Un banc de poissons-papillons jaunes évolue harmonieusement parmi les coraux, illustrant la biodiversité marine exceptionn...

Quand les poissons nous en font voir de toutes les couleurs !

Sous la surface de l’eau, un spectacle éblouissant de couleurs attend les plongeurs et les amoureux de la nature. Qu’elles soient vives et éclatantes ou discrètes et uniformes, les couleurs des poissons ne sont jamais le fruit du hasard. Elles jouent un rôle essentiel dans leur vie : séduire un partenaire, échapper aux prédateurs, ou se fondre dans l’environnement. Plongeons dans l’univers fascinant des couleurs marines et découvrons leurs secrets !

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La magnifique robe rouge, ponctuée de bleu, du mérou rouge, Cephalopholis miniata, est le reflet des cellules pigmentaires nommées chromatophores. En forme d’étoile, ces cellules, présentes dans le derme et l’épiderme du poisson, sont à l’origine des couleurs chimiques des poissons. © Nicolas Barraqué

L’origine des couleurs : pigments et physique

Mais d’où viennent ces incroyables palettes de couleurs ? La réponse se trouve dans des cellules spécialisées, les chromatophores, et dans les lois de la physique !

Les couleurs chimiques : les pigments à l’œuvre

La majorité des couleurs des poissons sont produites par des pigments, des substances colorantes contenues dans les chromatophores.

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La teinte métallique bleu-vert de la demoiselle verte est due à des cellules particulières nommées iridophores. © Nicolas Barraqué

Ces cellules en forme d’étoile sont présentes dans différentes parties du corps : la peau (derme et épiderme), les écailles et même les yeux. On distingue plusieurs types de chromatophores, chacun responsable d’une couleur spécifique :

  • Mélanophores : pigment noir
  • Xanthophores : pigment jaune
  • Érythrophores : pigment rouge
  • Cyanophores : pigment bleu
  • Ces pigments se combinent pour créer une infinie variété de nuances. Admirez par exemple le mérou rouge (Cephalopholis miniata), paré d’un rouge intense ponctué de bleu, ou le poisson-perroquet bicolore mâle (Cetoscarus ocellatus), arborant un magnifique bleu-vert. Ces couleurs, issues de pigments, sont appelées couleurs chimiques.

Les couleurs physiques : jeux de lumière

Certaines couleurs ne sont pas dues à des pigments, mais à des phénomènes physiques liés à la lumière. La réfraction, la réflexion et la diffraction des rayons lumineux sur la peau du poisson créent des couleurs dites physiques.

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Comme les poissons des grands fonds, où le noir domine, la sépiole, Sepietta oweniana, doit ses belles couleurs à la bioluminescence. © Helmut Corneli – Alamy.

Les iridophores, des cellules pigmentaires particulières, sont les artisans de ces effets irisés et métalliques. Elles contiennent des microcristaux qui modifient leur orientation par rapport à la lumière, donnant au poisson des reflets métalliques verts, violets ou bleus, comme chez la demoiselle verte (Chromis viridis). Les leucophores, responsables de la couleur blanche, fonctionnent aussi en réfléchissant la lumière.

Des couleurs pour communiquer et survivre

Dans les récifs coralliens, véritables explosions de couleurs, l’agencement des motifs n’est jamais anodin. Couleurs vives, taches, rayures, reflets brillants : chaque livrée a une signification et un rôle précis dans la vie du poisson.

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Ce juvénile, du poisson-perroquet Cetoscarus bicolor, arbore une teinte blanche et orange. La couleur blanche est due aux leucophores, cellules pigmentaires reflétant la lumière. La bande orange recouvrant l’oeil du poisson dissimule cette partie sensible aux prédateurs éventuels. La livrée juvénile est très juvénile est très différente de celle de l’adulte.

Des livrées changeantes au fil du temps

La couleur d’un poisson n’est pas figée : elle peut varier en fonction de son âge, de son sexe ou de son humeur ! Le poisson-ange empereur (Pomacanthus imperator) est un exemple spectaculaire de transformation. Son apparence change radicalement à chaque étape de sa vie : juvénile, sub-adulte et adulte. Les jeunes arborent des anneaux bleus et blancs, qui se transforment en rayures horizontales jaunes et bleues à l’âge adulte. Pour observer les différentes livrées, consultez la fiche Doris de l’espèce.

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© Dominique Barray

Le mérou (Epinephelus fulva) est un autre champion du changement de couleur. Il peut arborer différentes phases de coloration : une phase normale rouge-brun, une phase jaune (plus rare), une phase bicolore (stress), et une phase tachetée (nuit). Ces transformations, rapides et réversibles, sont également contrôlées par les chromatophores.

Séduire le partenaire : la parade nuptiale colorée

Chez de nombreuses espèces, les mâles et les femelles se distinguent par leurs couleurs. Chez les girelles paons (Thalassoma pavo) et autres Labridés, le changement de sexe s’accompagne d’une métamorphose des couleurs : les femelles les plus âgées deviennent mâles et changent de livrée. La différence de coloration entre le mâle et la femelle de la girelle commune (Coris julis) est si marquée qu’ils ont longtemps été considérés comme deux espèces distinctes !

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Le mâle de la girelle paon, Thalassoma pavo, arbore une livrée distincte de celle de la femelle. Le patron de couleurs se modifie avec le changement de sexe, les girelles les plus grandes devenant mâles. © Nicolas Barraqué

La couleur de la girelle commune varie même selon les régions, certaines populations atlantiques présentant des livrées différentes. Chez le poisson-perroquet de l’espèce Sparisoma cretense, la femelle est la plus colorée, arborant une robe rouge vif, tandis que le mâle est plus discret, avec une teinte grise.

Pendant la saison de reproduction, les couleurs des poissons atteignent leur apogée. Les livrées nuptiales, souvent plus vives et contrastées, servent à la séduction. Chez la girelle à tête bleue (Thalassoma bifasciatum), la différence entre les mâles devient encore plus prononcée en période de frai. La femelle choisit son partenaire en fonction de l’intensité de sa coloration : plus le mâle est coloré, plus il a de chances de la séduire.

Échapper aux prédateurs : camouflage et signaux d’alerte

Les poissons coralliens rivalisent d’ingéniosité pour échapper à leurs prédateurs. Le corail, avec ses cachettes innombrables et son excellente visibilité, permet aux poissons d’afficher des couleurs éclatantes tout en restant relativement en sécurité.

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Le corps bicolore de ce requin peau-bleu, Prionace glauca, constitue un camouflage permanent. Son dos bleu-foncé se confond avec le fond marin lorsqu’on le regarde depuis la surface, l’ombre du poisson étant atténuée. Contrastant, son abdomen blanc disparaît, lui, dans la lumière de surface.
Le camouflage de l’œil : une stratégie de survie

Les prédateurs ciblent souvent la tête, une zone vulnérable. Pour protéger leurs yeux, certains poissons coralliens ont développé des techniques de camouflage originales. Le poisson-papillon de Benett (Chaetodon bennetti) dissimule son œil derrière une bande noire. Il arbore aussi une tache noire cerclée de blanc, un ocelle, qui imite un faux œil à l’arrière du corps. Cette astuce déroute le prédateur, qui attaque la mauvaise extrémité, laissant au poisson le temps de s’enfuir dans la direction opposée. D’autres espèces, comme le labre à queue jaune (Anampses meleagrides), préfèrent noyer l’œil dans une multitude de points, ou le camoufler dans un réseau de lignes colorées, comme le zancle cornu (Zanclus cornutus) ou le poisson-chirurgien clown (Acanthurus lineatus).

Les rayures : l’union fait la confusion

Les poissons vivant en bancs utilisent une autre stratégie : les rayures. En se fondant dans la masse, chaque individu devient difficile à distinguer, désorientant le prédateur qui ne parvient pas à cibler une proie précise.

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Ce juvénile du poisson-ange empereur P. imperator arbore une robe tout à fait distincte de celle de l’adulte, rendant difficile l’identification de l’espèce. Le poisson change complètement de livrée plusieurs fois au cours de son développement.
Les couleurs aposématiques : un signal d’avertissement

Certaines espèces arborent des couleurs vives pour signaler leur toxicité. Ces couleurs aposématiques sont un avertissement clair pour les prédateurs : « Attention, je suis dangereux ! ».

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Méfiez-vous de la magnifique livrée du poisson-mandarin, Synchiporus splendidus. Ces couleurs chatoyantes, dites aposématiques, préviennent le prédateur de la toxicité de leur future proie. © Tanya Houppermans

Le poisson mandarin (Synchiropus splendidus), avec ses motifs chatoyants, est un exemple parfait de coloration aposématique. Sa peau contient des toxines puissantes, dissuadant les prédateurs trop gourmands.

L’art du camouflage : se fondre dans le décor

Le camouflage ne se limite pas à la protection contre les prédateurs. Il permet aussi aux poissons de chasser à l’affût ou de se cacher pour se reposer. L’homochromie, la capacité à se fondre dans son environnement grâce à sa couleur, est une adaptation remarquable.

Transparence et homochromie : invisibilité garantie

Les larves pélagiques, transparentes, disparaissent dans la masse d’eau. Certains juvéniles conservent cette transparence, squelette et muscles invisibles. La coloration adulte apparaît progressivement avec la croissance.

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Le patron de couleurs de l’adulte du poisson-ange empereur, Pomacanthus imperator, est totalement différente de celle du juvénile. Le changement s’opère lorsque le juvénile atteint 8 à 12 cm. © Nicolas Barraqué

Les poissons plats montrent une homochromie fascinante. Au début de leur vie, ils ont une forme classique et une coloration symétrique. Mais lors de la métamorphose, leur corps se déforme, un œil migre, et le ventre devient blanc. Le poisson se pose sur le fond, et sa face supérieure prend la couleur du substrat, sable, roche ou algues.

L’homochromie est un camouflage dynamique : les chromatophores ajustent la couleur du poisson en fonction du substrat. Dans les herbiers de posidonie, les syngnathes (comme l’hippocampe) verts se confondent avec les feuilles. Dans les récifs tropicaux, les antennaires imitent à la perfection éponges et coraux mous.

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La couleur de ce syngnathe, ajoutée à sa forme allongée, lui permet de se confondre aisément avec son environnement. Dissimulé dans les herbiers ou les récifs son immobilisme parfait son camouflage. © Nicolas Barraqué

Le camouflage actif des poissons pélagiques

Les requins et autres poissons pélagiques pratiquent un camouflage actif permanent. Leur corps bicolore, dos sombre et ventre blanc, les rend invisibles vus du dessus (fond marin sombre) ou du dessous (surface claire). Le thon (Thunnus sp.) et le requin peau-bleue (Prionace glauca) utilisent ce camouflage pour échapper aux prédateurs.

La coloration disruptive nocturne : le pyjama rayé

À la nuit tombée, certains poissons enfilent un « pyjama » rayé noir et blanc. Cette coloration disruptive brise leur silhouette et les camoufle sur le fond sombre. Le poisson-flûte (Fistularia commersonii) arbore cette tenue nocturne dès le crépuscule.

L’obscurité protectrice des grottes

Les poissons vivant dans les grottes ou sous des abris adoptent des couleurs sombres, ou foncent leur livrée en concentrant leurs pigments noirs (mélanophores). Cette absence de contraste les rend discrets dans l’obscurité.

En marge des couleurs habituelles

Poulpes et seiches : maîtres du changement instantané

Les poissons ne sont pas les seuls champions de la couleur. Poulpes et seiches sont des virtuoses du camouflage, capables de changer de couleur en un clin d’œil. Une seiche posée sur le sable prendra une teinte sableuse.

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La seiche, Sepia officinalis, peut changer de couleur très rapidement afin de s’adapter au nouveau substrat sur lequel elle vient de se déplacer. © Nicolas Barraqué

Sur un fond sombre, elle deviendra plus foncée en quelques secondes. Elle peut même imiter les maillons d’une chaîne ! Ce changement rapide est d’origine nerveuse : un influx nerveux contracte ou disperse les pigments des chromatophores. Chez le poulpe effrayé, des vagues de couleurs parcourent son corps.

Dans les abysses : le noir et la bioluminescence

Dans les abysses, au-delà de 700 mètres de profondeur, règne l’obscurité totale. Les poissons mésopélagiques (jusqu’à 1000m) ont un dos noir et des flancs argentés pour se camoufler. Les espèces bathyales et abyssales, plus profondes, sont noires ou rouges. Certains poissons ultra-noirs, comme Anoplogaster cornuta, absorbent 99,95% de la lumière, devenant impossibles à photographier. D’autres espèces produisent leur propre lumière, la bioluminescence, grâce à des bactéries symbiotiques. Ces « photophores » émettent une lumière bleue ou rouge-orange, peut-être pour échapper aux prédateurs ou communiquer.

Anomalies de coloration : albinisme et xanthisme

Des anomalies de coloration existent chez les poissons et autres animaux marins. L’albinisme est l’absence totale ou partielle de pigments. Les albinos sont blancs, avec des yeux rouges (hémoglobine visible). Des baleines blanches et des raies torpilles albinos ont été observées. Le xanthisme est une autre anomalie, caractérisée par une peau jaune-orange due à une surabondance de xanthophores. Le xanthisme est fréquent chez les mérous, les mulets et les daurades.

Cet article, initialement écrit par Pascaline Bodilis-Guillemain pour l’édition papier de PLONGEZ!, a été adapté pour le web.

Images © Nicolas Barraqué

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