Un plongeur tek explore les profondeurs avec un scooter sous-marin, illustrant l'aventure ultime en exploration marine.

Xavier Méniscus : Un Record Mondial de Plongée Souterraine à Font Estramar


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EXTRAIT

Tout début janvier, l’explorateur de galeries immergées Xavier Méniscus a réalisé une plongée exceptionnelle. Utilisant un recycleur, il a atteint -312 m sous la vasque d’entrée de Font Estramar. Cette exsurgence d’eau saumâtre, située dans les Pyrénées-Orientales, n’avait jamais été explorée à une telle profondeur. Voici le récit d’une aventure collective hors du commun.

Préparation et Immersion dans l’Obscurité

Le 6 janvier 2024, à 7h30 du matin, alors que la nuit est encore noire, Xavier Méniscus s’immerge. Une plongée de près de douze heures l’attend. Ce scaphandrier classe III mention A, ancien de la COMEX et pompier référent en surface non-libre dans l’Aude, est un passionné des plongées profondes depuis plus de trente ans. Accompagné d’amis plongeurs chevronnés, il repousse les limites de la plongée souterraine depuis deux décennies.

L’eau des galeries de Font Estramar affiche une température de 18 degrés Celsius. Située sur la commune de Salse-le-Château, dans les Pyrénées-Orientales, cette exsurgence est la plus importante drainant le massif des Corbières. Elle représente la sortie à l’air libre de rivières souterraines, façonnées pendant des millénaires à travers la roche, creusant des galeries entre -20 m et -60 m, ainsi que des puits profonds.

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Muni de puissants scooters, Xavier Méniscus quitte la vasque d’entrée pour s’enfoncer dans les profondeurs des galerie immergées.

Font Estramar : Un Système Karstique Unique

« La Font Estramar est alimentée par les pluies infiltrant les sols, se mélangeant en profondeur à l’eau de la Méditerranée. Elle fait partie du système karstique sud méditerranéen. La salinité varie de 3 à 4 grammes de sel par litre, selon l’apport d’eau douce », explique Henri Bénédittini. Ce plongeur de la sécurité civile, classe II mention B et moniteur fédéral, est le directeur de plongée lors de ces explorations en milieu souterrain.

Henri Bénédittini, ancien chef du SDIS de l’Aude, souligne l’importance de la réglementation des pratiques sportives en milieu naturel. Xavier Méniscus et son équipe font partie du Spéléo-secours français (SSF), assurant un cadre légal à ces immersions extrêmes.

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Plongée dans la résurgence Gouls du vallon de Tourne à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche).

Un But : Dépasser les Limites

L’expérience est un facteur clé. Depuis les années 90, Henri Bénédittini a accompagné Pascal Bernabé et Cyrille Brandt, de l’association de recherche de Font Estramar (ARFE), dans l’exploration de ces galeries. À l’époque, ils plongeaient en circuit ouvert. Xavier Méniscus a continué en circuit fermé, utilisant trois recycleurs. Depuis juillet 2013, il explore les galeries et puits.

« Lors de ma première exploration à -192 m, j’ai découvert la lèvre d’un puits qui m’a mené à -248 m en août 2013, puis à -262 m en 2015 et à -286 m le 30 décembre 2019 », résume-t-il. Franchir la barre des -300 m est un rêve qu’il nourrit depuis ses débuts professionnels.

Xavier Méniscus maîtrise les mélanges multigaz adaptés à chaque plongée. Pour la COMEX, il a travaillé entre -90 m et -130 m et participé à des plongées en saturation. « Je travaillais au fond de la mer, en Afrique, dans le golfe de Guinée, pour la construction d’une plateforme pétrolière et le raccordement des pipelines. »

Des rencontres l’ont amené à la plongée souterraine au début des années 2000, notamment au Goule de la Tannerie (Ardèche). Constatant les limites du circuit ouvert, il s’intéresse aux recycleurs et demande à Frédéric Badier de transformer son recycleur semi-fermé en recycleur fermé manuel (mCCR). « Ainsi est né le double recycleur JOKI que j’utilise. »

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Henri Bénédittini patiente dans l’eau claire de la vasque de la Font Estramar. Il est équipé pour rejoindre Xavier Méniscus et assurer sa sécurité.

Exploration Souterraine : Un Monde Fascinant

Équipé de plus de 100 kilos de matériel, Xavier Méniscus explore différentes cavités depuis deux décennies. « Je regarde comment l’eau a créé son passage, a grignoté la roche en virages et en labyrinthes qui s’apparentent parfois à des montagnes russes. » Ces observations contrastent avec les eaux troubles du Rhône, où la visibilité est quasi nulle.

Son expérience, son intuition, sa gestion du stress et sa condition physique d’ancien nageur de haut niveau sont des atouts. Il s’entraîne quotidiennement avec la course à pied et le vélo. Il explore l’émergence de la Bourne (Drôme), la Marnade (Gard) jusqu’à -176 m, et la Goule de la Tannerie (Ardèche) par -246 m. Ces plongées profondes ont lieu toute l’année, parfois deux fois par semaine.

Sa ténacité inquiète certains. « L’essentiel est d’écouter son corps. Si l’on sent qu’il se passe quelque chose, surtout ne pas aller au-delà ; s’arrêter ; faire demi-tour pour retrouver sa zone de calme et de confort, là où l’on maîtrise », explique-t-il. Il habitue son organisme à plonger de plus en plus loin, apprivoisant le syndrome nerveux des hautes pressions. Il simule même des incidents pour s’exercer. En 2019, son fil s’était détaché derrière lui.

Chaque cavité offre une diversité de paysages fascinants. Dans le milieu karstique, les plongeurs admirent les concrétions, les roches beige clair, marron foncé et gris noir. « C’est l’un des seuls domaines où l’homme peut encore vraiment explorer le milieu naturel car, dans ces galeries, on ne peut pas envoyer de drone. Nous rapportons des images et des mesures prises par nos instruments de navigation pour compléter la topographie du lieu. » Comme à Cassis, dans la résurgence de Port-Miou, explorée jusqu’à -233 m au printemps 2023. Déterminé à franchir les -300 m à Font Estramar, il s’entraîne sans relâche, nettoie le site et rééquipe la zone profonde.

La Course au Record : Trois Recycleurs pour l’Exploit

Le 3 novembre 2023, Frédéric Swierczynski atteint -308 m à Font Estramar, devenant le premier à dépasser les -300 m en plongée souterraine. Ce record motive encore plus Xavier Méniscus. Le 30 décembre 2019, il avait atteint -286 m à Font Estramar, battant le record de Nuno Gomez (-283 m en circuit ouvert à Boesmansgat en Afrique du Sud en 1996).

Le 5 janvier 2024, sa descente à Font Estramar est rapide. Éclairant avec quatre phares de 10 000 lumens et tiré par deux scooters, il rejoint le Boulevard par la galerie nord, le puits Emmental à -38 m, le puits et la galerie du Silence à -60 m. Il se déleste de son troisième recycleur, d’un bloc d’oxy et d’un dévidoir. Au puits du Loukoum géant, un virage s’enfonce.

« Je n’avais jamais vu une eau aussi bleue. Les débits faibles en ce moment rendent l’eau translucide », se souvient-il. Dans cet environnement familier, Xavier Méniscus atteint -312 m en 18 minutes après avoir parcouru 1050 m depuis l’entrée.

« Je me suis dit : ça y est, j’y suis ! J’ai exploré la langue de sable en me laissant glisser tranquillement. Ça descend encore, ça continue. Mais, comme me l’avait recommandé le Dr Bernard Gardette, je me suis extirpé rapidement du fond après avoir passé 50 secondes au-delà de la zone des -300 m, pour ne pas continuer à saturer mon organisme d’hélium. Avec l’énorme pression, les gaz sont épais à respirer, « une densité du gaz respiré équivalent à une plongée à l’air à -75 m ». A travers la boucle du recycleur, les efforts respiratoires sont intenses. Il faut respirer très calmement pour ne pas augmenter le rythme cardiaque malgré cet effort ». L’entraînement foncier à vélo est primordial.

Une Équipe Indispensable

Une longue remontée commence. L’équipe comprend Henri, Stéphanie, David, Jean-Michel, Alain, Samuel, Arnaud et Albert. Tous équipés de recycleurs, ils accompagnent Xavier lors de sa décompression. Des points de rencontre sont prévus : David à 160 m, Henri à 100 m, Samuel à 70 m.

« On se parle un peu. Nous nous assurons qu’il va bien, s’il a besoin de matériel on peut lui en amener, explique Henri Bénédittini. Il nous montre ses instruments de mesure et nous relevons ses paramètres, dont la durée estimée de la remontée. J’ai vu Xavier à -100 m et Samuel l’a vu à -70 m, il était en forme. Mais à la jonction des -30 m, il n’y était pas ! Quand nous le retrouvons dans la zone des -40 m, il nous indique les signes du vertige… » (voir encadré). Soulagé, il retrouve Henri et Stéphanie dans le Boulevard. « Instants magiques avec les éclairages d’Henri, de Stéphanie et les miens qui illuminent sur le retour, la galerie comme jamais je ne l’ai vue ».

L’aventure est collective. Ceux qui ne descendent pas si profond participent à l’exploration, étudient le site et analysent les images des caméras. Un mystère captive les plongeurs : l’origine de l’eau. À Font Estramar, ils ont remarqué que la galerie chaude contient une eau plus salée et plus chaude.

Films et Collations : Patience et Soutien

Arrivé à -12 m, Xavier Méniscus a déjà plongé 7 heures et doit effectuer 4h45 de palier : 54 min à -12 m, 71 min à -9 m et 161 min à -6 m. Il regarde des films sur son smartphone étanche. Alain et Jean-Michel le rejoignent. Ils remontent donner des nouvelles. Albert Ghizzo filme et photographie Xavier pour un documentaire (voir encadré).

À -6 m, il peut enfin prendre des collations. Sa combinaison étanche est chauffée, mais il doit économiser les batteries. Celle de son smartphone est presque vide. « C’est toujours la dernière heure la plus longue. La vasque s’obscurcit, la nuit tombe. Je tourne, je vire, je passe le temps. Les copains sont autour de moi pour finir ensemble ma décompression. Arnaud nous fait la surprise de nous rejoindre. Quels amis formidables ! »

Les 10 dernières minutes, à 3 m de profondeur, il s’assure qu’aucune bulle de gaz ne reste coincée. Fier de son record, il refait surface après 11h45 d’immersion. « Même si je rage de ne pas savoir ce qu’il y a derrière les blocs de pierre aperçus à -312 m, il faut savoir ne pas dépasser ses limites. J’ai promis à mes proches que je n’irai pas plus profond ».

Encadré : 520 Minutes de Décompression !

La remontée fut plus longue que prévue, passant de 8 à 10 heures. À -61 m, la plongée prend une mauvaise tournure : « Cela ne m’était jamais arrivé. Mon accident vestibulaire m’a entraîné dans une spirale infernale. J’étais vraiment en danger ! », écrit-il dans Spéléo magazine.

Connaissant les symptômes et leurs conséquences (nausées, vertiges, spasmes, vomissements, perte de conscience, noyade), il savait que sa survie dépendait de sa capacité à rester conscient. « Ca tournait de gauche à droite à grande vitesse. J’ai constaté que c’était moins violent les yeux fermés. » Accroché au fil d’Ariane, il devait rester concentré et garder la boucle en bouche, tout en vomissant à plusieurs reprises.

« J’ai peur de ne pas pouvoir supporter les vertiges et les vomissements pendant toute la décompression et de finir au caisson. J’ai appliqué une méthode pour faire disparaître les symptômes ». Il a choisi de redescendre pour recomprimer et évacuer la bulle de gaz dans l’oreille interne. Après 1h15, il sort de cet épisode critique, rattrape sa courbe de décompression et rejoint le puits Emmental. Sa DTR affichait alors 12 heures de plongée au lieu des 10 prévues.

Les données sont analysées par des médecins spécialisés, dont le Dr Bernard Gardette. Leur analyse servira à d’autres plongeurs. Xavier Méniscus est le seul à avoir fait disparaître totalement les symptômes d’un accident vestibulaire lors de cette plongée.

Groupe
Xavier Méniscus, Henri Bénédittini et son épouse Mireille, qui ont plusieurs fois plongé ensemble.

Encadré : Un Documentaire Captivant en Préparation

Depuis plus d’un an, Albert Ghizzo filme Xavier Méniscus lors de ses plongées. Le but est de réaliser un documentaire pour faire découvrir la plongée souterraine au grand public. Le film suit l’explorateur dans plusieurs cavités en France : Port-Miou à Cassis, l’émergence de Bourne à Beaufort-sur-Gervanne, résurgence Gouls du vallon de Tourne à Bourg-Saint-Andéol, Source de la Marnade à Montclus et la Font Estramar. Il met en lumière la beauté des sites, l’engagement des plongeurs et l’importance de l’équipe et du matériel.

Plongeur amateur (niveau 3, certification * CCR trimix hypoxique ), Albert Ghizzo est devenu photographe et vidéaste des profondeurs passionné. Il a réalisé plusieurs documentaires sous-marins soutenus par le Parc naturel marin du golfe du Lion et la région Occitanie : « Les canons du bananier », « Louis Boutan ou l’invention de la photo sous-marine », « Port Miou 233 m » et « Epaves en mer Rouge ». Son travail a été primé à plusieurs festivals.

Fin 2024, le film sur Xavier Méniscus sera projeté dans des festivals d’images sous-marines et de spéléologie : Trebeurden, Galathea, Spelimage Festival de Courthéson, Festival sous-marin de Mayotte et de Nouvelle-Calédonie…

En savoir plus :
https://www.facebook.com/albert.ghizzo – https://www.facebook.com/tekimages.fr

Cet article, initialement écrit par Alexie Valois pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.Images © Albert Ghizzo

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