donc de créer de nouveaux sites de concentration de la biodiversité. Mais aussi de mieux répartir les usages, entre pêche professionnelle et plongée sous-marine. « On essaie de faire en sorte que ça se passe bien, mais si on ventile, qu’on crée des nouveaux sites de plongée, qu’on crée des nouveaux sites de pêche, ce sera gagnant-gagnant », insiste le pêcheur.
Les plongeurs sont en effet de plus en plus nombreux à se partager les sites locaux. Et le plus ancien centre de plongée français encore en activité, le GPES, à travers la voie de son président Marc Mannoni, soutient lui aussi depuis le début le projet d’immersion d’épave. Dès le début des années 40, l’histoire de la plongée s’est inscrite sur les quais de La Ciotat. C’est là qu’est né le GPES (Groupement de Pêche et d’Études Sous-Marines). À cette époque, la plongée en bouteille n’existe pas encore pour le grand public : on parle alors de “pêche à la nage”. Parmi les pères fondateurs de ce groupement, on trouve des figures légendaires qui allaient marquer l’histoire du matériel sous-marin, à l’image de Georges Beuchat (créateur de la célèbre marque de matériel éponyme) et de Jean-Flavien Borelli. Ensemble, ils posent les bases d’une communauté unique, dédiée à l’exploration, à la chasse sous-marine naissante et à la compréhension des fonds marins. Au fil des décennies, le GPES est devenu un véritable laboratoire à ciel ouvert et un aimant pour tous les passionnés du “Monde du Silence”. Le club a vu passer entre ses lignes des membres et des figures de proue qui allaient révolutionner l’exploration océanographique mondiale : Le Commandant Jacques-Yves Cousteau et ses fidèles compagnons de l’aventure de la Calypso, comme Albert Falco (le premier chef pilote de la soucoupe plongeante), Henri Delauze, pionnier de la plongée industrielle profonde et fondateur de la COMEX (Compagnie Maritime d’Expertises) à Marseille ou bien encore des aventuriers et cinéastes sous-marins comme Gilles Perraud ou Marc Pétron. Le GPES n’était pas seulement un club de loisir, c’était le lieu où l’on testait les premiers prototypes de masques, de palmes et de propulseurs, profitant des eaux profondes et claires de la baie de La Ciotat.

Aujourd’hui, les plongeurs y apprennent la biologie marine, la photo sous-marine ou la plongée technique (Nitrox), tout en s’imprégnant, à chaque sortie en mer vers l’Île Verte ou le Bec de l’Aigle, d’une certitude : celle de palmer dans les traces des géants qui ont inventé la plongée moderne.
Aujourd’hui, la baie de La Ciotat est au cœur d’un défi moderne majeur : concilier un héritage industriel de pointe avec une exigence écologique absolue. Ses enjeux maritimes se déclinent en trois grands axes :
La mutation économique de la haute plaisance : Après la crise industrielle de la fin du XXe siècle, le site s’est métamorphosé grâce à La Ciotat Shipyards. Il est devenu le leader mondial de la maintenance et de la rénovation des méga-yachts. Les anciens portiques historiques côtoient désormais des technologies de levage de pointe, maintenant l’excellence ouvrière locale.
La transition écologique : L’activité industrielle et la forte fréquentation touristique imposent une gestion stricte de la qualité des eaux. La baie est un laboratoire de pratiques durables, visant à réduire l’empreinte environnementale des chantiers navals (traitement des eaux de carénage) et à encadrer les mouillages pour protéger les fonds marins.
La cohabitation des usages : Entre les navires de commerce en réparation, les pêcheurs artisanaux, la navigation de plaisance et les activités de loisirs (plongée, voile, kayak), l’enjeu est de partager cet espace de manière harmonieuse, sans saturer un écosystème fragile.
“La baie de La Ciotat, résume Pierre Boissery, expert mer de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, n’a pas choisi entre son industrie et sa nature ; elle a fait le pari de les faire grandir ensemble. Elle demeure le symbole d’une Provence maritime fière de son passé ouvrier, résolument tournée vers l’avenir de l’économie bleue et gardienne d’un patrimoine naturel exceptionnel.
Photo d’ouverture : Dominique Barray, Le Grec.